 |
Il y avait des problèmes dans l’UPR, comme dans tout parti politique, à la dimension du nôtre. Nous ne pouvons le nier. Mais les solutions étaient trouvées pour les aplanir, avec la bonne volonté des uns et des autres, malheureusement de façade, manifestée par les protagonistes. Or il ne suffisait que de les appliquer par tous, en priorité par l’ensemble des membres du bureau exécutif. Mais les frondeurs et leurs septuagénaires coquins d’un autre temps, ne comprenant rien au travail de clarté et non d’ombre qu’ils devaient accomplir, ne s’étant jamais exercés auparavant à rencontrer les militants de base, ont préféré la solution du brûlis, celle du moindre effort et de l’aventurisme. Qu’avaient-ils à perdre de tout anéantir ? Rien, sinon qu’à s’effacer eux-mêmes du paysage politique et à remodeler leur vie, riche de quelques généreuses et maigres prébendes. Pour avoir utilisé des méthodes déloyales, ils avaient atteint la limite de la trahison, qui ne permettait plus de regarder les autres en face, sinon que de tenter un coup de poker suicidaire. C’est ce qu’ils ont fait, de maladresse, marquant ainsi leurs échecs répétés de combats désespérés, en sacrifiant leur avenir. Alors que pour certains d’entre eux, les plus rompus à retourner la veste, il aurait été plus simple de choisir la sagesse, en se retirant des intrigues, humblement, avec les honneurs que nous leur aurions couverts. Malgré tout. Mais ils ne sont pas de cette trempe-là des gens qui savent saisir la chance de la gloire, « de la race des seigneurs ». Jamais en tout cas, je n’aurais imaginé la démarche félonne qui a inspiré la fronde, qui couvait dans nos rangs depuis des lustres, composée de personnalités aux intérêts opposés, ennemis parfois, ou paraissant tels. Des gens qui se sont trompés entre eux, qui se détournent même leurs biens personnels, mais que la cupidité et la misère matérielle ont rassemblé pour une unité de circonstance. La révolution, la nôtre, avait inventé la traîtrise familiale. Et c’est celle-là qui nous est tombée sur la tête, avec un melting-pot d’improvisations des acteurs d’hier, pour la même scène réinventée. En aviez-vous conscience, à vous y engager de la sorte jusqu’à y perdre l’âme et sacrifier tout du bien que nous avions pour vous ? Finalement, le crédit de respect que tout le monde avait pour vous, rattaché au capital de confiance légué par des années de militantisme, ne tenait qu’à un fil bien mince. La tête pensante de cette conjuration est la grande perdante. Car du combat d’énergies déployées inutilement, il en faut quelques-uns. Les suiveurs, eux, pourront toujours se recycler ailleurs : ils sont du métier. Ce qui s’est passé, il y a plus de trois semaines à Conakry, au sein du bastion de l’UPR, ressemble tout à la fois à un règlement de compte à OK Corral et à un coup de Trafalgar, qu’à une volonté de préserver les acquis de notre parti. Comme un roman de mauvais goût. Quelle vilenie ! Et dire que ces gens-là, gentils et respectueux, qui ont cheminé avec nous, restent toujours nos amis, des compagnons des dures épreuves et des satisfactions ! Nous les avons côtoyés, goûtant à la parole mielleuse de certains, au sourire large et séduisant d’autres. Mais, ô malheur, nous avons été poignardés dans le dos. Et ça, si ce n’est pas de la traîtrise, dites-moi alors ce que c’est. Ils se sont exprimés à l’insu des fédérations, des sections, du cadre officiel du Comité central et du Bureau Exécutif, en messe basse. De cela, nous ne les pensions pas en être capables. Et pourtant. Comme une simple pacotille dont il faut vite se débarrasser, ils ont ensuite décidé de vendre l’UPR, après un marchandage sans scrupule au plus offrant, à des hommes d’affaires et à des ‘’banas-banas’’ du marché Madina de Conakry, pour des strapontins à l’Assemblée Nationale et, en prime, pour un espoir de s’affaler, un jour de vacance inévitable, sur le fauteuil de sommeil de notre comateux et, finalement, sympathique Général Président. Pour l’occasion, ils se sont rapidement convertis en négociateurs rompus aux affaires et au surenchérissement. C’est à ne rien y comprendre, si on ne revient pas des années en arrière, sur les agissements de certains. Mais nous tairons les arguments s’y rapportant, dont nous redoutions pourtant les dégâts prévisibles, dévastateurs de tout un groupe. Quel vilain ange donc, dévoyé du monde harmonieux de notre parti, a pu guider les pas hasardeux et mal agencés de notre bout de femme, aux caprices de petite fille gâtée, qui de sa colère, s’en est allée tout déverser de son fiel sur notre œuvre commune ? Mais je comprends. On porte trop d’intérêt sur notre parti. L’UPR est devenue si forte