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Il n'est pas toujours évident de se rendre compte de ce qu'on a, de ce qu'on possède et de ce qu'on pourrait en faire. Pas toujours facile pour certains, de se projeter dans l'avenir. On pense que l'herbe est toujours plus verte ailleurs. Cela est vrai dans bien des cas, mais on peut toujours remédier aux situations que l'on connait, elles ne sont pas des fatalités inamovibles. Nos montagnes, on peut les déplacer ! Notre pays peut, à force de travail, en combattant la corruption et toutes les autres tares, évoluer et devenir, à l'instar des pays que nous admirons, que nous envions, un pays de référence. Ce n'est peut être pas un bon exemple au regard de l'apartheid, que j'ai toujours déploré et je déplore encore les conséquences, dans certains comportements, mais l'Afrique du sud, dans son développement économique, sert souvent d’exemple. Dirigée par des occidentaux, jusqu'il ya peu de temps, on parle idylliquement de ce pays. Ce qui est dommage pour un patriote africain, c’est la question de savoir ce qu’aurait été cette partie de l'Afrique si elle avait été dirigée par les marionnettes, qui nous servent aujourd'hui de présidents, dans la plupart des pays africains? Si c'était un Conté ou un autre du même genre, en Afrique du sud, qu'est-ce que qu'on dirait aujourd’hui de ce pays, de son classement dans l'indice de développement ? Le constat aurait été, certainement, bien différent ! Or, nous pouvons faire de notre pays, un pays que les autres nous envieront, un pays où il ferait bon vivre, pour les guinéens, voire pour tous les africains. Pourquoi ce serait toujours nous, les africains qui sommes en pamoison, en admiration béate devant tout ce que les autres font (Occidentaux, Chinois, que sais-je encore !). Pourquoi ne sommes-nous admiratifs que devant ce qui n'est pas africain, comme si nous étions incapables d'en faire autant ou même plus ? L'Africain est tellement misérable dans son pays d'origine (à cause de la vie ingrate et difficile que lui font mener ses dirigeants sans cœur) qu'il pense qu'il ne peut être au paradis qu’à Bruxelles par exemple, déambulant sur la rue Neuve ou sur l'Avenue Louise. L'Africain est fier, lorsqu'il est en France à Paris ou toute autre ville française (quant bien même il habiterait, comme c'est si souvent le cas, dans des réduits minables qu'ils osent appeler ici, appartements, et biens d'autres désagréments que je me ferai un plaisir de porter à la connaissance de ce qui pensent que l'Occident est paradisiaque et facile). Il est fier de marcher sur les champs Elysées, même sans un euro en poche (comme dirait la chanson d'Alain Souchon :" Marcher dans les rues de Paris, c'est déjà çà"). L'Africain est fier lorsqu'il se trouve dans une ville du Canada ou aux Etats-Unis, à New York, Los Angeles, Washington DC. Rien que l'évocation de ces noms le met dans des transes pas possibles. Moi je voudrais dire que nous n'avons aucune fierté dans ces pays car, lorsque je marche dans ces villes (pour celles que j'ai eu à habiter ou à visiter), j'ai toujours des pincements au cœur et je pense à mon pays, à mon Afrique natale. Je rêve à chaque pas, de pouvoir réaliser chez nous, en Afrique, toutes ces choses positives que je vois ici, chez eux, en Occident. L'Africain est plus que fier lorsqu’il parle les langues étrangères, surtout celles de l'Occident. Là encore, on sublime ce qui vient de l'autre, ce qui vient du blanc. Cet état de fait doit être démystifié. Oui, il est vrai que nous avons besoin de leurs langues pour nous faire comprendre entre nous, chez nous et ailleurs, mais s'il vous plaît, comme eux le pensent pour l'esperanto, pensons, nous aussi, à des langues africaines qui nous rapprocheraient encore davantage. Pensons à une monnaie commune par exemple, voyons grand, voyons loin ! Celui qui doit être fier, c'est l'autochtone de ces différents pays, de ces différentes villes précitées. L'autochtone qui a construit son pays (d'aucuns me