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Dans cette troisième partie de l’entretien exclusif que M. le Secrétaire général de la Chancellerie de l’Ordre a accordé à votre semainier, le Colonel Facinet Touré revient sur les péripéties qui ont entouré la prise du pouvoir par l’armée le 3 avril 1984, et lève un coin du voile sur le coup Diarra, putsch qui a avorté finalement en juillet 1985…
Donc voilà ce sont ces raisons qui me bloquent jusqu’à présent. C’est d’ailleurs comme il m’a été amené de comprendre, pourquoi bien souvent les gens se font éditer à titre posthume. Mais j’ai écrit.
Comment réagissez-vous au propos de Monsieur le ministre de la Réconciliation lorsqu’il a, dans son discours en ce jour commémoratif, engagé la responsabilité de l’Etat dans les différents abus commis sous les deux régimes ?
Eh ! C’est normal. Dans la mesure où on dit que l’administration est une continuité. Mais comme je l’ai dit, collégialement, c’est ainsi qu’un ministre peut présenter et aborder un problème. J’ai été ministre, je sais que dans un gouvernement, il y a des responsabilités au niveau collégial et des responsabilités de niveau individuel. Alors si c’est le gouvernement qui doit prendre tout cela, je dis ce serait trop facile si tout le monde est d’accord sur cette méthode. Je dis tant mieux. Mais pour que le pardon, le vrai, le total soit obtenu, il faut aller au cœur des choses, c’est pourquoi j’ai dit, que ce soit les tenants de l’ancien régime comme les tenants du régime actuel, tout le monde n’est pas mort. Il y a encore des survivants. Pourquoi on ne constituerait pas le comité ‘’ Vérité – paix et réconciliation’’ et on passe devant ces gens là. On jure sur le Coran ou sur la Bible selon qu’on soit musulman ou catholique. On vous pose une batterie de questions ou on vous dit tout simplement, depuis que vous êtes venu aux affaires jusqu’au jour où vous aviez quitté, qu’est ce que vous avez dit ? Qu’est ce que vous avez fait ? De quoi aviez-vous été témoin. Le peuple de Guinée dans son ensemble, doit condamner en bloc tous ceux qui ont assumé une parcelle de responsabilité dans ce pays. Puisque c’est un peuple croyant, il ne va pas condamner des innocents. Après avoir condamné tout le monde en bloc, on cherche les détails pour appréhender la vérité, situer les responsabilités individuelles. Parce que, si tous ceux qui ont fait du mal, sont pris sous le manteau de l’Etat, hé bien ils restent encore dans l’impunité. Nous avons dit, nous ne cherchons la vérité pour envoyer qui que ce soit à l’échafaud ou devant un peloton d’exécution. Mais on veut la vérité. Au moins que cette vérité annoncée soit accompagnée de repentir. Un repentir sincère, face à ceux qui lui ont fait du tort. Mais si c’est l’Etat, c’est bon. Cependant je crois que les gens risquent de rester sur leur faim.
Parlons de l’Association des victimes du camp Boiro. Aujourd’hui, cette association par sa manière d’agir ou de procéder à ses revendications, fait dire à certains qu’elle est une association de ‘’Haine’’ au point que d’autres guinéens qui s’estiment victimes à leur tour du régime actuel pour d’autres faits. Pourquoi être amené à créer des associations similaires pour demander des comptes. Qu’en pensez –vous ?
Ecoutez, nous sommes dans un régime libéral. Ils peuvent créer autant d’associations qu’ils veulent. C’est leur droit. Je ne vois pas pourquoi ils ne créeraient pas. S’il y a eu l’association des victimes du camp Boiro, il peut bien y avoir l’association des victimes du pouvoir militaire. Pourquoi pas. Moi je ne suis pas contre. Je ne restreins la liberté, ni le droit de personne. Mais je me dis tout simplement que rien de durable, de solde de constructeur, ne peut s’obtenir dans la passion, dans la haine, dans la violence. C’est pourquoi, même si je leur ai dit de persévérer je le dis avec sérénité. Parce qu’il arrive, nous somme condamnés à vivre ensemble. Que ce soit un bourreau à tes yeux, cela ne fait pas que je cesse de devenir ton frère. D’accord, je suis bourreau, mais en même temps je suis ton frère. Parce que nous sommes tous guinéens. Nous voulons tout simplement que ce qui s’est passé ne se répète plus. Voilà l’idéal que nous recherchons. Si nous ne nous pardonnons pas, si on est passionné, on risque de passer à côté de la plaque. La seule chose que je redoute, c’est la composition de ce comité. La Guinée est un pays très complexe. Il ne faut accorder de blanc- seing à personne, tant qu’il n’est pas passé devant ce comité, dire ce qu’il a fait quand il était au pouvoir. Faute de quoi, on risquerait de mettre dans le même panier (bourreau et victimes). Il faut que cette association qui existe déjà, fasse sérieusement les choses. Ces enfants là ont le droit de connaître la vérité. Qu’ils parviennent ou pas, ils doivent se sacrifier pour leurs parents qui ont disparu dans ces conditions là. Qui de nous, n’a jamais prié Dieu, pour qu’il mette en nous un enfant ou quelque chose de meilleur à soi. Alors quand on tue ton frère, ta mère, ton père, dans de telles conditions, voulez-vous qu’on reste indifférent. On aura trahi leur volonté. Il faut faire la part des choses mais avec un bon usage de sagesse, de sérénité et de patience, sans violence aucune. Si d’autres aussi veulent en faire autant, pourquoi pas. Nos parents ont été tués en 1985 par les militaires … C’est leur droit. Je suis prêt à entendre tous les sons de cloche.
