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L’Assemblée Nationale vient de publier un rapport d’étape sur les fonds issus des recettes minières et les fonds engagés dans le Projet Coton. Jean Marie Doré, Secrétaire Général de l’UPG donne son point de vue sur ce rapport qui révèle des cas de malversation financière, qui impliquent directement des proches du Premier ministre. Interview… Le Démocrate : Quel commentaire faites-vous du rapport d’étape publié par l’Assemblée Nationale, un rapport qui décèle des cas de malversation portant sur plus de 112 milliards de nos francs ? Jean Marie Doré : J’ai récemment accordé une interview à votre organe courant avril. J’ai parlé des fonds alloués au projet coton. Il s’agit des 22 milliards GNF injectés à ce projet et qui consistaient à aider les paysans de la haute Guinée, qui est la région où les paysans ont les plus grandes difficultés. J’ai donc expliqué dans cette interview que M. Kouyaté n’est pas celui qui doit gérer les affaires guinéennes surtout à cette période de crise de toute sorte, politique, sociale et économique. M. Kouyaté qui est venu pour endiguer tous ces problèmes a nommé un directeur d’achat qui a procédé à des surfacturations qui ont entraîné les 22 milliards GNF avant même la fin de l’année fiscale, l’année de la subvention. J’ai dit dans cette interview, que M. Kouyaté agisse comme ça au Foutah, en Basse Côte ou en Forêt, là on peut comprendre parce qu’on est d’abord du soi avant d’aller dans la patrie. Le projet intéresse les paysans de la haute Guinée qui sont nos compatriotes et qui sont d’abord ses compatriotes. C’est l’argent des plus pauvres qui a été détourné. L’Assemblée Nationale est allée en profondeur et a constaté que de ces énormes déficits sont dus à des malversations pour ne pas dire une très mauvaise gestion. Ici il s’agit des malversations qui ont entamé les capacités de la société à aider les paysans à réduire de façon sensible les causes de leur appauvrissement extrême. Quand vous visitez les villages de la haute Guinée vous saurez comment ces pauvres-là vivent. L’Assemblée Nationale a fait un constat, et on n’avait pas besoin d’experts pour le faire. S’il y avait des déficiences dans la gestion de la CGC, ces déficiences se sont multipliées depuis que M. Kouyaté s’est mêlé de la chose. Je n’ai aucun problème particulier à régler avec Kouyaté. Mon problème est que nous avons en commun cette Guinée qu’il faut bien gérer. Il oublie qu’il est venu parce que les gens ont invalidé le gouvernement qui était là avant lui et qui était accusé de concussion, de paresse, de fénéantisme, d’incapacité, d’incompétence, de fraude électorale et de tant d’autres maux. Moi qui vous parle, j’ai participé aux élections de 2002 et j’ai gagné 35 députés et on m’a dit que c’était 3. Raison pour laquelle je n’ai pas siégé. Pour éviter qu’on dise que M. Kouyaté est gêné par-ci par-là, on lui donne la latitude de nommer son équipe en dehors du ministre de la Défense. Cette équipe avait pour mission de lutter contre l’inflation, d’abaisser les prix, d’équilibrer l’alimentation de la population. Mais hélas, toutes les actions entreprises par M. Kouyaté sont à l’antipode des attentes formulées par les populations. Un Gouvernement qu’on croyait être celui du salut public est devenu celui de naufrage public. On ne peut pas faire d’autres commentaires que de constater en terme de bilan, l’incurie de l’équipe Kouyaté. Je ne dis pas qu’il n’ y a pas de ministres compétents dans l’équipe. Il y a des ministres qui peuvent se frayer des chemins allant des notes passables à bien. C’est la synthèse de l’action du Gouvernement qu’on analyse. Dans le périphérique de M. Kouyaté, il y a toute une gamme d’acteurs inconnus du grand public qui agissent autour de lui et qui aggravent les erreurs. C’est pourquoi je pense que M. Kouyaté a tort de se river à ce poste de Premier ministre. Je le crédite de patriotisme parce que toute personne qui ambitionne gouverner son pays est un patriote. La meilleure expression de ce patriotisme chez lui est de rendre le tablier. Prenez l’affaire des hôtels aux Libyens, ce n’est pas normal que M. Kouyaté brade les patrimoines immobiliers de l’Etat. Quel est le