dimanche 24 février 2008
Jeanne Guilavogui, présidente de RENAGELF : « On va bientôt mettre en place une coordination ouest africaine »

Mlle Jeanne Guilavogui est la présidente du Réseau National des Jeunes Filles Leaders en Guinée (RENAGELF). Au cours de cet entretien qu’elle a bien voulu accorder à notre reporter, elle nous fait part des différentes activités menées par le réseau sur le territoire national et dans la sous-région, et les perspectives en vue de celui-ci.

L’Indépendant : Mlle Guilavogui, pouvez-vous nous dire, d’où est partie l’initiative de la création du réseau national des jeunes filles leaders en Guinée ?

Jeanne Guilavogui : Vous savez qu’il y a quand même une politique nationale de la jeunesse en général, et que le ministère en charge développe. Donc on a compris durant les années passées que le ministère n’avait pas beaucoup pris en compte le problème des jeunes filles, et que généralement les gens avaient tendance à dissoudre le problème des jeunes filles dans celui des femmes. Donc un comité a été mis en place pour qu’il réfléchisse sur la politique nationale de la jeune fille en République de Guinée. En fait l’idée est venue de la volonté manifeste du ministère de la jeunesse, de l’UNICEF, de l’ambassade de la Grande Bretagne et de la promotion féminine. Avant la création du réseau, nous avons d’abord fait un forum national de la jeune fille où, je vous le dis bien, toutes les grandes associations en République de Guinée nous ont envoyé des jeunes filles leaders au sein de leur structure. Quand je dis leader, c’est-à-dire de grandes responsables qui ont passé beaucoup de temps dans la vie associative, qui drainent vraiment tout un monde derrière elles. Pendant le forum, nous avons aussi fait venir des représentantes par région administrative, accompagnées par des inspecteurs même de la jeunesse. Donc c’était vraiment un mouvement national. C’était à l’époque de l’ex-ministre Fodé Soumah. Le forum s’est tenu à Taady, et là, chacune est venue avec les problèmes typiques des jeunes filles de sa région. Nous avons eu à travailler sur les objectifs du millénaire pour l’émancipation de la jeune fille. C’est donc après le forum que l’idée est venue aux filles de créer une structure qui va désormais répondre au nom des jeunes filles, parce qu’on avait déjà fini de faire le diagnostic de tout ce qui est là, on avait des solutions pour la résolution de ces problèmes, mais il n’y avait pas de structure pour piloter tout cela. C’est là que l’idée est venue et les institutions internationales n’ont pas hésité à financer la mise en place de l’antenne nationale qui s’est faite à Kindia le 8 janvier 2006.

Quels sont les objectifs que s’est fixés le réseau ?

Nous avons d’abord comme mission de développer le potentiel de citoyenneté des jeunes filles conscientes de leur responsabilité. C’est aussi de sortir la jeune fille de tous les problèmes qui l’affectent aujourd’hui en général. Et ensuite de faire la promotion de ces jeunes filles dans les associations, de leur permettre de bien évoluer, de bien assumer leur responsabilité au sein de ces associations. Un autre objectif, c’est de promouvoir le genre et l’équité dans tous les domaines de la vie.

Quels sont les domaines d’intervention du réseau et quelles sont les activités que vous aviez menées depuis sa création jusqu’à maintenant ?

Il y a la culture, bien sûr quand je dis culture, c’est que nous voulons que les jeunes filles sachent faire la différence et sachent jumeler entre notre style propre et le style que l’Occident nous impose. Donc la culture dans ce sens, le sport, l’environnement et aussi dans le domaine socio-économique.

La toute première activité que nous avons menée, c’était la vulgarisation de la charte africaine ; c’est même l’occasion pour moi de fouiller la charte africaine. La charte africaine de la jeunesse nous protège à plus d’un titre ; donc on a essayé de la vulgariser et on a mis en place un comité pour encourager notre gouvernement à ratifier cette charte qui protège la jeune fille en général. Nous avons aussi organisé la journée internationale de la jeune fille dont le thème était axé sur « la paix et la santé ». Avec l’appui de l’UNFPA, on a fait la campagne du préservatif féminin. Lors du salon de l’emploi, il y avait plus de 6000 jeunes, nous avons vendu le préservatif féminin à 500fg l’unité au lieu de 8000 ou 9000 fg. Et nous continuons à faire la promotion du préservatif féminin, parce que nous pensons que si le garçon refuse de se protéger, la fille, elle, pourra toujours le faire avec le sien. Entre-temps on a participé à de multiples conférences internationales, ce qui fait qu’aujourd’hui notre réseau a des points focaux dans tous les Etats de l’Afrique de l’ouest. Nous avons aussi initié un prix en République de Guinée qui va prendre, à partir de cette année, toute la sous-région ; c’est le prix « Jeanne Martin Cissé », c’est le prix du mérite de la jeune fille, autrement dit toute personne qui aura œuvré pour la promotion, l’émancipation, l’évolution vraiment de cette couche vulnérable, recevra ce prix.

Y a-t-il un lien entre l’association du réseau des jeunes femmes leaders et le RENAFELF ?

Je ne sais pas trop sur le réseau des jeunes femmes leaders. Ecoutez, le réseau national des jeunes filles que moi je dirige, est fort de 25 associations membres. Aujourd’hui encore j’ai la demande de 10 autres associations pour l’adhésion. Ce qui fait exactement, si nous acceptons ces associations, 35 associations membres. Donc entre un réseau et une association, il y a déjà une grande différence. N’empêche que c’est tout à fait normal que cette association existe, et c’est des jeunes femmes de 35 ans, parce que nous les jeunes filles, c’est comme la charte africaine de la jeune fille : c’est de 15 à 35 ans. Tout de même j’encourage l’initiative. Je me dis que c’est une structure qui est là aussi pour la cause de la jeune femme en République de Guinée.

Quelles sont les perspectives en vue  de RENAGELF ?

Le ministère de la jeunesse en collaboration, bien sûr, avec nous et l’UNICEF, nous sommes en train de préparer la mise en place de nos antennes préfectorales et de nos antennes sous régionales, c’est-à-dire, qu’au moins cinq filles par pays travaillent pour la mise en place du réseau de leur pays, par exemple il y aura le RENEGELF du Burkina, du Mali, ainsi de suite. La Côte d’Ivoire et le Burkina ont déjà mis en place leur réseau. Les autres pays sont en train de préparer les leurs avec l’appui technique de RENAGELF de Guinée. A la fin de cette année, au mois de juin, toutes les filles de l’espace CEDEAO vont se retrouver en Guinée pour la création de la coordination ouest africaine des jeunes filles leaders d’association. Nous attendons aussi nos collègues après leur mise en place, pour entamer un grand mouvement qu’on appelle, « le positionnement des jeunes filles sur les listes électorales ». Ce sont là donc les grandes activités qui sont en train de mûrir au sein du réseau et au niveau de la coordination ouest africaine.

Votre dernier mot pour clore cet entretien ?

Je dirai à tout le monde, jeune fille ou jeune femme, qu’on se mette la main dans la main pour protéger notre couche et l’aider à s’émanciper, parce que nous sommes toujours en retard. Et aussi de leur dire de ne jamais, pour rien au monde, oublier la culture africaine, car elle a vraiment de la valeur.

Propos recueillis par Aminata Touré

L’indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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