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Madame la Présidente du CNT,
Messieurs les Présidents des Institutions Républicaines,
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Membres du
Corps Diplomatique et Consulaire et Représentants des
Organisations Internationales,
Monsieur le Chef d’Etat Major Général des Armées
Messieurs les chefs d’Etat Major Particuliers,
Mesdames et Messieurs les Leaders des Organisations Politiques et Sociales,
Braves Populations Guinéennes,
Distingués invités,
Je vous prie humblement de bien vouloir observer une minute de silence en la mémoire de tous nos compatriotes disparus dans des conditions parfois tragiques comme ceux du 28 septembre 2009, à cause de leur idéal de liberté et pour l’avènement d’un Etat de droit et d’une véritable démocratie en Guinée.
Je vous prie également d’avoir une pensée pieuse pour nos défunts Chefs d’Etat, Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté rappelés à Dieu respectivement le 26 mars 1984 et le 22 décembre 2008.
Je voudrais dire que malgré tout, chacun de nous se reconnaît dans nos martyrs illustres et anonymes et les grandes figures de notre nation.
A travers l’œuvre qu’ils ont accomplie, bonne ou mauvaise, c’est notre histoire récente dont nous avons été les témoins et parfois aussi les acteurs privilégiés que nous célébrons, c’est notre mémoire que nous reconstitutions pour assumer un passé à la fois de fierté et de douleur et réaliser nos espoirs pour l’avenir.
Au cours de cette journée de réconciliation nationale qui nous impose des souvenirs et le recueillement qui nous unit dans la foi en Dieu et les secrets de notre histoire, nous sommes face à la vérité du temps que les penseurs ont révélée : « Le monde est un vaste théâtre où chacun joue un rôle ».
C’est pourquoi un devoir de mémoire s’impose à nous pour nous rappeler des hommes et des événements qui nous ont marqué et font l’histoire des peuples et la vie des nations.
Chers invités,
Si l’homme est naturellement porté sur le changement qui apparaît toujours comme une rupture, notre action s’inscrit aussi dans une certaine continuité quand on sait que l’histoire est un tout qui nous renvoie sans cesse à nous-mêmes.
La Guinée pour son équilibre, sa stabilité et un avenir paisible, doit avoir le courage d’affronter son passé quel qu’il soit, de juger ceux à qui Dieu a confié les destinées du pays pendant un certain temps comme des hommes avec leurs forces et leurs faiblesses.
S’il est vrai que nous commettons tous des erreurs, ne dit-on pas que l’erreur est humaine ? S’il est vrai qu’il n’y a pas d’œuvre humaine parfaite, chacun de nous est appelé à plus de tolérance et de générosité pour que la cohabitation soit possible, que la réconciliation indispensable à un nouveau départ soit réalisée ici et maintenant.
Il nous faut avancer dans le temps pour ne pas en être l’otage, si nous ne voulons pas que notre passé soit notre avenir : parce que ça n’a pas avancé, toutes ces années, la Guinée a reculé.
J’invite mes compatriotes guinéens à moins de souvenir, plus d’avenir pour se débarrasser de tous les fantômes du passé : ce sont les grandes épreuves qui fondent les grandes nations : notre drame, nous Guinéens, c’est d’avoir cherché souvent à faire notre bonheur sur le malheur des autres.
Si nous sommes heureux ensemble, personne de nous ne sera malheureux.
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,
Pour Paul Valéry « L’histoire justifie ce que l’on veut ». Dès lors, appelés à écrire et assumer pleinement notre histoire, nous avons certes un devoir de mémoire mais surtout un besoin de vérité et de justice dans notre société où souvent la volonté du chef compte plus que tout, plus que tout le monde, une société où encore dans bien des cas et en de maintes endroits, la loi du plus fort est toujours la meilleure.
De ce point de vue, qui d’entre nous n’a jamais commis d’abus peut prétendre n’avoir jamais nuit à son prochain ? Pour reprendre la parole biblique : « Qui n’a jamais pêché jette la première pierre » !
