lundi 8 février 2010
Interview : El hadj Alpha Mahmoud « Ben Saïd » BAH sur sa candidature à la présidence du CNT
Mahmoud Ben Saïd

L’auteur de l’ouvrage en volumes « La Guinée en marche » a récemment annoncé sa candidature à la présidence du CNT (Conseil National de Transition). Nous nous sommes entretenus avec lui, par téléphone et par email, pour mieux connaître sa démarche. Voici l’essentiel de nos entretiens.

Guinéeactu : El hadj Bah, comment vous êtes-vous décidé à postuler pour la présidence du CNT ?

El hadj Alpha Mahmoud « Ben Saïd » Bah : Dans la course pour la primature, nous avons tous entendu s’exprimer deux tendances, l’une faisant prévaloir l’impartialité du candidat, l’autre son expérience politique. Au moment même où le destin faisait pencher la balance en faveur de la seconde tendance, le candidat favori a affiché une ambiguïté éminemment préoccupante : il ne s’est pas prononcé sur son éventuelle candidature à la présidentielle, ravivant ainsi le débat sur l’éternelle question de la « non candidature » – donc de la neutralité – des personnalités au sommet de l’État. Ceci m’a plongé dans une profonde inquiétude. Ainsi, une nuit, après y avoir longuement pensé, je me suis soudain entendu dire ceci : « Mais si tu as des doutes, vas-y donc ! Tu es sûr de ton impartialité ! » Sur ces entrefaites, je me suis rappelé le poste de « personnalité religieuse » à la tête du CNT. En regardant mon profil je me suis dit, à part moi, que c’était donc ma place : comme c’est lui qui sera l’organe politique délibérant, le CNT veillera, avec ma supervision, à ce que le processus se déroule dans une neutralité absolue. Alors, j’ai aussitôt formulé mon intension et consulté le Tout-Puissant. Par la suite, j’ai informé la communauté guinéenne du Japon et ai préparé mon dossier de candidature pour les autorités à Conakry. Enfin, j’ai informé le public guinéen dans son ensemble, en annonçant ma candidature sur le net.

Il s’agira pour moi d’aller effectuer une mission de quelques mois en Guinée, en prenant un congé sans salaire à mon poste de travail. Cette absence aura d’énormes répercussions sur ma famille, l’entreprise que je dirige et la communauté musulmane de Shimane, dont je suis l’imam ; mais ces six mois de la transition méritent, de chacun de nous, tous les sacrifices possibles, car il s’agit, comme l’a si bien dit une de nos sœurs dans un commentaire sur le net, de l’avenir de toutes les futures générations du pays. Pour me résumer, donc, très sincèrement (notre Créateur le sait mieux que quiconque), c’est uniquement pour servir de renfort de l’impartialité, par crainte du contraire, que je me suis porté candidat à ce poste.

Pourquoi avez-vous choisi de rendre votre candidature publique ?

J’avoue que je suis en rapport étroit avec plusieurs acteurs du changement en Guinée, dont des membres influents des Forces vives, mais cela me gênerait de leur souffler à l’oreille mon désir d’occuper le poste et leur demander de m’y proposer : ma conviction religieuse y voit une certaine hypocrisie, chose impardonnable. En faisant une demande publique, tous ceux qui soutiennent ma candidature le font sur la base du dossier et non des seules relations personnelles. Cette méthode a par ailleurs permis de connaître les réactions des Guinéens. Outre les commentaires sur le net, j’ai reçu de nombreux messages personnels me disant des choses que je ne pouvais imaginer.

Un ancien imam guinéen résident en Espagne m’a écrit ceci : « Je ne sais pas comment vous soutenir devant le gouvernement guinéen mais je sais le faire devant le Vrai Chef du Grand Gouvernement ; c’est pourquoi je prie le Tout-Puissant de vous aider... Inchâ Allah, je continuerai à vous soutenir de manière spirituelle. (…) Aujourd’hui la Guinée a besoin des hommes de bonne foi, qui craignent Allah, pour diriger ce pays. » Des réactions similaires ont été enregistrées dans plusieurs autres pays. Un de nos frères de Lyon a créé des pages de soutien sur Facebook et un autre, de New York, assemble présentement des signatures dans une pétition. Différentes équipes s’activent, un peu partout, pour la même cause. On attend la suite, sachant qu’elle dépend de la volonté de Dieu.