diront que cela s'est fait en grande partie avec l'argent de la colonisation. Oui, c'est vrai, mais le résultat est là : ils ont construit, organisé et gèrent mieux leurs pays pour le seul bien de leurs ressortissants. L’argent de la colonisation, s’il nous a été volé, il ne l'a pas été pour le bien de quelques uns, au détriment de tout un peuple ? Et si à un moment donné de leur histoire, cela a été le cas (en particulier du temps de la royauté, avant leurs révolutions), ils se sont battus ensuite pour rectifier cet état de chose. Aujourd’hui, nous sommes fiers, nous, de nous "pavaner" dans leurs ville. Notre fierté s’arrêterait-elle à cela, notre fierté s’arrêterait-elle là ? Je ne le crois pas ! Et c'est pour tout cela que notre jeunesse doit se sacrifiée pour qu'on construise autre chose, pour qu'il y est un changement radical dans nos vécus quotidiens actuels. Comment pouvons-nous continuer à nous enorgueillir du travail des autres uniquement, de la façon dont ils ont développé leurs pays, pendant que les nôtres croulent sous la misère, sous la famine, sous la sécheresse, quand ce ne sont pas les guerres tribales, fratricides qui les déchirent. Nous sommes fiers, quand nous sommes (sans publicité aucune) au volant d'une Mercedes, d'une Audi, d'une Fiat, d'une Volvo, d'une Ford, d'une Toyota etc. Nous sommes fiers, quand nous portons des marques de vêtements (quand on le peut), des chaussures et accessoires des grands couturiers parisiens, italiens (toujours sans publicité aucune) les Dior, Lacroix, Chanel, Gucci et autres. Mais où sont nos marques de voitures à nous ? Ou sont nos lignes de vêtements à nous? Pour qu'il y ait ces marques, il y aura eu des personnes. Ces marques ne sont pas tombés du ciel, il y a eu des gens pour les fabriquer, des gens qui se sont mis au travail, dans des usines et autres manufactures. Ces personnes ont généré des activités économiques (les économistes sauront l'expliquer mieux que moi). Où est notre part de fierté dans tout cela? Nous faisons la promo de ces marques en nous pavanant dedans et nous aidons à l'enrichissement de leurs créateurs, en les achetant, alors que nous pouvons créer des espaces pour nos propres marques, dans nos territoires africains et pour les marchés internationaux. Nous avons quelques stylistes africains, mais très peu sont reconnus dans la cour des grands défilés, à Paris, Milan, New York ou Sao Paulo. Or, nous pouvons, à l'instar de ces grands défilés, créer leurs équivalents chez nous. Des défilés qui, s'ils sont bien organisés, attireront certainement les autres et renverseront ainsi la tendance. C'est possible si… et seulement si .... L'Africain est fier, d'acheter des grands parfums affiliés à des grandes marques de vêtements mais, donnez moi un seul nom de styliste, de parfumeur africain, qui serait soutenu par ces frères africains, pour valoriser sa marque. Alors qu'avec leur climat, nos pays regorgent de fleurs, plus odorantes les unes que les autres. Cela pourrait susciter des vocations si… et seulement si… L'Africain est fier d'utiliser les marques de produits d'alimentation étrangers (yoghourts, fromages et autres), alors que chez nous, on pourrait en faire et du bien meilleur. Je me souviens quand j'étais adolescente. Eh bien, les joueurs maliens et leur entraineur sont venus avec leurs propres produits laitiers, notamment le yoghourt, le beurre etc. qui étaient excellents. Et feu mon père, lorsque je lui ai demandé d'où venait ces si bons produits, m'a rétorqué qu'ils étaient fait par les maliens, dans leurs usines au Mali, et il n'était pas peu fier quand il m'a répondu cela. J'espère que ces usines sont encore opérationnelles aujourd'hui et que l'exportation de ces produits est devenue plus conséquente. S'il le faut, je ferai un tour au Mali et ma joie serait immense, si je me rendais compte que cela a été développé ! L'Africain est fier d'utiliser le GSM et il en est un grand utilisateur. Mais lorsque nous utilisons des Nokia, c'est la Finlande