dessous de ses relations avec les Libyens, tout est obscur et opaque. Ce problème de Projet coton a étalé au grand jour l’inaptitude de M. Kouyaté en tant que Premier ministre à appréhender les exigences du développement de la Guinée. Partout où il passe, il promet aux gens des panneaux solaires on dirait que ces panneaux solaires sont gratuits. Alors qu’ils coûtent chers et très chers. Pire Kouyaté ne dit jamais à la charge de qui il initie des dépenses en promettant des choses aux pauvres. Le choix de Kouyaté a été une erreur tragique pour la Guinée. On évite que l’accumulation des frustrations des populations n’éclate et fait exploser le pays. Il y a des gens qui pensent qu’on va enlever Kouyaté, qu’il y aura une révolte dans le pays. Je me demande la révolte de qui, pas en tout cas de ceux qui ont faim par la faute du même Kouyaté. Le bilan d’aujourd’hui est mauvais. L’insécurité n’a pas reculé et même la liberté est entamée. Il y a des accords qui nous lient à d’autres pays. Je ne comprends pas qu’on puisse interdire l’exportation de nos denrées vers d’autres pays pendant que nous recevons des autres pays des denrées. C’est une violation très flagrante des accords de partenariat économique entre notre pays et les autres. Je viens de faire une longue tournée en forêt, j’avoue que l’état de mécontentement des populations est grand. Lors de sa visite en forêt M. Kouyaté avait promis qu’il allait importer du riz à de très bons prix. Les paysans ont refusé de cultiver. Aujourd’hui le riz promis n’est pas encore arrivé et les paysans n’ont rien fait dans leurs champs. A qui la faute ? J’ai toujours dit qu’en politique chacun fait ce qu’il peut. Et ce que M. Kouyaté a fait est très peu. Pensez-vous qu’avec l’arrivée des 100 bus la problématique du transport public sera résolue ? Je ne sais pas, d’abord, si les 100 bus sont pour Conakry ou pour tout le territoire national. Il faut 150 bus au minimum pour Conakry. Dans un coin comme N’Zérékoré, qui a des très longues distances, il en faut au moins 25, là-bas. A Kankan ou à Labé, il faut le même nombre qu’à N’Zérékoré. On est très en-deçà de ce qu’on attendait du Gouvernement Kouyaté pour le transport public. Depuis que je suis arrivé le lundi, les responsables de mon parti, comme d’autres usagers, m’ont dit que c’est quelque chose qui ne colle pas. Pour ces bus, il paraît que toute l’administration est entre les mains des étrangers. Cela n’est pas du tout normal. Je ne comprends pas comment on peut amener des bus pour transporter des Guinéens connaissant l’état de chômage des chauffeurs, mécaniciens et électriciens qui sortent des centres de formation professionnelle et d’autres sont venus des sociétés qui ont fermé leurs portes. Je pense que ce sont ces gens-là qui doivent gérer ça. Je ne cherche pas à savoir si ces étrangers sont Burkinabés, Maliens ou Ivoiriens. Quand on crée une société en Guinée, c’est pour qu’elle soit gérée par des Guinéens. A moins que ces bus là aient été donnés à M. Kouyaté par ces pays tiers sous condition qu’ils soient gérés par des étrangers. Je condamne sévèrement M. Kouyaté d’avoir fait cela. C’est un outrage à notre pays. On peut comprendre qu’une société étrangère puisse s’installer en Guinée avec des étrangers à sa tête. Mais si elle est nationale guinéenne, ce sont les Guinéens qui doivent la gérer. De quelque manière que vous prenez le problème de Kouyaté, je trouve qu’elle est très gênante à tout bout de chemin. A trop parler de M. Kouyaté, on risque de rentrer dans sa vie privée et je ne veux pas le faire car j’ai du respect pour la vie privée des gens. C’est pourquoi je ne parle que du Premier ministre qui assume une fonction politique et administrative. Cette affaire de BNP Paribas est un non sens. Depuis 1959, nos fonds étaient gérés par le Crédit Suisse. Cet établissement était à l’époque la 4è banque Suisse, qui a été créée par Aluminium Suisse, pour gérer le placement des fonds par Aluminium Suisse. Et Aluminium Suisse était actionnaire dans la société Fria avec Péchiney. Et tout naturellement, le Crédit Suisse est devenu notre banque d’affaires. En catimini, M. Kouyaté est allé en France et a traité avec la banque BNP Paribas pour l’affaire d’huile et dans