qu’elle suscite des ambitions, plus ou moins légitimes, même parmi les personnes habituées au négoce des bouts de chandelle, dans les boutiques de Conakry. Surtout elles ! Mouvements sociaux de janvier et février 2007 obligent ! Sans doute. L’année 2007 a eu ceci de particulier et d’enrichissant pour la Guinée et les Guinéens, habitués à se terrer au moindre orage social, qu’elle a ouvert des appétits à plein de compétences, en l’occurrence à des supposés citoyens politiques, chargés d’exécuter leur destin historique, prévu par des devins en location de notre pays. Mon Dieu ! Encourageant, non ? Mais à condition que ce méli-mélo qui en a résulté soit un déferlement de compétitions saines pour les partis et la classe politique, et que la multiplicité d’intérêts hostiles, antagoniques, ne soit pas dommageable à la liberté d’expression et d’actions de tout le monde. A l’UPR, il y a eu une vingtaine de membres du Bureau Exécutif National, m’a-t-on certifié, qui se disent incompris du grand nombre, du Parti et de son Président, de nous autres militants, tenus à distance. Dans leur folle aventure, ils n’avaient qu’un but unique : retirer le flambeau des mains d’Ousmane BAH et le remettre à leur négociant. Pourquoi ? Seraient-ils pris en otage dans une des machinations qui courent nos ruelles ? Serait-ils soumis à des chantages, entre les mains d’un groupe de pression ? On ne sait. De leurs tractations à l’eau trouble, aucun du clan n’en a dit mot à personne du dehors. Pour l’instant. Nous ne les connaissions pas, à part une poignée d’entre eux, réduits aux doigts de la main et identifiés frondeurs, qui s’agitent outrageusement face à leurs commanditaires ; les autres intempestifs, qui les suivent au pas et œuvrent en secret, sont chargés d’aiguillonner le mouvement, avant essoufflement et effondrement. On commence à peine à les entendre. Mais longtemps, tous ensemble avaient ronchonné à l’écart du parti, avant de décider de leurs décisions funestes et exclusives de se constituer en groupuscule politique, au dessein mercantile et régionaliste. Sinon, comment comprendre que, de son identité nationale inclusive, enviée par tous, ils veuillent réduire l’UPR à la dimension étriquée d’une prétendue unité du Fouta Djallon ? C’est en putschistes d’un autre temps, arriérés et foncièrement xénophobes, qu’ils ont agi, sans les armes démocratiques et d’ouverture de l’UPR à la main, autres que celles de corrompre les militants de fortunes illicites, de leur faire miroiter des billets de banque détournés de nos caisses d’Etat et d’aiguiser leur appétit avec l’argent des transactions frauduleuses de commerçants parvenus. De nos regards de feu et de colère contenus, nous aurions voulu simplement les convaincre de la justesse de notre démarche, à défaut de les éloigner d’abord du cercle de paix et de complicité des militants, nous fidèles et gardiens de l’UPR. Mais ils sont si introuvables et si cachottiers qu’ils se dérobent encore de nos manifestations et protestations. Même s’ils font tout de même beaucoup de bruit, qui assourdit notre démarche logique, on ne les perçoit nulle part. Sûr que de leurs remous, il y aura des dégâts, même si peu. La carrière politique de certains, par exemple, s’arrêtera aussitôt après la tempête, sans couronne ni gloire, à la dimension de leur félonie. S’ils n’y prennent garde, ils n’auront été qu’une curiosité passagère du paysage politique guinéen, une curiosité qui aura tout de même essaimé sur son sillage des gaffes préjudiciables à l’UPR. Mais, pour que de vraies retrouvailles aient lieu, Assiatou Bah Diallo et ses alliés de circonstance doivent comprendre que la politique n’est pas un jeu d’enfant ou une arène d’exhibition de pectoraux. Elle est un lieu de rencontre de visions diverses, de dialogue et d’efforts conjugués, tendus vers un même objectif, lié aux intérêts du pays, la Guinée en l’occurrence. Quant à nous autres, militants de toujours, il nous faudra nous amarrer fortement au navire, effacer ses bobos et le redresser vite d’aplomb. Car après ce temps présent d’agacements et d’interrogations des veillées, soumis à nos nerfs, nous aborderons celui plus prenant des veilles, des stratégies multiples, des consolidations des relations, dans la perspective d’une embellie certaine au sein de l’UPR. Pour ce faire, le parti aura intérêt à élaguer ses branches sèches et cassées, qui assombrissent sa cime et à déblayer l’humus peu fécond qui étouffe sa base. Nous aurons besoin d’un nouvel air pour nous aérer davantage les poumons et consolider nos structures. Pour que vive l’UPR, unie et forte de ses principes, de son programme ! Tolomsè CAMARA Créteil le 13 mai 2008
|
 |