mercredi 4 février 2009
Jean Marie Doré, Secrétaire général de l’UPG : « Nous ne sommes pas encore dans la transition »
Jean Marie Doré

Dans une interview accordée à notre rédaction, Jean Marie Doré, Secrétaire général de l’UPG (Union pour le progrès de la Guinée), est revenu notamment sur la composition du nouveau gouvernement et le discours programme du Chef de l’Etat, le Capitaine Moussa Dadis Camara.

 

Le Démocrate : Dans le gouvernement actuel, la junte se taille la part du lion, en s’adjugeant les ministères clés. Est-ce que cela constitue un gage de confiance ou d’incertitude ?           

 

Jean Marie Doré : Non ! C’est un gouvernement militaire. Quand les Conté ont fait leur coup d’Etat ici, tous les postes étaient détenus par des militaires. L’idéal aurait été pour moi, comme annoncé au début dans le premier discours, qu’on associe les partis politiques comme garantie de la compétence et de la discipline des ministres. Parce que, mon ami Komara a pris des gens sur la base de ce qu’il connaissait de leurs qualifications, sans aucune garantie. Mais, si les partis politiques avaient envoyé des ministres, ils seraient les garde-fous contre certaines aventures ou débordements. Aujourd’hui, le pays ne remplit aucune condition pour bénéficier de gestes dans les banques internationales. Avec l’hypothèse en plus du coup d’Etat. Le total des investissements en Guinée dans le secteur minier fait à peu près 16 milliards de dollars. Celui qui investit chez vous 16 milliards peut bien vous prêter 3 milliards. Si on a 3 milliards, on a des urgences régionales. Parce que, quand on parle de l’énergie, ce n’est pas seulement Conakry. Il n’y a rien en Haute Guinée. Le barrage que Sékou Touré a fait sur le Tinkisso, Conté l’a abandonné. Donc, si on faisait le barrage de Fomi, alors cette région serait désenclavée. Si on fait le barrage de Diani, la forêt à son tour serait désenclavée. En ce moment, on répare le barrage de Kinkon dans Pita. La Guinée aurait un minimum d’infrastructures énergétiques et on pourrait envisager des investissements qui ne peuvent se faire actuellement que par manque d’énergie. C’est cela l’essentiel. Et on a confié la Primature à un banquier qui, je pense, est très compétent. On ne peut dire que les militaires ont pris les postes clés. Il y a la Défense. Puisque c’est un régime militaire, je voyais difficilement qu’on y mette un civil. Idem pour la Sécurité. Je pense que l’intérêt des partis n’est pas la participation coûte que coûte au gouvernement. L’intérêt des partis c’est comment amener ce gouvernement à remplir son office.

 

L’absence au sein de ce gouvernement des membres de partis politiques, des syndicats et de la société civile représente-t-il un handicap ou un atout pour lui ?

 

Pas du tout. Le gouvernement est une affaire de partis politiques et non de syndicats. Ils sont là pour ne s’occuper que de la défense des intérêts des travailleurs ainsi que de l’amélioration de leurs conditions de travail. Le fait que les partis politiques ne soient pas dans le gouvernement n’est pas en soi un mal. Ça aurait facilité le travail de Komara que les partis politiques envoient des gens dont ils se portent garants. Vous savez les dérives sont faciles. Les militaires sont honnêtes. Je leur accorde à priori le bénéfice d’être honnêtes, mais ils ne connaissent pas les astuces des intellectuels guinéens. Je pense qu’il faut à Komara les mains libres. Il nous a réunis à la Primature et nous a dit qu’il ne veut pas être candidat à un poste. Il souhaite réussir son travail et puis il donne la clé quand on la lui demandera. Le vrai souci des partis, aujourd’hui, devrait être qu’on organise correctement les élections et que les scrutins départagent les partis politiques. On saura qui est vrai parti et qui ne l’est pas.  Nous souhaitons que les militaires transfèrent dans les douze mois qui suivent le pouvoir à celui que le peuple aurait majoritairement choisi pour être son président. Mon souci avec les militaires est que ce qu’ils disent  soit traduit dans les faits.

 

Quelles sont vos appréciations par rapport au discours de politique générale décliné par le chef de l’Etat ?

 

C’est un bon discours dans l’ensemble. Je ne l’ai pas lu la plume à la main. Sur le plan économique, c’est bon. Certains chapitres sont prévus à moyen terme, d’autres à long terme. Donc, il est bien entendu par rapport à la déclaration du CNDD, que ce n’est pas le programme du CNDD.

 

Est-ce que ce programme représente celui d’une période transitoire ?   

 

Je suis un optimiste. Je pense qu’il a fait ça pour baliser la voie pour le futur président de la République, mais pas pour le CNDD. Parce que le CNDD avait annoncé pour un premier temps qu’il reste pour 24 mois puis il a dit 18 mois. Il souhaiterait que le parti politique qui aura la charge de l’Etat tienne compte de ce programme. Lu en tant que tel, je pense que c’est un bon discours. Mais le président doit faire un autre discours  pour conclure les débats en cours actuellement dans les états majors des partis et accepter les 12 mois. Ils veulent créer un Conseil national transitoire. Moi, je ne suis pas d’accord pour cela. De toutes les façons ce n’est pas moi qui donne les lois. Je pense qu’on aurait réuni les juristes qui tiennent compte des desideratas des partis politiques, puis on prend l’ancienne Constitution qu’on corrige. Il est important pour nous, partis politiques, que le président du CNDD et ses amis nous restituent le fond de leur pensée programmatique dans un discours bien calé. Parce qu’en ce moment là, la transition commence. Il faut être clair, nous ne sommes pas encore dans la transition. On n’a pas encore donné le coup de sifflet qui indique le départ. On ne peut partir que si on définit le point d’arrivée. Or, le point d’arrivée n’est pas encore accepté officiellement et de façon claire par le CNDD.

