samedi 1 août 2009
Interview du professeur Mamadou Sow
Mamadou Sow

Le professeur Mamadou Sow, Chef Service d’urologie à l’Hôpital central de Yaoundé, secrétaire général de l’Union africaine d’urologie, Professeur à l’université de Yaoundé, s’est prêté aux questions de Guineeactu sur l’actualité nationale dominée par diverses  préoccupations, notamment la poursuite des audits qui viennent de s’étendre sur les 24 années, la fameuse question du chronogramme des forces vives dont la faisabilité sera examinée par une commission ad hoc récemment mise en place, enfin, cette histoire des produits chimiques trouvés chez un citoyen en fuite.

 

Guineeactu : Pr. SOW, la manière dont la transition est conduite par le CNDD permet elle une sortie de crise ?

Pr. Sow : Effectivement, notre Pays connaît une crise multiforme dont les racines plongent dans la manière dont le Pays a été géré depuis un demi-siècle. Ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est de constater avec regret que les différents acteurs de la vie politique de notre Pays ne s’accordent pas sur tous les aspects de cette crise et les solutions susceptibles de nous en sortir.

Je n’ai pas l’impression que tous les acteurs politiques inscrivent leurs actions dans le cadre d’une transition dont le terme est connu de tous.

Le CNDD est conscient de ses responsabilités devant la Nation et devant la Communauté Internationale.

A ce titre il doit comme il s’y est engagé créer les conditions adéquates pour une sortie de crise rapide.

Quel contenu auriez vous donné a la transition pour qu’elle réponde aux aspirations des populations ?

Pr. Sow : La transition doit se fixer un objectif à atteindre et se doter des moyens pour y arriver ; programmer ses actions sous la forme d’une feuille de route avec des étapes d’évaluation programmées.

Pour la réalisation de ce programme, il faut réunir et canaliser toutes les énergies nationales et associer la communauté Internationale. A cet effet il convient de :

-    Rassembler dans un esprit de confiance toutes les populations Guinéennes, toutes les couches  sociales sans considérations régionales ou ethniques ; les sensibiliser et les engager dans ces actions.

-    Rechercher en priorité l’adhésion des populations à l’élaboration d’une charte nationale pour la bonne gouvernance caractérisée par la rigueur dans l’exécution des tâches d’intérêt national et la moralisation des comportements à tous les niveaux.

-    Faire un inventaire de nos compétences à l’intérieur et à l’extérieur du Pays pour les sensibiliser et les engager dans cette action de réhabilitation nationale.

-    Lutter efficacement contre la fracture sociale ;

-    Faire l’inventaire des potentialités nationales pour les relancer dans la production des richesses en écartant tous les obstacles à leur valorisation pour les conduire à la rentabilité optimale au profit effectif de la Nation et de ses populations

-    Etablir des priorités aux divers secteurs d’activité dans l’action en cours.

-    Créer les conditions pour l’émergence d’une nouvelle classe politique plus responsable, plus dynamique, plus engagée pour la cause Nationale

-    Créer les conditions d’une gouvernance transparente à fin d’attirer les investisseurs étrangers car sans capitaux et sans la technologie moderne, la  GUINEE ne peut pas se développer.

-    Préparer minutieusement les élections Présidentielles et législatives libres, indépendantes, propres et transparentes pour permettre à toutes les populations Guinéennes sans exclusive de participer au choix responsable des dirigeants capables d’assumer avec bonheur la responsabilité de notre Pays qui a tant souffert de la mauvaise gouvernance.

Les responsables de cette transition, pour avoir la liberté réelle d’action et convaincre dans leur entreprise d’intérêt National, ne devraient pas avoir pour vocation de participer aux élections qu’ils sont chargés de préparer.

Les audits s’étendront désormais sur les 24 dernières années. Votre point de vue

Il n’est pas mauvais de revisiter notre passé, depuis l’indépendance pour mieux comprendre certains faits et gestes, certains évènements douloureux qui ont ponctué notre parcours sinueux pour conjurer le sort qui semble s’acharner sur nous.

Ceci permettra  de mieux comprendre l’histoire de notre Pays pour mieux le servir, dégager les bonnes actions engagées ou en cours pour les renforcer, inventorier les manquements de tous genres pour les corriger.

Pour cela, je suggère la création d’un Comité Spécial d’audit composé de personnalités nationales dont la probité morale et intellectuelle est bien prouvée.

Ces personnalités ne devraient pas être candidates aux prochaines élections.

Il s’agira d’auditer la gestion politique, administrative, judiciaire, matérielle et financière pour que les biens mal acquis soient restitués à l’ÉTAT avec objectivité et honnêteté sans rancune ni népotisme ni chasse aux sorcières ; de même, les citoyens qui ont été victimes d’abus de la part de l’administration devront être réhabilités.

Quels sont, selon vous, les besoins fondamentaux des populations et quelles suggestions faites-vous pour qu’ils soient satisfaits?

Il s’agit d’abord et avant tout de libérer les guinéens de la peur du présent et des lendemains incertains.

Tous les guinéens ont un besoin urgent de liberté, de sécurité dans leur personne et pour leurs biens, d’un travail rémunérateur dans des conditions dignes, de vivre décemment dans un abri, de recevoir des soins adéquats, d’accéder aux produits de première nécessité (nourriture, habillement, disposer d’eau potable, de courant électrique) d’une bonne éducation pour les enfants,  d’être associés  à la gestion du Pays, chacun selon ses compétences.

