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Invité de guineeactu.com, le fulgurant député revient, dans cet entretien, sur la crise qu’a traversée l’UPR, sur la tenue du congrès de Labé, les préparatifs des élections législatives ou encore l’épineuse question de la gestion de la CENI par Ben Sékou Sylla et la problématique du changement en Guinée. Guinéeactu.com : Comment se porte l’UPR après la crise qu’elle a connue et la tenue du Congrès de Labé ? Thierno Ousmane Diallo : L’UPR, à l’image de tout grand parti, a connu plusieurs crises de croissance. A l’image de Mamadou Mboye Bâ du vivant de l’H. Siradiou Diallo, de Dr Saliou Bella Diallo. Puis une situation nouvelle est née des évènements de janvier-février 2007, qui a vu le départ des membres du gouvernement. Ce sont ceux-là, du moins certains, qui ont cru pouvoir acheter l’UPR, entraînant ainsi une crise au sein du parti, particulièrement au niveau du Bureau Exécutif, menée par une Fronde. Heureusement, la base du parti a été préservée. Les principaux membres de cette Fronde pensaient qu’ils étaient indispensables au parti, qu’ils pouvaient le prendre en otage et le brader au plus offrant. Malgré le délai relativement court qu’imposaient les directives du Ministère de l’Intérieur, nous sommes parvenus à mobiliser les ressources nécessaires à la tenue d’un congrès extraordinaire. Le Président Ousmane Bah est sorti plébiscité, l’UPR renforcé et le mandat du comité central, tout comme celui du bureau exécutif, renouvelé. C’est vrai que cela fait mal de se séparer des connaissances, des amis et des collègues avec lesquels on a tout partagé, politiquement, pendant plusieurs années. Je regrette particulièrement le départ de Yaya Kéïta, qui est un ami personnel. Je ne le ressens pas pour tous. Certaines personnes qui nous ont quittés étaient réellement de mauvaises graines, dont la nuisance gênait considérablement. C’était des épines dans les pieds de l’UPR. Après leur départ, ce sont des cadres plus efficaces et plus nombreux qui continuent d’adhérer au parti. Le Président Fondateur du Parti ne disait-il pas que l’UPR doit être à l’image d’un train qui débarque des passagers au niveau de chaque gare et qui en embarque d’autres, l’essentiel étant d’arriver à destination avec des wagons pleins. Avec le retour des cadres confirmés, à l’image de Kerfalla Bangoura, d’Elhadj Aboubacar Camara et tant d’autres, nous pensons que c’est une confirmation de la volonté de Siradiou Diallo de faire de l’UPR un instrument politique efficace au service des Guinéens désireux de la démocratie et de l’Etat de Droit dans ce pays. Et je crois que le train de l’UPR est plein et il attirera de plus en plus de nouveaux adhérents. Nous avons un bon conducteur que nous apprécions, c’est Elhadj Ousmane Bah. Après le congrès de Labé, peut-on savoir où vous en êtes avec l’UPR Lanséboundji et l’UPR Minière ? C’est une fabrication virtuelle de ceux qui n’ont rien à dire ou rien à faire. Je vais le dire et vous pouvez le répéter partout où vous le voulez, il n’y a qu’une UPR et son siège est à la Minière depuis le congrès de Labé, avec un seul Président à sa tête, en la personne d’Elhadj Ousmane Bah. Le reste, c’est du ping-pong. L’UPR a-t-elle fini de panser ses plaies après la défection de bien de cadres ? Je ne vais pas exagérer comme vous. Mais imaginez bien que, pour panser une plaie selon sa gravité, l’on applique des antibiotiques sévères. A l’heure où je vous parle, l’UPR n’a aucune plaie. Les égratignures que certains veulent voir en plaies se sont cicatrisées. La preuve, vous pouvez aller dans tout le pays, nos structures sont sur place. Elles ont refusé le marché de conscience. Elles sont restées fidèles et bien sûr, avec des militants professionnels. Il y a eu plein de retours de ceux qui étaient partis. La preuve, à Mamou où de mauvaises langues avaient cru les militants démobilisés, un des instigateurs a déclaré sa déception et dénoncé la trahison de ses compagnons qui sont allés tous au PUP. Je pense qu’il ne faut surtout pas