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Invité de la semaine chez kibarou.com, Jacques Kourouma a répondu aux questions de notre confrère Capi, administrateur du même site.
Kibarou.com : Bonjour Monsieur KOUROUMA !
Jacques Kourouma : Bonjour, mon cher compatriote.
Depuis l’arrivée du CNDD, vous semblez avoir changé le fusil d’épaule ?
Pas du tout ! Mes compatriotes n’ont pas la même lecture de l’histoire de notre pays que moi. Dès le 23 décembre 2008, j’ai lancé un appel pour le soutien critique des nouvelles autorités de Conakry. Ils ont crié, toute de suite, au loup ethnique. Or, si la sagesse et la raison l’avaient emporté sur la passion, notre pays se serait porté mieux aujourd’hui. Les vieux loups des systèmes passés n’auraient jamais approché l’équipe du CNDD afin de retarder le pas de géant que la Guinée allait effectuer dans son évolution vers la démocratie et le progrès. Malheureusement, je n’ai pas été entendu, ni compris. Il faut admettre l’idée que le CNDD doit assainir le pays et le positionner sur l’orbite du développement que nous ne cessons d’espérer depuis un demi-siècle. Cela est possible. Il suffit d’organiser les audits, de procéder au toilettage de la Constitution dans laquelle sera inscrite la candidature indépendante, source de la démonopolisation des partis ethniques. La vie publique ne s’en portera que mieux, et la question de parti politique ethnique qui divise tant notre société sera résolue, même de moitié. Puisque je perçois cette ambition chez les animateurs du CNDD, je ne vois pas pourquoi je me dresserais contre eux. Je les supporte non pas pour un poste que je ne refuserai pas s’il m’est proposé, par ailleurs. Cependant, ce n’est pas l’objectif premier de mon soutien.
Mais que dites-vous de la probable candidature de Dadis ?
Je ne comprends pas parfois le Guinéen. Dadis et le CNDD ont pris le pouvoir avec une promesse : conduire une transition jusqu’en 2010. Et voilà que de partout, et par la pression, la Communauté du lobbying international et des assoiffés de pouvoir ont ramené ce délai à quelques mois. Le faisant, ils ont sapé la volonté populaire qui voulait savoir les causes de notre douloureuse histoire. Par conséquent, ils ont brouillé la carte de la transition apaisée que nous escomptions. Tout s’est réalisé dans la précipitation sans préalable qui peut garantir la suite de la marche vers la démocratie guinéenne. Comment peut-on imaginer un instant que des élections sont possibles en état actuel de la Guinée ? Sur quels principes institutionnels et surtout républicains s’appuient ceux qui appellent aux élections dont tous les électeurs ne sont pas recensés ? Je pense aux plus de deux millions de Guinéens expatriés et même à ceux de l’intérieur. Pourquoi cette précipitation qui dégage l’odeur d’une fuite en avant, synonyme de peur ? En clair, les comptables de notre malheureuse évolution doivent faire le bilan de leur gestion devant le Guinéen, avant tout ! J’aimerais savoir, par exemple, comment un fonctionnaire, vivant de son salaire, peut-il expliquer son immense richesse, fut-il ancien Premier Ministre, ministre ou Haut fonctionnaire de l’Etat? Aucun fonctionnaire au monde ne peut, avec son seul salaire, être aussi fortuné tel que nous le vivons dans notre pays. Toute l’architecture de nos institutions était devenue des coquilles vides. Il faut les restaurer en leur donnant la substance favorise de la démocratie, hypocritement évoquée pour justifier la bassesse en cours sur les sites. Tout cela exigeait une solidarité avec le CNDD pour mener à bon port ces différents chantiers. Hélas ! Face au refus des obsédés de pouvoir, le CNDD, qui n’a pas eu le temps d’achever entièrement un seul point de son programme, est tenté de vouloir rattraper le temps perdu afin de refonder l’Etat guinéen. Mais, cette fois, avec un mandat clair, légal et légitime du peuple. Donc si Dadis se présente candidat, je ne vois pas en quoi sa candidature peut-elle être un acte condamnable. J’entends qu’il doit tenir sa promesse ; celle de remettre le pouvoir au civil. Où était-il ce civil avant l’arrivée de Dadis ? La plupart de nos civils se sont contentés de piller notre pays pendant que Conté mourrait à petit feu. Cela les arrangeait si bien qu’ils nous ont tous menti durant des années sur l’état de santé réelle du défunt président parce qu’ils en profitaient largement. Maintenant que les choses changent, l’on parle de promesse. De quelle promesse parlons-nous dans la mesure où Dadis n’a pas été libre de faire ce qu’il avait promis ? Il a été court-circuité, à chaque fois. La promesse est un pacte qui engage deux parties avec son respect mutuel. Cela n’a pas été le cas. A partir de ce moment, peut-on parler de promesse ? D’ailleurs quand on force la main à quelqu’un pour faire une chose non désirée, on obtient toujours le résultat contraire. Laurent Gbagbo avait été mis dans cette situation à Marcoussis. Il avait même signé officiellement un document. Quel a été le résultat quand il a atterri à l’aéroport de Port Bouët ?