Votre dossier de candidature fait état de plusieurs atouts censés vous permettre de mener à bien la mission. Concrètement, comment comptez-vous vous en servir au CNT ?

C’est parfois difficile de parler de soi. Ici, permettez-moi de vous dire une seule chose. Si j’ai postulé pour cette mission, rassurez-vous, c’est que je suis convaincu, à 100 pour cent, de pouvoir l’accomplir, à travers les modestes moyens techniques et religieux que Dieu m’a accordés. Au fond, je suis très optimiste : je ne pense pas rencontrer de grands problèmes, car le plus souvent les problèmes sont causés par des actes d’injustice.

L’idée d’avoir une « personnalité religieuse » à la tête du CNT est controversée. En fait, certains préfèrent séparer la religion de la politique. Qu’en pensez-vous ?

Ceux qui pensent ainsi ont leurs raisons, qui semblent être la perte de crédibilité que traînent aujourd’hui certains religieux dans notre pays. Cependant, pour répondre à ces inquiétudes, que je comprends bien, je dirais que l’histoire nous a montré des États bien structurés et réussis qui avaient un religieux à leur tête ; par exemple, le prophète Mohammad (paix et salut sur lui) a fondé un grand État à Médine, qui a pu unifier un peuple déchiré depuis des lustres, alors qu’il était à la fois chef de l’État et imam de la communauté. En vérité il n’y a nul besoin de séparer la religion de la politique, et les vrais religieux sont censés être des modèles à émuler en matière d’honnêteté.

Cela dit, je sais que l’on rencontre des gens qui ne sont pas « religieux » mais dont la conscience en fait d’honnêtes personnes. Toutefois, si l’on n’est guidé que par sa conscience, il arrive des cas où cette conscience « tolère » une chose, et on se permet de faire cette chose sans se reprocher son acte. En d’autres termes, le non religieux dispose d’une certaine liberté dans l’établissement de ses limites. Cependant le religieux, quant à lui, évolue selon des lois préétablies, qu’il ne peut modifier de son simple gré : en acceptant d’être musulman, il se soumet entièrement à l’autorité de Dieu. Or le religieux sait que Dieu est au courant de tout ce qu’il fait, qu’Il connaît même ses pensées qu’il n’a pas exprimées ; il sait que Dieu (gloire à lui) est plus proche de lui que « sa veine jugulaire » (50:16). Donc il est constamment sur ses gardes.

Le religieux se particularise de plusieurs autres manières. Sachant qu’il a une récompense pour tous ses actes, il ne laisse passer la moindre occasion de se faire récompenser. Il use en plus d’un maximum de zèle pour plaire à Dieu en vue de s’assurer, dans cette vie, à la fois Sa protection quand il a peur et Ses autres faveurs, quand il Lui en fait la demande. Il sait, par exemple, comme cela fut transmis par le Prophète Mohammad (paix et salut sur lui), qu’Allah « déclare la guerre » à quiconque se montre hostile à un de Ses élus (voir Sahîh al-Boukhârî). C’est pourquoi, sachant qu’il a la protection de Dieu, le religieux n’a aucune crainte de dire la vérité, fût-ce aux plus grands rois de ce monde. En outre, le religieux sait que dans l’autre vie il y a une ignominieuse punition, l’enfer, et une exaltante récompense, le Paradis. Il ne veut rien faire qui puisse le faire condamner au premier et passe par tous les moyens pour accéder au second. Évidemment, il cherche à profiter des grandes occasions. Sachant, par exemple, qu’un leader juste bénéficie d’une récompense spéciale, que Dieu réserve exclusivement à sept catégories de personnes (voir Sahîh Mouslim), il ne veut rater cette occasion spéciale quand il occupe un poste de leadership.

