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Après une interview de M. J.M. Doré, responsable de l’UPG, au journal l’Indépendant du 20 mars 2008 et reprise sur le site guineeactu.com, l’Association des Familles et des Enfants des victimes du Camp Boiro (AFEVCB) lui répond. Tout montre que les débats sur leur histoire récente invariablement escamotés par les Guinéens sont pourtant indispensables. La commémoration du 50è anniversaire de l’indépendance est une nouvelle preuve, s’il en fallait de cette vérité. Une récente interview donnée par un responsable d’un parti politique de notre pays est édifiante à cet égard. Lors de l’interview que M. Doré de l’UPG à accordé au journal l’Indépendant, ce responsable de l’UPG nous prouve l’incohérence totale de sa vision et des réalités de la Guinée. M. Doré déclare « au crédit de M. Conté la constitution de 1990 qui a permis une certaine avancée… ce n’est pas seulement le gouvernement qui triche, il y a aussi les partis…le régime dirigiste de Sékou Touré a fait le barrage du Tinkisso pour éclairer les villes de…une usine d’huilerie à Dabola...un échec total de Kouyaté…Sékou Touré a fait l’effort d’apparaître comme un grand président national…Pour faire l’hymne national il a pris l’hymne d’un roi peulh…l’on ne peut pas fêter le cinquantenaire sans glorifier Sékou Touré… ». Nous rappelons à ce Monsieur que, dans la constitution de 1958, le multipartisme était omniprésent donc ce n’est pas M. Conté qui l’a fait ; néanmoins avec la dictature de SékouTouré, le multipartisme était inexistant de fait. M. Doré nous dit que les partis politiques trichent aux élections comme le gouvernement ; ce Monsieur doit savoir que le responsable des élections dans un pays est le ministre de l’intérieur. Jusqu’à nouvel ordre, le ministre de l’intérieur n’a jamais été un membre de l’opposition. Selon ce Monsieur, il y a eu quelques fabriques construites durant le régime dictatorial Sékoutouréiste en Guinée. S’est-il informé sur ce qui a été réalisé dans les pays voisins (Côte d’Ivoire, Sénégal par exemple) ? Il dit que l’indépendance de la Guinée c’est Sékou Touré. Quelle ignorance de la vérité historique ! Sékou Touré représentait le RDA en Guinée auprès de ce parti, il y avait d’autres partis politiques notamment le BAG, AGV…et le PDG a été une confédération de tous ces partis politiques pour pouvoir accéder à l’indépendance et Sékou Touré n’était que le porte parole qui, par la suite, a trahi ses camarades pour mettre en place une dictature sanglante avec des faux complots, dictature dont nous continuons de payer les conséquences ; conséquences qui annulent complètement et au-delà, les supposés mérites du « non » du 28 septembre. Enfin, sans l’union de tous les partis politiques de l’époque, il n’y aurait jamais eu d’indépendance. De plus, l’hymne national de la Guinée n’a jamais été l’hymne d’un « roi peulh » ; il a été composé à l’indépendance et nulle part ne figure le nom d’un quelconque dignitaire peulh du passé. Je rappelle à ce Monsieur, qu’en 1976, Sékou Touré a déclaré la guerre aux Peulhs (48% de la population) en interdisant à ces derniers d’avoir accès à l’éducation notamment en les excluant de bourses scolaires pour des études à l’étranger. Lorsqu’on fait une analyse d’une action politique, nous ne pouvons faire des analyses partielles. En effet, tout Homme a à priori des bons et des mauvais côtés. Mais, lorsqu’il s’agit d’un Homme Politique, l’analyse doit être globale afin de faire la balance entre le positif et le négatif pour en tirer une conclusion. Nous rappelons qu’A. HITLER est arrivé au pouvoir par des élections libres et transparentes. Pendant sa présence au pouvoir en Allemagne, il a relancé l’économie et le chômage a baissé. Mais, parallèlement, il a mis en place des camps de concentration (comme le camp Boiro en Guinée) pour exterminer une partie de sa population. Lorsqu’on fait l’analyse historique de son passage au pouvoir, l’ensemble de la classe politique allemande d’une part, et de la population d’autre part, condamnent ce régime fasciste. Vous ne trouverez personne en Allemagne (exception faite de groupuscules) qualifier de manière positive le régime hitlérien. Vous ne trouverez nulle part en Allemagne, une rue ou une avenue qui porte le nom d’Hitler. J’entends d’ici les protestations contre un tel rapprochement ; mais on ne pourra éviter les amalgames dans ce domaine que lorsque les Guinéens décideront une fois pour toutes de faire le point sur ce traumatisme qui empoisonne aujourd’hui, et peut-être pour longtemps encore leur existence ; faisons donc cet « état des lieux » ! Mais incontestablement le raccourci le plus hardi consiste à faire, avec autant de désinvolture, la balance comme le dit ce monsieur entre les « usines » construites par le régime dictatorial Sékoutouréiste et l’ensemble des victimes de ce dernier (près de cinquante mille) et au-delà, les séquelles graves de ce régime qui ont plongé ce pays dans le dénuement, le désordre et la misère, au profit d’ « usines », qui peuvent se compter sur les doigts de la main. Pendant les années de la dictature Sékoutouréiste, M. Doré peut-il nous dire exactement où il se trouvait en Guinée ou en Europe notamment en Suisse ? Nous comprenons pourquoi M. Doré peut se féliciter du régime Sékoutouréiste car, il est certain que sans le désert créé par ce dernier, il est peu probable que ce Monsieur pense accéder à la magistrature suprême. Finalement on peut hésiter entre deux analyses pour expliquer ces propos : - soit de l’ignorance, et paradoxalement, ce serait la plus souhaitable pour nous ; le reproche qu’on pourrait faire alors à notre compatriote c’est celui de n’avoir pas pris la peine de s’informer ; - soit de la manipulation, dans ce cas ce serait beaucoup plus grave et plus inquiétant pour les Guinéens dans la mesure où en tant que responsable politique, il a l’oreille de certains Guinéens qui, pour beaucoup, s’en remettent à leurs dirigeants pour se former une opinion. Au fond, le plus grave dans cet épisode c’est que les Guinéens sont encore loin de la sortie du tunnel ; en effet, il est légitime d’être inquiet de la capacité de certains de nos « leaders politiques » de formuler des diagnostics pertinents et d’avoir une certaine vision pour l’avenir de ce pays. La clairvoyance et l’honnêteté intellectuelle nécessaires à cette démarche font défaut à certains d’entre eux, qui sont pourtant écoutés par une fraction de notre population. C’est donc très inquiétant pour notre pays. C’est pourquoi, il est souhaitable que les Hommes publics soient interpellés avec plus de pertinence et sans ménagement autant par les professionnels du débat que sont les journalistes. Mais aussi, par les citoyens qui sont instruits de ces sujets. Poser des questions et obtenir des réponses est le seul moyen d’éclairer sans démagogie nos compatriotes. Ceci est d’autant plus important que c’est le premier pas vers la prise en main de notre destin commun. Alpha-Malal BARRY Porte Parole de l’Association des Familles et des Enfants Victimes du Camp Boiro (AFEVCB)
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