qui peut en être fière et qui s'enrichit, quand nous utilisons des Sony, c'est le Japon qui peut être fier et qui s'enrichit, quand nous utilisons des Ericsson, c'est les suédois qui entre en lice etc. Même chose pour les appareils ménagers (frigos, téléviseurs, computers). Mais pourquoi n'aurions-nous pas nos propres chaînes de montage, comme l'Inde pour ses computers qui inondent les marchés, notamment le marché américain ? Que dire alors de nos propres marques d’avions et de… bateaux ? Quand pourra-t-on en parler ? L’on voit bien que dans une perspective de développement réel, nous avons, comme on le dit vulgairement, du pain sur la planche ! Où en sommes-nous, concrètement, pour l'heure ? Nous sommes encore à l'électrification timide (quelques heures par jour) de certaines de nos villes, aux problèmes d'adduction d'eau irrésolus, à la recherche de produits alimentaires journaliers, hors de prix, à payer des sommes énormes pour accéder à des semblants de soins (même si je rends hommage à tous ces médecins qui se battent tous les jours, chez nous, pour aider avec les moyens du bord, nos populations). Nous sommes à une éducation plus que boiteuse, à des transports en commun précaires… Nous sommes surtout, à nous chamailler pour savoir quel groupe ethnique va diriger, qui a déjà dirigé, qui va encore diriger ? Pendant ce temps les autres nations évoluent, s'enrichissent, nous vendent leurs marques, leurs articles, leurs fabrications, et même, nous refilent des armes pour qu'on puisse se taper dessus. Puisque nous n'arrivons jamais à aimer, à voir, à supporter l'autre « nous », c'est-à-dire, le guinéen : guerzé, soussou, peul ou malinké (que les autres ethnies ne me tombent pas dessus parce que je ne les ai pas citées). Il faut le souligner, c'est à ce niveau déplorable que se trouve certains de nos frères et sœurs, malheureusement. Les autres nations tirent les ficelles de nos vies, en nous menant là où et comme bon leur semble. Au dernier Salon de l'auto à Paris, cette année, la Chine a présenté sa première voiture. Et nous, les africains, ne serions-nous bons qu'à acheter les produits des autres? Je le redis encore, les choses doivent obligatoirement changer et vont changer chez nous ! Nos populations ont droit, elles aussi, à ce qu'il y a de meilleur. Nos populations sont en droit, elles aussi, de se positionner sur le marché international. Nous devons nous mettre au travail, en toute urgence ! Mais nous devrions commencer d’abord, par déloger tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, empêchent le développement dans la démocratisation de notre pays. Ceux que j'appelle les traitres à leur Nation. Comment peut-on lutter, en effet, en cherchant à anéantir sa propre famille, ses propres frères, ses propres sœurs? Tout est prioritaire et urgent aujourd’hui. Nous avons besoin de main d'œuvre bien formée (dans les démocraties occidentales 1/3 du budget national est imparti à l'éducation), nous avons besoin de chefs d'entreprise, de dirigeants de grandes structures agricoles, nous avons besoin que nos petits paysans soient aidés, que l'agriculture soit là où il faut, mécanisée, nous avons besoin que nos barrages soient opérationnels pour couvrir tout le manque énergétique de notre pays, et pourquoi pas de toute l'Afrique de l'ouest, Et tout cela est bien possible !!! Mais tout cela ne pourra se faire que sur fond de transparence à tous les niveaux. Que les gardes fous institutionnels soient réellement respectés, réellement actifs. C'est l'une des raisons pour laquelle les démocraties ont maintenu la séparation distincte des pouvoirs. Seul ce système de contrôle de chacun par chacun pourra permettre d'éviter les dérives. L'exercice du pouvoir est une drogue qui, s’il n'est pas surveillé et canalisé, peut entrainer tous les excès. Et c’est ce que, malheureusement, nous connaissons encore, chez nous aujourd'hui ! GOD BLESS AFRICA M'Ballou Kébé pour www.guineeactu.com
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