Après, les gens dérivent, s’ils ne sont pas naufragés, avec des déclarations insensées : pas de militaire au pouvoir ! Quelle est cette démocratie qui les autorise une telle interdiction ? Soyons sérieux. Le premier Président guinéen était civil. Qu’avons-nous obtenu ? Le second, un militaire, mais entouré de civils. Quel a été le résultat ? Je pense que l’opposition civil/militaire est un faux débat. Il faut souhaiter à la Guinée un patriote à sa tête. Je trouve en Dadis cet homme. L’on peut disserter là-dessus ! Les résultats déjà obtenus sur le terrain plaident pour sa candidature. Cependant, seul le peuple détient la clef de son destin. S’il veut de Dadis je ne sais pas qui s’y opposera ? Dans ce contexte, organisons les élections en janvier 2010 ainsi les Guinéens choisiront librement!
Pourtant, vos compatriotes ne partagent pas ce sentiment ?
Oui, c’est leur droit ! En revanche, l’équation qui se pose à nous, tous est de deux ordres : les nostalgiques qui ne s’avouent toujours pas vaincus et convaincus de la rupture qui s’opère ; ceux qui font une confiance aveugle à leur suprématie sur tous les autres. Entre les deux, se trouvent le CNDD et Dadis pour lesquels l’important est l’exigeante refondation de la société guinéenne dans tous les domaines.
Le peuple l’a compris. Il suffit de voir la mobilisation de nos parents. Je ne sais pas s’il s’agit d’un mépris ou d’une mauvaise foi ? Certains concitoyens banalisent voire dénigrent ces manifestations de la Guinée profonde en les assimilant aux « mamayas ». C’est une grosse, très grosse erreur. Le peuple est la source de la démocratie. Les populations sont l’émanation de tout pouvoir qui se veut légitime. Aujourd’hui et avant la lettre, c’est cette entité qui réclame la candidature de Dadis. Pourquoi s’en offusquer ? Parce qu’il est militaire ? Pour moi, c’est un citoyen choisi par ses concitoyens. Je ne dis pas qu’il est le choix de tous ses compatriotes, mais celui de ceux qui vivent, sentent le mouvement de rupture qu’il a engagé. Néanmoins, sachons raison garder. Il ne s’est pas encore prononcé. Chacun peut dire ce qu’il pense dans la mesure où la décision finale lui revient.
Vous avez jeté un pavé dans la mare des leaders ?
Non, je n’ai fait que relever le résultat d’une longue observation. A chaque fois que se produisent des secousses sociales, certains leaders s’évadent étrangement en venant à l’étranger. Je n’ai pas apprécié un tel comportement. En tant que leader d’opinion (je ne voudrais pas déplaire à ceux qui se sentent blesser par l’emploi de cette expression, pourtant vraie), je m’autorise à porter à la connaissance des Guinéens cette trahison, chaque fois renouvelée. Certains parmi les leaders ont tenté d’installer un climat de pagaille voire de terreur dans les banlieues de Conakry. Bon Dieu qu’ils assument leur acte, en restant sur place ! Pourquoi fuient-ils quand commencent les enquêtes ? C’est la question fondamentale.
Depuis un moment vos articles soulèvent de vives protestations ?