En parlant justement de l’avènement des militaires au pouvoir le 3 Avril 1984, pouvez-vous nous dire concrètement en tant qu’artisan de cet évènement, ce qui a pu bien se passer ce jour. Autrement, qu’est-ce qui a amené les militaires à renverser le régime Sékou Touré ?
Bon ! Jusqu’à présent, j’avoue que je refuse de parler du 3 avril. Parce que vous savez, comme on le dit, la victoire a toujours eu beaucoup de papas. Seule la défaite est orpheline. Il y a beaucoup qui se sont arrosés des tas de choses dans cette prise du pouvoir par l’année. Mais nous, qui avions réellement participé à cette histoire, nous connaissons la vérité, mais aussi Dieu.
Et tout ceci est contenu dans mes mémoires. Donc je n’aimerais pas anticiper. Je dirais tout simplement que j’étais à l’époque à Manéah, j’enseignais. Puisque après l’IPK, je suis venu à l’école normale de Manéah, j’y habitais. Le président Sékou Touré est mort, j’y étais. C’est là bas que les camarades sont allés me chercher pour me dire que le ton monte. Et que l’on s’égosille fort là bas, puisque les tenants du régime ne s’entendent pas sur… C’était à qui mieux- mieux. On me dit de venir te voir, pour savoir ce que tu en penses. J’ai dit, vous savez depuis que je suis sorti de Boiro, j’ai toujours demandé à Dieu que je fasse partie des hommes, des enfants de ce pays, qui vont changer le cours de son histoire. Je leur ai répondu que je n’ai pas ‘’varié’’ dans ma vision des choses. Si vous êtes prêts, je suis votre homme. Bon, c’est comme ça, et c’est comme ça. Le 2avril, ce qu’on faisait pratiquement, n’était pas caché. Parce qu’on se savait fort. Ce jour, 2 avril, le général Diané, (Paix à son âme) à l’époque, était le ministre de la Défense et membre du bureau politique national. Il nous a convoqués dans la salle de conférence du camp Samory. Pour dire : ’’ le bureau politique et le gouvernement sont informés de votre intention de faire un coup d’Etat militaire. Ils m’envoient vous en dissuader, si c’est parce que, vous avez appris que nous ne nous sommes pas entendus sur la succession de Sékou Touré, aidez-nous à nous entendre. Ou alors attendez qu’on vienne vous dire qu’on n’a pas pu s’entendre. Ne vous salissez pas les mains inutilement. Parce que, chacun de nous est malade et a une jambe dans la tombe déjà….’’
