dimanche 9 mars 2008
Journée Mondiale des Femmes : Hommage à la Femme Africaine
Lamarana Petty Diallo

Je ne retracerai pas l’histoire de la journée Mondiale des Femmes. J’estime qu’elle est suffisamment connue. Je me contenterai de rendre hommage à toutes les femmes du monde. A la femme africaine en général et à la femme guinéenne en particulier.

On comprendra aisément que je veuille rendre un hommage appuyé à la femme guinéenne : celle-là même qu’on appelle dans l’une des langues du pays, en l’occurrence le Soussou, Ginè. Vraisemblablement, c’est la femme qui aurait donné à la Guinée son nom. Aussi, pour parler de la femme guinéenne, on dit « la Guinée ginè ». 

La femme guinéenne mérite, aujourd’hui plus qu’hier, un hommage et une reconnaissance de la part de tous les Guinéens. Les raisons sont multiples.

Combattante pour l’indépendance nationale et oubliée de l’histoire

Les Guinéennes ont été à l’avant-garde de la lutte anti-coloniale. Les cadres féminins de la Guinée Française qui étaient en nombre très peu élevé (politique coloniale oblige) se sont lancées dès les premières heures dans le combat pour la libération. Issues de l’enseignement primaire élémentaire ou supérieur ; des écoles normales de jeunes filles, des écoles de sages-femmes, d’infirmières ou d’institutrices de l’Afrique Occidentale Française (AOF) les unes et les autres ont  souvent été aux côtés des hommes, si ce n’est au devant, pour la lutte anti-coloniale.

Leur détermination, leur sens du sacrifice pour la patrie, mais aussi pour leur mari ou leurs enfants, ont largement été mis en avant par le premier et unique parti politique qui dirigea la Guinée de 1958 à 1984. Le PDG fit de la femme son arme, on pourrait dire, son instrument, pour arriver à ses fins.

Cependant, beaucoup de femmes laisseront leur honneur ou leur vie pour un système qui, après les avoir exploitées politiquement et idéologiquement, leur réservait le plus atroce des sorts. La liste des victimes de la dictature du PDG est longue. On pourrait énumérer entre autres : Mme Hadja Loffo Camara, membre du Bureau Politique Nationale (BPN) ; Hadja Bobo, sœur de Saïfoulaye Diallo, ami et compagnon de lutte de Sékou Touré ; Mme Hadiatou Barry, fille aînée de l’Almamy Ibrahima de Mamou ; Néné Fouta Bah de Dalaba, épouse de Thierno Ibrahima Bah et tant d’autres, connues ou  anonymes.

Militantes ou femmes de hauts cadres, épouses de l’ancienne aristocratie, institutrices, commerçantes, femmes au foyer, jeunes et belles filles élèves ou étudiantes, aucune n’a été épargnée. Si ce n’est le système lui-même qui les broyait, c’était les sbires, les acolytes, les membres (à différents niveaux) du PDG qui les  exploitaient. Que n’a-t-on entendu dans les discours démagogiques sur les qualités, le courage et les honneurs mérités de la femme guinéenne ?

Double et éternelle victime

Si le PDG a mis la femme au devant de la scène à des fins politiques, le système qui lui a succédé a tout simplement tenté de la relayer au foyer. Qui ne se souvient des discours post-PDG de 1984 disant lapidairement « les femmes doivent rester à la maison » ? Drôle de système qui n’a pas compris que la femme guinéenne était la plus malheureuse des rescapés de ce qui est convenu d’appeler la Première République!

Ce système a tout simplement oublié que le peu d’oxygène et de liberté qui souffla sur le pays de 1977 à 1984 est un acquis de la grève des femmes d’août 1977. Seul le combat des vaillantes guinéennes a mis fin au calvaire qui s’est abattu sur la Guinée après le déclenchement de « Cheytane 73 » et l’arrestation de l’ancien Secrétaire Général de l’OUA : Telli Diallo.

Durant toute cette période, nous les hommes, nous portions les pagnes. N’est-ce pas cela qu’ironisait Mawdho Leddhèri qui, s’il trouvait un attroupement d’hommes disait « bonjour mes sœurs.» ? Avant que les femmes viennent au secours du pays, seul cet ancien tirailleur sénégalais, victime de la guerre qui lui prit le cerveau et du PDG qui lui refusa sa pension, osait appeler les choses par leur nom.

Ce sont les mêmes femmes qui continuent à mener le combat

Les grèves des dernières années sont l’oeuvre de jeunes et de femmes. Les femmes ont joué un rôle de premier plan dans les manifestations sociales de mars et juin 2006 ; de janvier et février 2007. Elles ont été, comme dans le passé, à l’avant-garde du combat pour le bien-être des populations guinéennes.

Aujourd’hui, elles subissent, plus que tout, les conséquences des promesses non tenues. Allez à Nyenguéma (au marché de Conakry I) à Madina, dans les marchés urbains de Mamou, Lola, Kouroussa, Koundara… ; dans les marchés hebdomadaires de n’importe quel village de Guinée, ce sont les femmes qui triment. Du lever au coucher, elles sont sous le soleil, la pluie, l’obscurité à essayer, dans la dignité, à joindre les deux bouts. Le dernier gamin sur le dos, elles peinent et vont au pâturage, au marigot, au champ, au baptême pour soulager la famille de la cherté de la vie.

Mais, la souffrance de nos mères et soeurs semble bien se prolonger tant et si bien qu’en Guinée le changement annoncé en 2007 n’a été qu’un rêve brisé. Pourtant, comme disait l’autre : « elles sont belles, les femmes de mon pays ! » Elles sont fières avec leur allure de reine et mériteraient tant le bonheur !

Tout le combat doit être mené à cette fin

A l’heure où l’on parle d’élections, le statut de la femme, ses droits et devoirs, sa place et son rôle doivent être au centre de toutes les préoccupations. Les partis politiques et leurs leaders doivent impérativement inscrire parmi leurs priorités, l’éducation de la jeune fille ; l’amélioration des conditions de vie des femmes et l’égalité des sexes.

La question de genre doit être redéfinie en Guinée et traduite en acte à travers la parité homme - femme. Cette parité ne devant pas être calquée, mais pensée en fonction de la situation locale et nationale.

Les femmes guinéennes devront exiger des partis politiques un programme clair et un  engagement personnel de chaque leader de faire figurer dans les listes électorales un quota défini avec les organisations ou représentations féminines. Il faut également un engagement à respecter les accords et protocoles internationaux signés par la Guinée en matière de droits des femmes.

Plus que jamais, une lutte sans précédent doit être menée contre les mutilations sexuelles (l’excision) ; les mariages forcés et  précoces. En un mot, toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes doivent être bannies. Pour cela, il faudrait qu’elles assujettissent leur adhésion à tout parti politique à la défense de leurs droits et au  partage des postes de responsabilités à tous les niveaux. Ces critères devant être inscrits dans les statuts et règlements intérieurs.

Enfin, je rends hommage à toutes les victimes d’un pouvoir politique et de toutes formes d’injustice. Je pense entre autres à Benazur Bhutto, Ingrid Betancour, Um Sham Chukki, les réfugiées du Darfour, de Palestine et d’ailleurs.

Le combat commence lorsque l’égalité des droits est reconnue. C’est à cela que la femme doit s’atteler ! La femme guinéenne tout particulièrement !

Lamarana Petty Diallo, Professeur de Lettres-Histoire pour www.guineeactu.com  

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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