samedi 23 février 2008
John McCain: Candidat du Centre devenu Centre droit
John McCain

Pourra-t-il résoudre l’équation ?

John McCain est sénateur de l’Arizona, ancien prisonnier de guerre au Vietnam, ancien candidat aux primaires de 2000 contre George Bush, et candidat majoritaire au sein du parti républicain.
Son histoire personnelle et son indépendance viscérale font de lui un candidat redoutable, très populaire auprès du public américain. Mais comme tant de candidats, il devra résoudre la quadrature du cercle : satisfaire les extrêmes pour passer la primaire sans perdre son attrait au centre et gagner le niveau national. 

Il est sénateur républicain de l’Arizona, successeur de Barry Goldwater, candidat malheureux à la présidentielle en 1964 et un poids fort du mouvement conservateur. Il fut prisonnier de guerre au Vietnam et torturé des années durant. Un épisode fameux de son incarcération veut que ses geôliers, apprenant qu’il était fils d’amiral, lui ont proposé de le relâcher plus tôt, et il a refusé car les règles de conduite des officiers américains exigent que les prisonniers soient relâchés dans l’ordre où ils ont été capturés. Ses deux bras furent brisés avant qu’il soit suspendu par eux pendant des jours durant, ce qui fait qu’encore aujourd’hui il ne peut lever ses bras au-dessus de ses épaules. À une époque où les États-Unis sont en guerre, un candidat avec une telle histoire n’existerait pas qu’on ne pourrait pas l’inventer.

C’est un homme puissant, aussi. Vieux de la vieille du Sénat américain, il en connaît les règles et les acteurs, et il a le poids de son ancienneté et du caractère retors qui va de pair avec l’expérience politique. Une loi porte son nom, le McCain-Feingold Act, œuvre de sa vie, qui encadre le financement des campagnes politiques.C’est un homme populaire, surtout. Il est décrit comme un maverick, un rebelle, et c’est vrai qu’il manque rarement une occasion de bousculer la hiérarchie de son parti. C’est contre les cadres de son parti qu’il lança son effort de réforme du financement de la vie politique. Il déclara un jour, s’opposant au financement d’un nouveau porte-avion, que l’argent devrait être utilisé pour aider toutes les familles de militaires qui vivent sous le seuil de pauvreté. Pour un membre du parti de la défense nationale et de l’opposition aux aides publiques, c’était un gros mot.
Dans le monde incroyablement cadré et policé de la politique américaine, il détonne, et c’est son plus grand atout. Cela lui donne une cote auprès des médias et dans la société, qui dépasse les clivages politiques. Il s’est opposé aux réformes d’immigration trop protectrices, aux tentatives d’empêcher les Démocrates de faire de l’obstruction au sein du Sénat, à la légalisation de la torture pour les troupes américaines… Bref, à chaque fois que quelque chose se passe, il faut qu’il fasse son intéressant.^

Il est aussi de plus en plus populaire au sein de son parti car, depuis plusieurs années, il est devenu le principal défenseur de son ancien adversaire, George W. Bush. Le président Bush est caractéristique en ce que, jusqu’à il y a quelques mois, quelle que soit sa cote de popularité dans la société américaine, il a toujours été extrêmement populaire auprès de sa base.

Pour quelqu’un comme John McCain, dont l’indépendantisme est avéré, le fait de se faire le porte parole et le défenseur de George W. Bush en tant que président, c’est donc une manière très habile de faire un virage à droite toute, d’étendre ses réseaux au sein de son parti et de devenir vendable auprès de ses militants, bref de se bâtir une voie royale vers la nomination aux présidentielles en 2008, le tout sans perdre le centre de vue.
Tout ceci fait de John McCain le grand favori des primaires du parti républicain. Il a les meilleurs financements, la meilleure équipe, la plus grande popularité, le meilleur positionnement politique, et aussi bien le contexte international que le contexte national divisé favorise un candidat avec son passé, qui a l’expérience de la guerre et sait transcender les clivages politiques.

Cependant, le problème de John McCain, c’est celui de Laurent Fabius : en préparation d’une présidentielle il a braqué vers les extrêmes de son parti alors qu’il a fait toute sa carrière au centre, et personne ne croit qu’il est sincère.
Pendant la campagne de 2000, il avait traité Jerry Falwell, pasteur télé-évangéliste très populaire auprès des évangéliques américains, d’ « agent de l’intolérance » qu’il fallait « reléguer aux marges extrêmes de la politique ». L’année dernière, c’est lui qui a donné le discours d’ouverture de la Liberty University que M. Falwell dirige : le symbole est évident.
Mais les évangéliques, qui représentent 25% de la population américaine et 33% des républicains, et qui sont encore plus nombreux dans certains États importants aux primaires (comme la Caroline du Sud, qui perdit McCain en 2000), croient-ils vraiment que McCain est soudain devenu l’ami de Falwell ? John McCain est d’ailleurs le premier à se rendre compte de cette impossibilité, et même s’il a clairement mis le cap à droite, il est loin d’avoir opéré un reniement intégral de son passé à l’image d’un Fabius.

Alors que la base républicaine est viscéralement opposée à l’immigration, il a quand même fait des pieds et des mains pour inclure un « chemin vers la citoyenneté » pour les immigrés dans la récente loi de réforme de la politique d’immigration. Tous les commentateurs ont alors déclaré en unisson qu’il se tirait dans le pied pour la primaire, mais John McCain s’en fout. Il fait ce qu’il considère comme le mieux : c’est ce qui fait sa popularité dans le public, mais c’est aussi ce qui peut le tuer dans une primaire comme dans les élections nationales. 
Bref, candidat du centre devenu centre-droit, il ne peut pas s’empêcher (sous peine de perdre toute crédibilité) d’ouvrir un boulevard à sa droite à un candidat qui se présenterait aux militants républicains comme l’alternative conservatrice à McCain.

Sa santé, surtout. C’est là qu’on tire le plus bas. John McCain a plus de soixante ans, ce qui est peut être normal pour un candidat à la présidentielle dans d'autres pays mais pas aux États-Unis. Les séquelles de sa torture au Vietnam sont évidentes dans sa démarche et dans son aspect extérieur. Il porte le long de son visage la cicatrice d’une intervention contre un cancer de la peau qui l’affecta il y a quelques années. Aucun électeur ne peut s’empêcher de se demander si McCain n’aurait peut être pas la santé nécessaire pour être président, ou pour le rester quatre, voire huit ans. Même s’il serait suicidaire de le faire directement, il serait loisible à un candidat de suggérer, via des groupes non affiliés à sa campagne, que McCain serait trop faible pour la Maison Blanche.

Bref, de gros plus, mais des moins qui, s’il sont moins gros, peuvent tous faire exploser sa campagne, soit au stade de la primaire, soit au stade de l’élection générale. John McCain reste un grand favori pour la course vers la maison blanche, mais la question principale qui se pose à moi a moi est la suivante: Pourra-t-il résoudre l’équation ?

La suite dira mieux, observons.

Amadou S DIALLO (Washington) pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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