J’avoue que ce discours là, a été une espèce de baume sur tous les cœurs dans la salle qui était surchauffée. Il y avait de l’électricité dans l’air. Depuis que le général Diané a tenu un tel langage, tout le monde s’est calmé. Ce jour là, nous avons été huit (8) personnes, huit (8) officiers à prendre la parole immédiatement. Et j’étais le premier à y répondre en ces termes : ‘’Camarades ministres, nous avons bien entendu ce que vous avez dit. Nous sommes d’accord, mais à deux conditions : la première, ‘’entendez-vous rapidement et dites-nous qui va remplacer le président Sékou Touré’’ parce que, nous ne voulons pas de règlements de compte dans ce pays. Deuxième condition : ‘’qu’on ne profite pas de cette situation pour inquiéter qui que ce soit parmi nous. Parce que, si un seul était inquiété, les autres allaient lui être solidaires. Voilà à peu près ce que les autres ont aussi répété’’. Il a dit, bon je vais transmettre le message au bureau politique. Et nos généraux jusqu’à l’époque, on avait deux généraux. Toya Condé et Soma Kourouma. Si on dit ‘’tout est bien qui finit bien’’. D’ailleurs on va organiser une marche de fidélité. J’ai tapé sur la table. Ça, ça restera mémorable. ‘’Marcher pour qui et pourquoi ?’’ On a trop marché. On ne marchera plus dans ce pays là. Cela est terminé. Il y a eu de nos camarades qui, au sortir de la salle, ont dit qu’ils ne font plus partie. Ils sont nombreux. Même s’ils font le dos rond aujourd’hui, ils sont nombreux. Donc quand il est allé rendre compte il nous est parvenu de là-bas, puisqu’on avait l’oreille tendue de ce côté également, quelqu’un a dit parmi eux que les huit (8) qui ont parlé là, il fallait les prendre et les pendre avant l’aube au pont du 8 novembre. Pour étouffer toutes velléités de coup d’état au niveau de l’armée. Ah! On a dit, bon, puisqu’ils veulent nous tuer, on en tuera beaucoup. Ils nous tuerons l’arme à la main, beaucoup aussi. Voilà comment nous sommes passés à l’action, à partir de 22 heures, 23 heures. Jusqu’au moment où je passais mon premier communiqué à la radio, la seule personne qu’on avait arrêtée, c’était Béhanzin. On l’a rencontré au carrefour de l’aéroport. Puisque c’était un noctambule qui aimait se promener. On dit bon, il a vu tout ce déploiement de force là, il faut le mette à l’ombre. Parce qu’on ne voulait pas qu’il y’ait un coup de feu. Les gardes qui étaient chez les ministres, étaient des gardes hétéroclites : il y avait des militaires, des gendarmes, des policiers, des miliciens, personne ne faisait confiance à l’autre. Si tu viens là-bas, ils ne sont pas au courant. On a fait le ‘’coup’’ avec une partie du Camp Samory, le Camp Alpha Yaya et une partie de l’Aviation militaire. J’ai les forces armées guinéennes, c’était pour mobiliser. Sinon en tout et pour tout, nous étions neuf (9) officiers à avoir conçu et réalisé le coup. Et les forces là, on n’a pas associé la Gendarmerie, la Police, la Milice, ni la Douane. Je l’avais mentionné dans mon communiqué, pour qu’il y’ait un effet d’entraînement.
Peut-on connaître les noms des sept (7) autres compagnons, auteurs de ce coup d’état ?
Eh ! Non, pour le moment.
Comment la suite des opérations était-elle menée et qui en était le principal meneur ou chef de file ?
Bon Dieu ! Un coup d’Etat…Nous sommes des compagnons, nous sommes des amis, on s’est mis d’accord. Chacun a fait ce qu’il fallait faire. C’est tout. A l’époque on ne pouvait pas dire, c’est tel le meneur.
Alors comment Lansana Conté, colonel à l’époque, s’est finalement retrouvé à la tête du mouvement ?
Parce qu’il était à l’époque, parmi ceux qui ont conçu et réalisé le coup d’Etat, le plus gradé. Comme dans l’armée c’est le grade, nous l’avons choisi c’est tout.
De statut du maître à penser de cette équipe de militaires, le CMRN qui est monté au pouvoir, vous avez été ministre de la Coopération, ministre des Affaires Etrangères, des Transports et Travaux publics, et ministre Résident à N’Zérékoré vous avez basculé à un moment donné dans l’opposition radicale. Que s’est il donc passé entre le Président Conté et son homme de confiance que vous avez été ?
Bon ! Homme de confiance… D’ailleurs, je refuse cette appellation là. Moi je ne suis l’homme de personne. Je suis mon homme à moi-même. Le président Lansana Conté a été mon compagnon, mon ami, même mon frère, c’est ce qui nous lie, ce qui a existé entre nous, n’existe entre lui et aucun militaire de la Guinée. Cela, je le dis haut et fort. Il le sait, je le sais. Mais cela ne fait pas de moi son homme. Non. Et puis je suis encore moins l’homme à penser, comme vous l’avez dit tout à l’heure. Cela n’engage que vous. Moi je sais que partout où on sollicite ma contribution, je l’apporte dans la limite de mes possibilités et de mes facultés. Il est vrai, quand on a pris le pouvoir, j’ai successivement été ministre des Affaires Etrangères, ministre d’Etat chargé des Affaires Etrangères et de la Coopération, Ministre Résident à N’Zérékoré, Ministre des Transports et de TP et enfin ministre de la Justice et garde des sceaux. Au regard de mon petit bilan, partout où je suis passé, je n’irai pas jusqu’à dire que je suis fier. Mais je suis satisfait de ce que j’ai fait. Moralement, je suis satisfait de ce parcours. Tout simplement pour avoir fait œuvre utile partout où je suis passé. Tout le monde n’est pas mort. Les témoignages, vous pouvez les recueillir, partout où j’ai été ministre on vous dira qui je suis, qu’est-ce que j’ai fait. Il y a des endroits où ce sont des réalités qui parlent encore de moi. On dit que quand les faits parlent, les dieux même se taisent.