C’est la combinaison de tous ces éléments qui donne aux gens une certaine garantie quand ils ont à faire à un religieux, d’où le souci des nouvelles autorités de préférer « une personnalité religieuse » à ce poste stratégique. Évidemment, bien évidemment, tout ce raisonnement s’applique aux vrais religieux, pas aux faux : ceux que certains appellent « Imams sacs de riz ».

Enfin, quel appel lancez-vous aux Guinéens ?

Je dirais à toutes les Guinéennes et à tous les Guinéens d’avoir de l’espoir. Malgré les mauvaises graines que renferme notre société, on découvre souvent d’excellentes graines. J’en ai découvert plusieurs à cette occasion. J’invite tous mes compatriotes à participer, chacun avec les moyens dont il dispose, à la construction de la Guinée démocratique pour laquelle des nôtres ont rendu l’âme. J’invite donc, humblement, tous ceux qui veulent du bonheur de la Guinée, à travers l’efficacité et la neutralité du futur CNT, de soutenir ma candidature. Je les invite à s’engager résolument avec moi dans le combat, qui, en fait, ne s’arrêtera pas au CNT. Avec l’aide d’Allah, nous suivrons la marche de la Guinée jusqu’à la destination.


Propos recueillis par Adjidjatou Barry Baud
Editrice de www.guineeactu.com

 

 

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Vos commentaires
TRAORE OUMAR KINIERAN, jeudi 11 février 2010
Monsieur Ben Said les nomminations sont toujours bonnes lorsqu`il s`agit, mais si c`est les autres vous n`avez que des critiques.
Mamadi Komodou KONATE, mercredi 10 février 2010
J`attend la réaction de rejet de la nomination de Madame Rabiatou Sera DIALLO au poste du Président du CNT car il est destiné à un réligieux suivant les termes de l`accord de Ouaga. J`ai la ferme conviction qu`à la place un ressortissant des régions de Basse Guinée, Haute Guinée ou Guinée forestière, ils auraient réagi négativement avec vehemence et dans des termes impropres à l`égard de la personne. Mais puisque elle est l`une de leur, des félicitations affluent de part et d`autre tout dans l`ignorance de l`accord. C`est là mon inquiétude que la guinée est loin d`être sauvée.
Dupont, mercredi 10 février 2010
Vous avez censuré ma reaction, je ne vous croyais pas ainsi d`autant plus qu`il n`y avait aucune attaque personnelle sur Elhadj.
BAH Ibrahima, mercredi 10 février 2010
Vous etes un talent pour le pays. J`espère que vous aurez l`occasion de faire vos preuves. Je conseillerai à Hadja de penser à vous améliorer le travail; d`autant qu`on l`a entouré des gens pour porbablement l`empêcher de bien bosser.
BOKAR BAILA LY, mercredi 10 février 2010
JE PROFITE DE l`occasion pour souhaiter plein succès à Mme Rabiatou.Je lui recommande Monsieur BEN SAID.Gouverner c`est savoir s`entourer des meilleurs.
RAPHAEL, mardi 9 février 2010
il ne faut bruler nos egliseS a nzerekore quand vous seriez a la tete du CNT.
Chernor Saidou Jalloh, mardi 9 février 2010
A Salamou Alykum mon ferer Mahhmoud Ben Saïd.Par la grace de Dieu le tout puissant un jour vous allez réalisez votre rev pour être un membre de la CNT parmi les 101 personnes pour le bone deroulement des election en Guinée.Wasalam wa ilal liqae.
Sékou Oumar Camara, mardi 9 février 2010
M.BEN SAID, restez en réserve de la République. Le temps de l`épuration n`est pas terminé.
CISSE, lundi 8 février 2010
Desole Rabiatou Sera Diallo est meilleure labas, le decret vient de tomber

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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