C’est de bonne guerre entre ceux qui ont opté pour la rupture et les autres qui s’accrochent aux mêmes pratiques héritées de leurs devanciers et cela depuis l’indépendance. Ils ne voient pas l’évolution ou du moins la refusent. Nous connaissons les conséquences de cette attitude. Cela n’a que trop duré. Je dis : ça suffit ! Depuis longtemps, j’écris, particulièrement depuis 2000. Et grâce à l’internet, je suis connu du grand public. A partir de ce moment, je m’interdis de mentir à l’opinion publique. Je voudrais dire la vérité à ceux qui pensent me faire changer d’idée : je suis un homme totalement et entière libre. Je suis fidèle à mon engagement et mes amitiés contrairement à d’autres. C’est ce qui fait que, par conviction, je dis ce que je pense sans oripeaux, ni détours. Ceux qui se brûlent à la lecture de mes opinions manquent de la fibre démocratique. Ils veulent de la pensée unique et du conformisme ? Je ne suis pas de cette trempe, ni de cette école. Vous me connaissez ! Lorsque je décriais les tares du système conté, ils m’applaudissaient en escomptant que demain, ils seront perchés, en lieu et place, des animateurs de ce système. Malheureusement, ils ont raté la marche, d’où leurs hargne et rage contre Dadis et son équipe qui paraissent, être à leurs yeux, la cause de ce rendez-vous marqué avec l’histoire qu’ils avaient ficelée pour et par eux-mêmes. Mais ils oublient que le pouvoir contient une part de Dieu. Personne ne peut savoir, à l’avance, son destin. Alors qu’ils continuent à insulter, injurier, diffamer, conspuer, ridiculiser, intoxiquer et mentir. Que des absurdités ! Que de l’ignominie ! Certains inventent même des histoires. Par exemple, ils font circuler actuellement un tract honteux et indigne qui parle d’un sacrifice de Dadis. Quelle espèce humaine et quelle cruauté ! Avec de tels êtres infects comment pouvons construire démocratiquement notre pays ?
Mais l’histoire guinéenne s’écrira de sa belle lettre telle que prescrite par Dieu. La majorité des Guinéens en portera le témoignage en opérant le choix conséquent. C’est le plus important à mes yeux. Voyez-vous, ils se sont passé le mot pour m’insulter à chaque fois que j’écris. Cela ne m’empêche ni de dormir, ni d’écrire, ni de vivre parce que j’ai la conviction de ce à quoi je crois. C’est pourquoi, je le dis avec forte sincérité, franchise et sans peur, ni démagogie. Toute la différence, entre eux et moi, réside-là. Je ne suis pas fourbe et hypocrite, beaucoup parmi eux le sont. Je ne suis pas flatteur, nombreux le font. Je ne suis pas vaniteux, la plupart l’est. Je ne dois rien à personne, bien au contraire ! Ce que je cherche ; c’est d’essayer d’être ce que je suis tout en luttant pour la dignité humaine du Guinéen. Je me dépense énormément pour cela. Alors qu’ils continuent à vociférer. Certains censurent maintenant mes écrits en refusant de les publier. Tant mieux ! Les autres qui les publient sont insultés parfois menacés. Que l’être humain est déterminé par sa culture ouverte ou fermée et par son éducation tolérante ou non, dirais-je !
Vous êtes quand même virulent ?
Pas du tout. Ceux qui m’ont approché vous diront que je suis un être affable, très sentimental et ouvert d’esprit, respectueux de l’autre, très agréable à vivre, rieur et serviable. Cependant, le mensonge, l’irrespect de l’autre, l’injustice, le mépris de l’individu, les bassesses humaines…, sont des comportements que je répugne et qui me révoltent. Conséquemment, je les dénonce avec des mots tranchant avec toute ambiguïté. Voilà mon style ! En informant, je veux aider le Guinéen à jouir de ses droits d’être un citoyen libre et en assumer les devoirs. N’est-ce pas l’être humain, bien informé, s’épanouit et se développe en harmonie avec ses choix ?
Pour terminer, comment voyez-vous la suite de la transition ?
Elle se terminera selon la volonté de la majorité réfléchie des Guinéens. C’est-à-dire celle de ceux qui se diront : au moins, cette fois-ci, nous pouvons réellement espérer parce qu’il y a manifestation de la volonté des nouvelles autorités à opérer la rupture, malgré des erreurs de parcours, parfois nécessaires à l’action humaine. Dans ce contexte, il leur appartiendra de d’opérer le choix conséquent. La Guinée s’en sortira, heureuse, moderne, respectueuse de ses citoyens en droits et devoirs. La démocratie guinéenne est en marche. Créons, ensemble, les conditions de sa vraie éclosion. C’est possible dans le dialogue, la solidarité et l’unité fondée sur un socle de paix sociale sans laquelle, toute œuvre collective est impossible.
Merci Jacques de nous avoir consacré ces quelques minutes et à bientôt.
Je te remercie pour l’opportunité qui m’a été accordée. A bientôt !
Propos recueillis par I. Capi Camara de Kibarou.com
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