L’une des péripéties de l’histoire des militaires du 3 Avril est sans doute l’avènement du 4 juillet 1985 ou le Coup Diarra, du nom de cet officier qui a été le N°2 du CMRN. Pouvez-vous à présent, nous parler de ce complot et nous dire comment il a pu être déjoué ?
Bon ! Qu’est ce que je vais vous dire… Moi, tout ce je sais, c’est que nous étions à la veille d’un départ pour le sommet de la CEDEAO à Lomé. Je devais y aller avec le président de la République et d’autres ministres. Ves la fin de la soirée de la veille du départ, le président m’a appelé pour me dire qu’« il faut que je me prépare et que c’est moi qui conduirais la délégation, lui il ne pourrait y aller. » Cela pour deux bonnes raisons. La première, on venait de lui extraire une dent, et son médecin dentiste lui a déconseillé de prendre de l’air. La deuxième était que certains de nos camarades étaient en train de préparer un coup contre nous. Si la nuit ils n’opéraient pas, il est fort probable qu’ils le fassent le lendemain matin, sur la route de l’Aéroport. Notamment à partir de Dabondy. Donc lui, il reste à la maison avec cette situation qui n’est pas claire. Voilà comment je suis allé à Lomé. Mon avion s’est posé. Je suis descendu. En descendant la passerelle, le ministre de l’Intérieur d’alors de Togo, c’était Lacley est venu m’accueillir au bas de l’appareil. En me faisant l’accolade, il me signale en disant ‘’Facinet vient vite le Président t’attend’’ j’ai demande, le président m’attend où ? Ici à l’aéroport. Comment ? Le président Eyadema savait bien que ce n’est pas son homologue qui venait. Comment il peut être à l’aéroport pour m’attendre ?
De Toute façon, j’étais obligé de foncer après lui, oubliant même la colonie guinéenne qui était venue nous accueillir ; que j’ai saluée de la main d’ailleurs. Cela a même frustré. Elle ne comprenait pas pourquoi je la dépassais comme ça pour foncer en direction du président Togolais. Je vais, je trouve le président Eyadema (Paix à son âme) dans la salle. Il faisait ses cent pas ou quelques pas en disant ‘’Facinet ça va et mon frère le Président, il va bien ?’’ Je répondis, il va bien monsieur le président. Il m’a chargé de venir le représenter à vos côtés. Parce que la situation politique en Guinée n’est pas des meilleures et sa santé aussi n’est pas appropriée.
Ah ! Oui d’accord, nous avons essayé de le joindre parce que le vieux est là il y a deux jours (il parlait du président Houphouët) nous l’avons convaincu à venir. Il faut qu’il vienne ne serait- ce que de prononcer son discours d’ouverture du sommet. Parce qu’il était le président en exercice sortant. J’ai dit bon tant mieux. C’est en ce moment que moi j’ai été accompagné à mon hôtel. Dans l’après midi, Conakry m’appelle pour me dire que le Président arrivait et le protocole Togolais aussi m’informe. Donc nous sommes allés à l’aéroport. Nous avons accueilli le président. Après les honneurs, nous sommes arrivés au salon d’honneur, puis interview... Ensuite le président Conté a demandé à son homologue Togolais, le président Eyadema, s’il pouvait saluer le président Houphouët avant de regagner son hôtel. Il (le Président Eyadema) a dit ah : à l’heure, il doit dormir ; donc nous sommes allés avec Eyadema à notre hôtel. On a bavardé là. Il dit je vais vous laisser vous débarbouiller et dîner. Il s’en va. Nous, on a dîné et quand on a fini, on a un peu bavardé. A peine moi j’ai regagné ma chambre qu’on est venu me chercher pour dire qu’il y a coup d’Etat en Guinée. Coup d’Etat ? Fait par qui ? Par Diarra ! Hé bien, mon vieux ! On s’est réunis. Qu’est ce qu’il faut ? Conté dit toutes les dispositions que nous avons prises avant qu’il ne vienne, si Diarra a quand même pu faire son coup d’Etat, c’est que tous les camarades nous ont trahis. A partir de ce moment, moi la seule chose que j’ai demandée, c’est de dire au président d’appeler Eyadema, lui dire de nous donner des armes et des tenues. Les civils qui étaient de la délégation, on les