La satisfaction de ces besoins est tout un programme donc il faut un ETAT impartial, animé par des hommes et des femmes intègres, véritablement responsables, dynamiques, agissant avec méthode  sagesse et humanisme.

Le chronogramme des forces vives continue d’être une source de divergence tant pour la classe politique que pour les populations; selon vos analyses serait-il possible d’aller aux élections? Pourquoi ?

Toute constellation de personnes comprend des forces positives et des forces négatives. C’est la résultante de ces forces qui assure la stabilité de la constellation. Il en est ainsi des forces vives. On retrouve en leur sein des forces de progrès et des forces de régression.

On y retrouve des personnes qui avaient combattu avec forte conviction  la gestion  calamiteuse du Pays par l’équipe de feu le Général Conté et à côté il y a aujourd’hui ceux qui géraient le Pays.

Il n’est donc pas surprenant que les décisions des forces vives soient défendues par les uns et combattues par les autres.

Dans tous les cas il est impératif d’aller rapidement aux élections pour sortir de cet embargo que la guinée ne peut pas supporter trop longtemps sans compromettre dangereusement l’avenir.

Pour y arriver, il faut chercher à réunir les conditions déjà clairement définies dans les réponses précédentes.

Il serait hasardeux de continuer dans l’incertitude actuelle pour s’aventurer dans des élections entachées d’irrégularités capables de plonger le Pays dans des incertitudes et des violences dont les populations risquent de continuer à souffrir de façon de plus en plus grave.

La mise en place du CNT (Conseil National de Transition) a été annoncée même si ses membres ne sont pas encore nommés. Il aura pour mission de faire le toilettage de la constitution. Avez-vous des suggestions ou des recommandations à faire à la future institution ?

Je constate que la mise en place du CNT a pris beaucoup de retard.

Il serait souhaitable que la mise en place de la commission d’audit précède celle du CNT pour éviter de coopter des personnes sur qui pèsent des soupçons.

Dans tous les cas, les membres du CNT doivent être des personnes intègres, de bonne moralité, ayant des compétences et une large vue d’esprit non candidates aux futures élections.

Les personnalités membres de ce comité devraient être indépendantes des sensibilités politiques et reconnues pour leur dignité, leur honnêteté, leur intégrité et leur attachement à l’intérêt général du Pays.

La durée de leur mandat doit être limitée et leur mission clairement définie.

Les membres du CNT ne doivent pas examiner les textes avec des œillères mais plutôt penser à l’intérêt général des populations, à leur épanouissement politique, social, économique et culturel.

Si son installation pose des problèmes on peut aller aux élections avec les anciens textes car en GUINEE ce ne sont pas les textes qui posent des problèmes mais les Hommes chargés de les mettre en œuvre.

L’on vient de découvrir des produits chimiques dans les locaux d’un citoyen. L’évènement a fait l’objet d’une grande mobilisation générale. Qu’en dites-vous ?

C’est une situation grave et regrettable qui traduit la déliquescence de l’ÉTAT guinéen et partant la défaillance des forces de sécurité et des services de renseignements

Nous sommes tous interpellés sur l’urgence du redressement de la situation dans notre pays. Il nous faut un ETAT ; une nouvelle classe politique responsable, dynamique et engagée pour animer les structures et les forces chargées de lutter contre la dérive morale dans tous les domaines.

Les Nations Unies et la Communauté Internationale peuvent apporter leur contribution et leur expertise pour aider l’ÉTAT guinéen à faire face aux problèmes de ce genre mais ce sont les structures et les forces guinéennes qui doivent appliquer les lois du Pays pour éviter le développement de telles menaces.

Pr. Sow, votre pays s’en sortira –t-il quand et comment ?

Oui bien sûr, il s’en sortira très prochainement grâce à l’action conjuguée de ses vaillants fils de l’intérieur et de l’extérieur et l’apport de la communauté internationale.

Les souffrances partagées et la grande expérience accumulée par les uns et les autres à l’intérieur comme à l’extérieur permettront de prendre en charge avec efficacité et efficience les difficultés que vous énoncez.

Ensemble nous pourrons conduire ce Pays qui dispose d’énormes potentialités à la paix et au développement durable pour le bien être des populations à l’intérieur et la fierté Nationale à l’extérieur.

Pour revenir à votre spécialité rappelons que vous êtes chef de service d’urologie à l’hôpital central de Yaoundé, secrétaire général de l’Union Africaine d’Urologie et professeur à l’université de Yaoundé. Pouvez-vous nous définir l’urologie ?

L’urologie est une vaste discipline médicochirurgicale qui s’occupe des maladies du système uro-génital de l’homme et urinaire de la femme

L’urologie est une spécialité très peu connue chez nous, en Afrique, est-ce parce qu’elle s’occupe que des maladies intimes et des maladies qui veulent rester dans la discrétion ou parce qu’il y a très peu de spécialiste pour en faire « la publicité » ? Je veux dire que c’est une spécialité dont on parle très peu, alors qu’un point de presse, une conférence sur la question permettrait d’informer les populations. La prévention étant l’une de vos armes pour le faire.

Effectivement nous avions organisé à Conakry en Décembre 1996 une conférence Internationale regroupant les grandes sommités de cette discipline.

Le service d’Urologie de l’hôpital Ignace Deen est très connu de nos populations et a certainement besoin de plus d’attention de la hiérarchie.

 

Propos recueillis par Thierno Dayédio et Kalidou Barry
pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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