en faire un sujet de débat. Seulement, nous refusons que le parti soit affecté dans sa ligne politique et dans son fonctionnement par le comportement ou l’ambition de qui que ce soit. Là-dessus, la base est formelle. Et c’est tant mieux si les responsables du Bureau Exécutif du parti arrivent à le comprendre. Bien entendu, la porte reste toujours ouverte pour ceux qui estiment bon de revenir dans leur famille politique, où ils sont mieux connus et mieux respectés. Vous pensez quand même que le départ de certains barons ne va pas affecter le fonctionnement du parti ? Pas du tout. L’UPR est un mouvement politique très solide, fondé sur des bases concrètes. Ceux qui ont adhéré ne l’ont pas fait à cause de l’argent ou pour des postes. Ils ont un idéal qui se confond avec le programme politique défini par le parti. C’est tout. L’UPR ne va pas mourir parce que dix huit personnes de l’ancien bureau exécutif ont pris de l’argent et des engagements ailleurs. Vous êtes qualifié par bien des détracteurs d’être de l’aile dure de l’UPR. Dites-nous, comment votre parti prépare les législatives, en termes d’alliances surtout ? Je ne sais pas si je suis de l’aile dure. Ce que je sais, c’est que je suis fidèle à la ligne politique de mon parti. Et je pense que quand on est engagé dans un tel combat, il n y a pas de place pour le doute. Soit on est dedans soit on est dehors, mais jamais les deux à la fois, comme certains le font, en se faisant passer pour des opposants la journée et des courtisans la nuit. Encore une fois, si ceux qui sont partis décident de revenir un jour, les portes du parti sont ouvertes pour eux, sans condition aucune à poser au parti. S’agissant des élections, l’objectif de l’UPR est de conquérir le pouvoir, aussi bien exécutif qu’à tous les niveaux. Vous conviendrez avec moi que pour aider ce pays, nous avons besoin d’un changement radical dans la manière de gérer l’Etat et ses biens. Pour en finir avec l’impunité dont jouissent certains, l’instauration d’un Etat de droit en Guinée est une nécessité absolue. Notre devoir à l’UPR consiste donc à poursuivre le combat et de faire en sorte que ce pays ressemble aux autres. Cela appelle à la collaboration et à l’implication de l’ensemble des forces vives désireuses de tracer cette voie à notre pays. Pour revenir aux législatives, je vous rappelle que nous ne boudons pas une élection de cette envergure. Donc, nous nous préparons. Elles sont très importantes pour notre pays et, en conséquence, nous n’exclurons pas des alliances, le moment venu et si nécessaire, dans l’intérêt du pays et de l’UPR. Mais déjà, je puis vous rassurer que nous refusons les alliances basées sur des arguments ethniques. Notre pays n’en a pas besoin du tout. Nous serons engagés dans des types d’alliances qui profitent à l’unité nationale, à la cohésion sociale et au développement du pays. Quelle appréciation faites-vous de la CENI ? Vous savez que cette structure est une création de notre parti, même si dans sa phase finale, les idées ont été partagées par la classe politique et nos textes parfois modifiés à différents niveaux Je vous rappelle que l’UPR avait proposé des textes pour une véritable commission électorale nationale indépendante. Malheureusement, certains s’y sont opposés et le résultat, vous le connaissez, c’est un organe électoral qui collabore avec le gouvernement pour l’organisation des élections. Alors que les événements de janvier et février 2007 militaient en faveur du contenu indépendant que nous voulions donner à cette institution. C’est pour cette raison que l’UPR, qui n’était pas satisfaite de la mouture finale, s’était abstenue de voter le texte qui était soumis aux partenaires. Mais l’essentiel pour nous maintenant est de pouvoir réaliser en Guinée, au moins une fois depuis l’indépendance, une consultation crédible et honnête. Car les textes sont une chose, les hommes chargés de les appliquer sont une autre. Notre parti était de ceux qui avaient soutenu la candidature de M. Ben Sékou Sylla au poste de Président de la