 

Se référant au discours du président Dadis, des observateurs mettent en doute aujourd’hui la bonne foi de la junte à céder le pouvoir aux civils, au bout de la période transitoire. Qu’en pensez-vous ?                       

 

La seule incertitude qui pose problème, c’est ce que je vous dis. Il faut que le discours soit politique et qu’il nous dise s’il accepte la proposition unanime des partis de limiter la durée de la transition à 12 mois. Qu’on règle l’instrument de la transition. Est-ce qu’on crée un Conseil national de la transition ou un autre organe qui n’a pas ce caractère officiel mais dont la fonction sera exclusivement de préparer le texte de la nouvelle Constitution qu’il va falloir soumettre au vote du peuple ? Mais la politique générale qui va être menée au cours de la transition est du ressort du CNDD. Pour le moment, mon parti se cantonne à espérer, à exiger même que l’on dise qu’on est d’accord pour que la transition se limite à 12 mois. Mais, c’est contre les partis politiques qu’on aille dans six mois aux élections, sans que le recensement ne soit fait correctement.

 

Face à la prolifération anarchique des partis politiques en Guinée (59 partis), d’aucuns estiment qu’il faille en supprimer pour arriver à moins d’une dizaine voire instaurer carrément le bipartisme intégral. Qu’en pensez-vous ?

 

On approche ce problème dans l’ignorance du fait politique dans le monde. C’est une contre vérité en affirmant qu’il y a deux partis aux USA. Il y en une vingtaine. En Angleterre, il y a 15 partis et en France, on ne compte pas. En Allemagne, le nombre de partis est limité par le pourcentage de voix qu’on a aux élections. En Guinée, vous avez une loi qu’on appelle la charte des partis. C’est une loi organique qui pose des conditions strictes pour qu’un parti garde son sigle. Si on respectait ces dispositions, intrinsèquement il resterait cinq partis. Il faut avoir un siège, un secrétariat, être implanté dans les trente trois préfectures et les cinq communes de Conakry, avec des démembrements des sections ou des fédérations et chaque année fournir un rapport financier à la Cour des comptes ou à la Cour suprême, avoir un compte bancaire, le logo… Si cela est fait, on arrivera peut-être à cinq partis. Etant donné que le PUP s’est effondré. On l’a enterré avec Conté. Politiquement il est enterré, juridiquement, il y a le sigle.

 

Parlons à présent de la CENI. Pensez-vous que la composition actuelle de cet organe chargé d’organiser désormais seul les élections est encore valable ? 

 

Au point de vue de la loi, c’est correct. Le problème de la CENI ne concerne pas son organisation ou sa composition. Le problème de la CENI est une question de personne. Ça ne va pas entre eux là-bas. Il faut régler ce problème de personne au sein de la CENI. On peut même augmenter le nombre des membres de la CENI par ordonnance pour qu’une personnalité de la société civile qui emporte le consensus puisse être Président. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas confiance en Ben Sékou Sylla. Comme il était là au début avec les autres, il y a eu des frottements, ça peut user l’homme. Il faut donc mettre les choses à niveau.

 

Avez-vous le sentiment que le Comité d’audit mènera à bien sa mission de façon indépendante et sereine au cas où elle toucherait l’entourage ou la personne du général Conté que le Président Dadis couvre de plus en plus d’éloges dans chacune de ses interventions ? 


Le président Dadis Camara développe une pédagogie que je crois percevoir. Il est de son devoir de respecter son prédécesseur, parce que les règnes s’additionnent et ne se soustraient pas. Mais je ne crois pas que les éloges qu’il fait aient pour but de passer sous silence les gabegies ou les vols qui ont pu être commis en son nom ou en se servant de lui. Parce qu’on ne pouvait pas voler ici sans l’aval du président. On dit que l’ancien président ne pourra pas être poursuivi pour les actes commis pendant sa gestion. Deuxièmement, quand il ne sera plus en fonction, il ne pourra même pas être cité comme témoin dans un procès. C’était pour lui dire que s’il part, on ne va pas le poursuivre pourvu que la Guinée se porte bien demain. C’est lui seul qui était investi de ce pouvoir. Il ne s’agit que d’une pédagogie très soignée que développe le président Dadis. Je crois que la commission d’audit fera proprement sa mission. Si X est reconnu coupable de détournement, qu’on mette immédiatement en oeuvre les mécanismes, les moyens de récupérer ces sommes.

 


Propos recueillis par Camara Moro Amara
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Bangaly Traore, mercredi 4 février 2009
Merci Mr depuis 24 ans la corrpution et l`impunite sont organiser dans notre pays par le fameux regime de feu conte et sa famille,les coupables apres les audits sont deja connu du peuple en tete les epouses de conte,mamadou sylla,fode soumah,keira,souare,kassory,mamady conde,jean paul sarre,kabamady camara,general kader toure,general jacques toure,l`ex colonel facinet toure,l`ex colonel mamadou balde,harouna conte,l`ex general sory diallo,colonel fofana etc.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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