laissait là-bas. Nous, on prenait l’avion pour débarquer à Conakry. Parce qu’on se connaît. Les autres commencent à s’interroger. J’ai répliqué en disant que dans une opération militaire, c’est d’abord l’effet de surprise. Il faut faire la chose à laquelle on s’attend le moins. Il y en a qui m’ont dit ‘’ bon on va atterrir à Boké alors’’ j’ai dit si on décolle d’ici on atterrit à Conakry. On va voir ce qui va se passer. Eyadema a dit ‘’calmez-vous’’ en s’adressant à Conté. Puisque beaucoup de chefs d’Etat sont là, le matin on va voir, on va se donner des conseils. Mais déjà ordre avait été donné de nous préparer des prisons dorées. Des villas étaient préparées, pour qu’on y aménage. Toute la nuit jusqu’au matin ma chambre est devenue le standard. J’étais en contact avec le monde entier. C’est moi qui répondais à tout le monde J’étais en contact avec Conakry, Alhassane Diop qui est ingénieur de son (paix à son âme) ; il avait une installation à Dakar là-bas. C’est lui qui nous faisait écouter les émissions de Radio Conakry. Il dit Facinet, je dis oui excellence, mon frère vous n’êtes pas à Conakry ? Vous avez laissé Diarra ? Vous savez Diarra est impliqué dans l’ancien régime. Vous avez laissé Conakry à sa disposition ! Voilà enfin ce qu’il va faire. Ce jour là, je me rappelle avant le communiqué de Diarra, c’est le communiqué qui annonçait le décès de Mamba Sanoh qu’on avait passé sur la radio guinéenne. Toute la nuit, c’était comme ça jusqu’à ce que nos camarades nous disent que la situation est ‘’maîtrisée’’ ; elle est maîtrisée’’. J’ai dit bon, je vais rendre compte au président. Celui-ci à dit ‘’je préfère rester simple citoyen dans la rue avec mes amis plutôt de rester assis ici président tout en sachant que certains de nos amis ont déjà été tués. Nous avons dit qu’on va demander. Je retourne et téléphone à Conakry. Ils nous ont dit qu’aucun n’est mort parmi nous. C’est ainsi on s’est dit : bon allons-y, le président va livrer son discours. Les journalistes qui m’embêtaient, je leur ai dit écoutez, ça s’est fait à mon absence, je n’étais pas là-bas. Qu’est ce que je peux vous dire, je ne serai qu’approximatif. Maintenant ce que je vous demande, tous ceux qui veulent aller voir la réalité, vous embarquez dans notre avion. Je vous amène à Conakry, et l’avion va vous ramener encore ici. C’est ce qui a été fait. Après l’allocution du président Conté, le matin on a bénéficié de la sympathie de Moussa Traoré, de Seny Kountché, ce dernier nous a dit : ‘’je vous avais dit, il ne fallait pas garder Diarra Premier ministre. Parce qu’il était le camarade de promotion de Diarra à (l’école d’enfants de troupes) il le connaissait parfaitement, il y a Sankara qui était venu nous voir. Donc le matin, c’est Houphouët qui appelle Conté : ‘’c’est le président Conté ? Oui monsieur le président, ça c’est dommage, ce qui s’est passé en Guinée’’ Conté dit : ‘’ Monsieur le président nous maîtrisons la situation’’. Il demande, comment ? Vous voulez dire qu’ils ont échoué ? Il dit oui monsieur le Président Il a observé un petit moment de silence. Il a dit ‘’félicitations’’ Il a raccroché. C’est par après, qu’on a su qu’ils étaient tous derrière cette affaire. En allant à l’aéroport, il y’avait Eyadema et Conté, je suivais à côté. Eyadema dit à Conté ‘’Mais c’est vrai que Diarra lui-même a été à la Radio ? Conté dit ‘’oui’’ il dit : ‘’Il ne sait pas qu’en de pareilles circonstances, on ne va pas soi-même à la radio ? Conté dit : ‘’En tout cas pour cette fois, il est allé lui‘’ On sentait le regret. C'est-à-dire, c’était à peine voilé qu’ils étaient tous dans le coup là. Il a rendu les honneurs et on s’est embarqués. Nous sommes rentrés au pays. Nous avons été reçus comme on a été reçus auparavant. Bon ce qui s’est passé par la suite, ça été malheureux. Mais voilà, c’est comme ça…
Propos recueillis par Camara Moro Amara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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