CENI, en sa qualité de la société civile. Mais, ce que nous apprenons de lui ces derniers temps n’est pas encourageant. Il est accusé de gérer seul la CENI et de n’en faire qu’à sa tête. Or la CENI est un organe national où toutes les composantes du pays sont représentées. Nous, nous pensons très sincèrement que, pour éviter tout échec à ce niveau, il est bon de prendre les textes comme seuls repères. Sinon c’est Dieu qui sait où nous irons en cas de graves dérapages. La presse a écrit pour dénoncer le flou qui a entouré des opérations d’achat de véhicules, d’équipement de bureaux par exemple. C’est des choses que nous Guinéens devons apprendre à faire dans la transparence, si nous voulons aider ce pays à sortir de sa misère. Plus grave, la presse indique l’appartenance politique de M. Ben Sékou Sylla. Ce n’est pas une bonne chose pour lui, en tant que Président de la société civile, d’être taxé ainsi. Ce n’est pas bon pour lui, encore moins pour son image. Et j’espère qu’il s’efforcera d’apporter les corrections nécessaires le plus rapidement possible à ce niveau. Vous vouliez faire allusion au partage de la subvention publique aux partis politiques ? Pas forcément ! Mais même à ce niveau, la loi est claire. Il suffit de procéder à sa lecture. Il y a les textes de loi sur le statut de l’opposition, la création de la CENI, la modification du code électorale et le mode de subvention publique aux partis politiques. S’agissant du dernier texte, il est indiqué que c’est 0.5 pour cent des recettes fiscales de l’année budgétaire de l’Etat qui doit revenir aux partis politiques. Il y a deux modes de financement. La loi définit les conditions de cette attribution. Un montant est affecté aux partis, hors campagne, et l’autre leur est attribué pendant les campagnes électorales. A chaque étape, la loi donne toutes les précisions. Donc je crois que si nous voulons changer ce pays, nous devons avoir la culture de la loi. Sinon ce n’est pas de la sorte qu’on peut aider un pays. Votre mot de la fin C’est de me réjouir de cette opportunité que vous m’offrez pour remercier la presse pour tous les efforts qu’elle déploie dans la culture démocratique dans notre pays. Naturellement, elle doit aider au mieux à sensibiliser tout le monde au respect de la loi. Sans ce respect, tous nos efforts de développement sont voués à l’échec. Si vous prenez le dernier sac de décrets, c’est une mauvaise illustration pour l’image de marque de notre pays. Il y en a de toute sorte. Des voleurs, des menteurs et qui sait s’il n y a pas des criminels et des bandits de toute sorte, contre lesquels le peuple avait exprimé son ras-le-bol. Aux partis politiques, je souhaite que les acteurs s’investissent davantage pour la culture démocratique dans ce pays, qui n’a que trop souffert. La haine et la division sont des virus contre la démocratie et l’Etat de Droit. Nous devons nous en méfier. A l’UPR, je lance un appel à l’ensemble des militants pour resserrer plus les rangs, en les grossissant davantage, pour démontrer au lendemain des élections, avec une majorité à la clé, que ce parti reflète effectivement les ambitions des citoyens Guinéens. Une occasion de plus à saisir pour montrer qu’un parti ne s’achète pas. Quand on est respectueux et sûr de soi, il y a des pratiques auxquelles on ne se livre pas. Si nous voulons changer ce pays, nous devons apprendre à dire non à l’argent et à toute autre promesse pour donner la priorité à notre engagement politique. Et c’est le lieu pour moi de féliciter, une fois de plus, les nombreux militants de l’UPR, qui sont restés fidèles aux idéaux et à la ligne politique de son Président Fondateur, Siradiou Diallo. Combattu partout, Siradiou Diallo est resté ferme sur sa ligne politique et aujourd’hui, il passe pour l’un des meilleurs exemples de la classe politique africaine. C’est un bel exemple et une fierté pour notre famille politique. Interview réalisée à Conakry le 2 septembre 2008 par la Rédaction du site guineeactu.com
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