C’est pourquoi nous ne pouvons pas condamner nos dirigeants sans nous condamner car le plus souvent, c’est notre silence, notre abnégation, notre complicité aussi qui sont la source de leurs erreurs et de leurs échecs.
Ahmed Sékou Touré, notre premier Président nous a rétablis dans notre liberté et notre dignité en menant le pays à l’indépendance, l’avènement du Général Lansana Conté au pouvoir a suscité beaucoup d’espoir et a été l’occasion pour les guinéens dont certains sont revenus d’un long exil de recouvrer des droits perdus et par la suite de faire fortune. Le Capitaine Moussa Dadis Camara a été accueilli en héros avec la promesse de conduire le pays, pour la première fois de son histoire à des élections libres, transparentes et démocratiques.
Ils ont tous fait rêver un moment, ils se sont retrouvés tous aussi à un moment ou à autre de leur règne, confrontés à des situations malheureuses parfois tragiques.
A qui la faute ? Eux enfermés dans la solitude du pouvoir et bercés par des illusions entretenues par une cour nombreuse dont le manque de lucidité et de courage n’ont pas toujours permis d’éclairer leur chemin et leur imposer des limites à ne pas franchir ?
Souvenons-nous de cet enseignement du philosophe « L’homme est bien, c’est la nature qui le corrompt ».
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Si l’on ne peut refaire l’historie, on peut tirer les leçons des erreurs, de toutes les erreurs du passé pour ne pas les refaire.
On ne peut passer tout son temps et toute la vie à excuser, à s’excuser : beaucoup d’entre nous préfèrent attendre le fait accompli pour dire dans le but de se défendre et de se donner bonne conscience « je savais », « j’avais prévenu », « si on m’avait écouté » et tant d’autres parades et postures tardives et trop faciles dans le registre du médecin après la mort. Il faut oser dire et défendre la vérité pendant qu’il est temps !
Aujourd’hui, la Guinée a compris que l’amertume du passé ne doit pas peser sur notre avenir, nos frustrations, nos rancunes, nos démons personnels, pour légitimes et fondés qu’ils soient, ne devraient constituer en aucun cas une menace pour notre volonté de vivre ensemble.
Aujourd’hui, grâce à l’effort de pardon et de tolérance de la part de chacun de nous, les guinéens se reconnaissent dans leur histoire et surtout consacrent leur génie et leur énergie à construire ensemble leur avenir.
La réconciliation des uns avec les autres explique le climat de confiance et de paix dans notre pays, qui permet de panser les blessures en toute sérénité et par la même occasion de libérer les cœurs et les esprits de la haine et de passions causées par de nombreuses années d’injustice, d’oppression, de violence gratuite et aveugle.
Je me réjouis particulièrement de constater que nos forces de défense et de sécurité sont à l’avant-garde de la démocratie qui nous garantira plus de dignité et un meilleur avenir, qu’elles sont à nouveau soudées au peuple qu’elles ont la vocation de défendre et protéger en toute circonstance.
Le moment est donc bien indiqué pour le Conseil national de la transition CNT – pour lancer son initiative de journée de réconciliation nationale car le contexte d’aujourd’hui caractérisé par la volonté partagé des guinéens de se tourner vers l’avenir en oubliant le pire, le permet, nous sommes aussi mieux préparés que par le passé dans l’élan d’espoir et de solidarité de notre peuple uni dans son destin comme jamais à regarder devant plutôt que de s’attarder sur un passé de regrets et de remords, qui ne peut plus continuer à nous hanter, à nous empêcher de conduire des initiatives et des actions concertées.
Divisés, nous avons échoué et subi ensemble unis et solidaires, nous nous en sortirons tous et rapidement.
Mesdames et Messieurs,
Ce 21 juin 2010 est une date chargée d’émotion qui marque une prise de conscience individuelle et collective qui sera gravée dans les annales de notre histoire.