des conditions qu’on ignore. Les intérêts produits par le dépôt de nos fonds, on n’en parle pas. Qui gagne dans cette opération de dépôt de nos fonds ? Au-delà de M. Kouyaté, il faut analyser le silence coupable de Lansana Conté. Au fond, Kouyaté n’a prêté serment nulle part, aucun suffrage n’a été organisé pour le choisir. Il n’a jamais été élu chef de quartier, de secteur et même président de district, ni maire, ni député. En interprétant la constitution, c’est le président qui nomme et qui révoque un ministre. Alors, le président Conté a nommé quelqu’un qui est en train de défaire le pays page après page et, arrivée à la dernière page, la Guinée ne sera plus rien. Chaque Guinéen cherchera à se gérer lui-même et ça c’est la faute de Lansana Conté qui a nommé quelqu’un et qui est en train de gâter le pays. Et pourtant, Lansana Conté a juré sur l’honneur de protéger et de respecter la constitution, d’assurer la sécurité et la liberté des Guinéens. En réalité Kouyaté n’est qu’un simple ministre, car le titre qu’il porte n’est nullement contenu dans la constitution. On lui colle le titre de consensus, non nous n’avons jamais été consulté pour sa nomination. J’ai dit cela à Babangida, le médiateur de la CEDEAO dans la crise que nous avons connue en janvier et février 2007. Avez-vous un commentaire par rapport aux prochaines élections législatives ? Ce sont des élections d’une importance capitale. Parce que compte tenu du poids et de l’influence de la communauté internationale sur cette question d’élection et compte tenu de l’éveil de conscience des populations à l’intérieur du pays, je crois que le scrutin peut être transparent. Il y a une nouvelle donne qui fait que les citoyens connaissent mieux l’administration et les administrateurs. Aujourd’hui, les préfets et gouverneurs font beaucoup attention quant ils s’adressent aux populations. S’ils veulent parler comme avant, ils sont vivement interpellés. A ces contextes psychologiques, viennent s’ajouter les organes que nous avons mis en place comme la CENI qui va agir en égalité avec l’administration. Je pense qu’on peut avoir pour la première fois des élections qui ne seront fondamentalement pas contestées comme les premières. Il y a toujours des dérapages dans une élection, il ne faut pas se faire des illusions. Mais compte tenu des rapports intérimaires que les partis viennent de faire avec le PM, je ne peux pas accepter l’empressement avec laquelle ce dernier veut que les choses se passent. Il ne faut pas le faire de façon inconsidérée. J’ai le sentiment que le PM est en accointance avec certains partis. Nous sommes pour veiller à ce que les élections ne se passent pas comme ça. Le problème guinéen dépend de la tenue des vraies élections. Pour une vraie élection, il faut une vraie révision du fichier électoral. Cela n’est pas encore fait, donc, on ne doit pas parler d’organigramme. Il y a des facteurs qui vont empêcher le recensement. A l’heure actuelle, tous les paysans sont dans les champs. Le recensement dont il est question ne peut se faire en l’absence de la personne à recenser. Car la personne doit avoir sa photo et ses empreintes sur la carte d’électeur. Il sera donc très difficile de mobiliser les paysans pour qu’ils abandonnent leurs travaux pour une affaire de recensement. C’est quand on aura fini les opérations de recensement, qu’on parlera de l’organigramme pour la tenue du scrutin proprement dit. Et puis, pour le chronogramme, il revient au seul chef de l’Etat, en application de la loi, de convoquer les électeurs pour le vote. M. Kouyaté veut mettre la charrue avant les bœufs et confondre vitesse et précipitation. Je me demande où M. Kouyaté a appris à gérer comme ça. Pourtant, les Nations Unies où il a travaillé, c’est une bureaucratie fine. Ici, on ne doit pas anticiper, nous allons empêcher que le Gouvernement bâcle les élections. Si le pays est caché, ce n’est pas la seule faute de Kouyaté, parce que constitutionnellement le président Lansana Conté peut faire et défaire des ministres pour libérer le pays d’une mauvaise gouvernance. Propos recueillis par Aly Badara Condé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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