mercredi 4 mars 2009
Justice à l’envers ?
Jacques Kourouma

La semaine dernière, j’ai été contacté par l’un de nos compatriotes parce qu’il se trouve aujourd’hui en situation d’expropriation d’une plantation qu’il a achetée depuis quatre ans.

 

Pour parler de cette injustice, je lui avais demandé de m’accorder le temps nécessaire pour les besoins de l’enquête.

 

Les faits.

 

Monsieur Cissé Mohamed Makhily, résidant en Europe, a été jusqu’en ce mois de février 2009, le propriétaire d’une plantation qu’il a acquise en mars 2005. Pour préserver son bien, il a engagé un gardien, auquel est versé un salaire mensuel de 25 000 FGN que complète une dotation d’un sac de riz par mois aussi.

 

Cette propriété lui a été vendue par monsieur Pendessa Mahamed Tolo. Mais voilà que brutalement, ce vendeur se réveille après quatre ans pour dénoncer la transaction. Mais comme le chantait Daouda, l’artiste ivoirien : « Lorsque vous voyez le lézard qui veut se coudre un pantalon ; c’est qu’il a trouvé un moyen de cacher sa queue.» Pour que monsieur Pendessa trouve le courage de s’engager dans la dénonciation de l’acte de vente ; c’est parce qu’il a trouvé des hommes « forts » sur lesquels il peut s’appuyer.

 

Et monsieur Sangaré le procureur de Boké, puisque c’est bien là que se déroule la forfaiture, serait cet appui. Il a sa version des faits. Avant de les relater, il me semble intéressant d’achever le récit de l’infortuné Cissé. Voilà ce qu’il m’a dit : « …Un groupe mafieux veut me spolier. Ce groupe est constitué de monsieur Sangaré, le Procureur de la République au Tribunal de Boké, monsieur Pendessa Mahamed Tolo avec qui j’ai acheté le terrain, et monsieurAlpha Oumar Camara, démarcheur. J’ai acheté la plantation depuis mars 2005. Selon des sources proches du dossier à la Justice, le procureur Sangaré a perçu un million de francs guinéens comme avance pour qu’il m’exproprie. S’il réussit, il gagnera une prime alléchante. Ainsi, depuis janvier 2009, il ne cesse de menacer monsieur Boubakar Sy qui gère ma plantation. Je tiens à signaler qu’il y a un gardien qui la surveille et auquel je verse un salaire mensuel de 25 000 FGN plus quelques cadeaux en nature dont un sac de riz… »

 

Le jugement fait en première instance a effectivement donné raison à monsieur Pendessa pour qu’il reprenne la plantation à monsieur Cissé.

 

Ainsi alerté, j’ai appelé le Procureur Sangaré pour lui demander s’il était au courant de cette affaire et quelle serait sa version. Il reconnaît bien volontiers être au courant du jugement qui rétrocède un bien vendu depuis quatre ans au vendeur avec pour prétexte que les membres de sa famille n’étaient pas informés de la vente. Et c’est bien cette chanson rayée que le Procureur a voulu me servir encore. N’est-ce pas surprenant ! Qui ne connaît pas ce classique dans notre pays avant le 23 décembre 2008 ? C’est comme cela que des groupes d’escrocs ont littéralement découragé beaucoup de Guinéens expatriés et les ont empêchés d’investir ou de construire dans leur pays.

 

Pour me convaincre, Monsieur le Procureur m’a dit que monsieur Cissé est son ami et que lors de ses séjours, ils sont constamment ensemble. Bien malheureusement, ce n’est pas cette amitié qui est en cause et que je cherchais à savoir. De plus, il s’est tout de suite mué en victime et m’a brandi la menace de me poursuivre en justice si j’écrivais quelque chose sur lui concernant cette affaire malheureuse. Afin de me prouver sa virginité dans l’affaire, il a fini par un conseil généreux adressé son ami Cissé. Il doit faire faire appel du jugement. Peut-être le juge de la Cour d’appel pourrait déjuger le premier jugement. Or subrepticement, il se range du côté du verdict déjà rendu parce qu’il reconnaît que les membres de la famille du vendeur ont bien le droit de dénoncer les clauses de la vente. Comment se pourrait l’être d’autant que ceux-ci, vivant toujours à Boké, ont attendu, étrangement quatre ans pour se rendre compte de la « bêtise » de leur parent. Il semblerait qu’un autre acquéreur proposerait deux fois le prix qu’a payé monsieur Cissé.

 

Monsieur le procureur voulant se disculper m’a rassuré qu’il n’est pas le juge, mais bel et bien procureur. En clair, ce n’est pas lui qui a rendu le jugement. Cependant, il est très (trop) proche de ce dossier à l’entendre. Il connaît tous les protagonistes.

 

Puisque l’affaire s’ébruite, va-t-il remettre la pendule de la justice à l’heure pour permettre à monsieur Cissé de garder son bien parce qu’il lui suggère de faire appel du jugement ? Ou veut-il continuer l’extorsion d’argent aux deux parties ou faire trainer l’affaire ? Que dit la loi foncière de Guinée? La méthode du Procureur s’apparente aux tribulations du héros de L’étrange destin de Wangrin de Hampâté Bâ.

 

Il est quand même déplorable que ceux qui doivent rendre la justice soient mêlés à des affaires sulfureuses qui n’honorent, en aucune façon, leur métier. Voilà un autre terrain que le CNDD doit nettoyer tellement ses victimes sont nombreuses parmi les Guinéens.

 

 

Jacques KOUROUMA

pour www.guineeactu.com

 

 

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Vos commentaires
BANGALY TRAORE, mercredi 4 mars 2009
LA solution pour notre pays,c`est la justice.sans la justice point de reconciliation.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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