Le CNT a choisi cette date désormais historique pour rappeler les guinéens à un défi et une œuvre nobles, à savoir se réconcilier pour libérer leur patrie de toutes les pesanteurs qui menacent son unité et sa cohésion.
Je le proclame, entre guinéens, nous devons pouvoir nous pardonner nos fautes et nos offenses voire nos crimes car si nous devons nous rappeler de ce qui est passé, nous devons être aussi parfois capables d’oublier quand cela est nécessaire à préserver l’unité de notre nation et la paix sociale.
En votre nom à tous, du peuple souverain de Guinée, vous me permettrez à cette occasion solennelle et du haut de cette tribune de demander pardon pour mes prédécesseurs et tous ceux qui, dans l’exercice du pouvoir ou aux différents leviers de commandes du pays, ont pu commettre des abus et des exactions ou alors ont été amenés à causer des torts : « Pardon, pardon, pardon ! »
C’est vrai que celui qui demande pardon a du mérite mais c’est surtout celui qui l’accorde qui a encore plus de mérite et de rancœur.
En ce jour de notre humanisme à tous, la Guinée, est appelée à un sursaut patriotique pour jeter les bases de la réconciliation guinéenne : un tournant dans notre avenir et une raison de s’engager dans le combat du futur avec confiance.
Ce jour marque notre engagement solennel pour le pardon tant escompté pour permettre aux guinéens de ne plus se regarder en bourreaux et victimes, en innocents et coupables mais en citoyens d’une même nation qui, malgré toutes les humiliations et vexations subies restent égaux entre eux-mêmes, dignes et généreux.
Pour cela, les torts doivent être reconnus et surtout réparés. A cet égard, je souhaite que les victimes et leurs familles de tous les régimes et des événements tragiques que notre pays a connus depuis l’indépendance, bénéficient de la part de l’Etat, de notre société, d’une réhabilitation et d’une prise en charge matérielle et morale pour faire enfin leur deuil.
Alors un nouveau contrat social, humain, sera possible entre nous grâce auquel la préservation des droits et des libertés de chacun sera notre affaire à tout, notre combat à tous.
En attendant cette aube nouvelle qui va se lever sur notre pays, il nous appartient d’assurer compassion et réhabilitation pour les victimes, et d’accorder le pardon aux bourreaux. Une justice d’équilibre et d’équité pour ne pas consacrer l’impunité et l’oubli mais surtout pour aboutir à la paix des braves.
Distingués invités,
En ce mois de juin, le 27, la Guinée qui a relevé tant de défis dans son histoire sera confrontée à l’épreuve des urnes : elle élira son président pour la première fois sans pression et dans la transparence totale.
Ce qui apparaissait comme une mission impossible et de vagues promesses, est un pari que nous sommes sur le point de gagner pour notre honneur et le plus grand prestige de notre pays qui, aux yeux du monde, donne une leçon d’histoire qui va façonner notre avenir.
La Guinée gagnera et personne ne perdra. Si certains pensent que notre pays sortira divisé des élections à cause des enjeux qu’elles comportent, je suis convaincu, pour ma part, qu’il en sortira plutôt fort et uni, totalement réconcilié avec lui-même, profondément ancré dans son époque, un pays qui a fini par retrouver son chemin après des sauts dans l’inconnu, des drames et violences à répétition.
Ce sera le miracle guinéen qui, comme en Afrique du Sud avec Nelson Mandela, aura permis sous le signe de retrouvailles fraternelles aux fils d’une même nation hier divisée d’unir leurs forces, leurs différences, leurs talents, pour bâtir une société de prospérité, d’égalité, de fraternité, et de tolérance où le mot réconciliation vaut tout son pesant d’or : nous aussi nous le pouvons car nous le voulons tous.
Que Dieu bénisse la Guinée et les Guinéens
Je vous remercie.
Source : L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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