 |  |
 | Edouard Zoutomou Kpoghomou |
GLS : Quelle réaction avez-vous après le discours à la nation du Président Dadis en date du 2 Novembre?
EZK : Merci Georges pour l’opportunité que vous offrez à notre formation politique, l’U.D.R.P en l’occurrence, de se prononcer sur les sujets brûlants de l’actualité dans notre pays.
Au prime abord, je voudrais profiter de ce forum pour présenter au nom de l’U.D.R.P, nos condoléances les plus attristées à toutes les familles qui on été endeuillées par les évènements du 28 Septembre 2009. Ces évènements regrettables auraient pu être évités si les uns et les autres avaient fait montre de leur devoir de citoyens responsables et de patriotes.
En ce qui concerne le discours du Chef de l’Etat, le Capitaine Moussa Dadis Camara, je dois dire que j’ai été fortement impressionné par la vue d’ensemble qu’il présente sur les grands problèmes auxquels notre pays est confronté, ce dans un langage direct, factuel et rassembleur.
J’ai surtout été frappé par le contraste clair entre la grandeur et l’importance des acquis et réalisations du CNDD en 10 mois de gestion et la profondeur du marasme économique créé et entretenu par 50 ans de système paupérisant et de vol de denier public avec la participation active de certains cadres véreux, subitement devenus des politiciens recyclés en mal de repère.
Comme vous le savez, les faits ne mentent pas. Quels que soient leurs bords politiques et quels que soient les sentiments personnels que d’aucuns nourrissent à l’égard de la personne du Chef de l’Etat, toutes les personnes de bonne foi s’accordent pour mettre à son crédit et à l’actif de l’équipe qu’il dirige, des résultats qui n’ont jamais été effleurés par toutes les administrations confondues depuis l’avènement de la Guinée indépendante.
Le deuxième aspect qu’il convient de souligner dans le discours du Président, c’est la compassion humainement sincère qu’il éprouve à la perte de vies humaines pendant les évènements du 28 Septembre 2009. En effet il se dégage de ce discours des traits de sincérité que l’on ne peut apprécier que lorsque l’on a eu le privilège d’échanger avec l’homme. En homme de foi, il en a été meurtri et horrifié.
Il serait bien évidemment irresponsable de ma part de ne pas partager avec vous et les auditeurs qui nous écoutent en ce moment, la lecture que l’U.D.R.P. a faite des évènements qui ont conduit au drame que des esprits mal intentionnés amplifient travers les médias, dans un dessein cynique d’intoxication afin de présenter une situation qui n’a rien à voir avec la réalité. En dépit de la caractérisation que ces esprits font de la légitimité de l’autorité en Guinée, il ya bel et bien une autorité. Lorsqu’une manifestation a été décommandée par cette autorité, le devoir civique interpelle au respect de cette interdiction.
A mon avis, lorsque des responsables qui doivent en premier lieu se soucier de la sécurité de leurs militants, choisissent de les exposer à des risques mal calculés, ils font franchement preuve d’irresponsabilité. A l’U.D.R.P., il nous semble que le refus d’obéir et d’entériner la requête de report des manifestations formulée par les autorités traduit éloquemment la préméditation à créer des incidents de toutes natures, quitte à les mettre au compte du CNDD et des militaires. En raison de l’acharnement et la détermination à défier le pouvoir, l’on pourrait dire sans risque d’erreur, qu’avec ou sans les militaires au Stade du 28 Septembre, des évènements tragiques étaient planifiés ce jour fatidique du 28 Septembre 2009. Il suffirait alors de les mettre au compte de militaires en tenue civile.
L’U.D.R.P. s’inscrit avec obstination dans la logique des enquêtes nationales et internationales afin d’établir toutes les responsabilités et punir les commanditaires dans toute la rigueur des lois en vigueur.
En dehors de la médiation de la CEDEAO, quelle proposition de sortie de crise faites-vous?
A notre avis, la médiation de la CEDEAO ou celle de toute autre entité étrangère n’aurait dû intervenir qu’après un échec constaté des efforts de médiation des Guinéens eux-mêmes. Vous conviendrez avec moi que la Guinée est une famille et qu’à l’instar de toutes autres entités humaines, elle connait et enregistre des différends entre ses fils, différends qui du reste, peuvent et doivent à notre avis, être résolus en comptant d’ abord sur la sagesse et la maturité des uns et des autres.
Nous regrettons la radicalisation de la position adoptée par « les forces vives » en rejetant en bloc toute idée de négociation directe avec la junte, un processus qui semblait pourtant incontournable. A notre avis, la sortie de la crise actuelle est assujettie à un certain nombre de conditions dont les principales sont les suivantes :
D’abord il serait souhaitable que les responsables politiques privilégient l’intérêt national et acceptent de sursoir à leur ambition personnelle de devenir Président de la République quel que soit le prix et les conséquences pour la nation. L’U.D.R.P. estime qu’une nation peut être servie en bien d’autres capacités et pas des moindres.
L’U.D.R.P. invite ensuite les acteurs politiques à prendre toutes les dispositions morales afin que les uns et les autres acceptent le canevas de travail qui naitra des efforts de médiation du Président Blaise Compaoré.
Dans le même ordre d’idées, l’U.D.R.P. lance un appel pressant à toute la classe politique guinéenne pour accepter l’idée de la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par un Premier Ministre aux pouvoirs élargis nommé par décret présidentiel, en charge de gérer une transition apaisée dont les termes seront définis de commun accord avec la participation des partis politiques et de la société civile.
Dans le souci d’éviter une aggravation des tensions internes et pour favoriser le rétablissement progressif du climat de confiance mutuel entre les différentes composantes de la population, l’U.D.R.P. lance un appel strident à tous les acteurs de la vie nationale afin de privilégier la recherche des solutions internes dans les efforts de résolution des conflits éventuels.
Finalement, l’U.D.R.P. soutient fermement l’organisation d’une conférence de réconciliation nationale sous l’égide de toutes les dénominations religieuses afin d’offrir le cadre d’apaisement et de pansement de toutes les plaies sociales issues de toutes les périodes tumultueuses qui ont marqué l’existence de la Guinée indépendante.
Un mois après les tragiques évènements de Conakry, quel constat global dressez-vous?
Encore une fois, notre pays traverse une période difficile de son histoire, à la suite des évènements qui l’ont malheureusement ensanglanté. Comme nous l’avons déjà dit, et nous ne le dirons jamais assez, les droits d’expression des libertés individuelles et publiques s’exercent dans tous les pays du monde qui les reconnaissent, dans le strict respect des lois établies.
Notre premier constat, c’est le battage médiatique virulent et hypocritement vitriolé dont la Guinée continue d’être l’objet dans la presse internationale. Certes, le 28 Septembre 2009, il ya eu mort d’hommes et viols. De là inculper la junte et tous les militaires avant même l’ouverture de l’enquête internationale revient à nier à la junte et aux militaires la présomption d’innocence si chère à la jurisprudence universelle.
Notre second constat, c’est l’acharnement avec lequel certains de nos compatriotes vilipendent le Chef de l’Etat pour le présenter comme un homme qu’il est loin d’incarner dans ses dimensions physiques, culturelles et morales. Notre inquiétude adjacente et franchement notre déception, c’est que dans cet acharnement à dessein de haine, le Chef de l’Etat et son appartenance ethnique et régionale sont passés au vitriol, et à tort.
Un autre constat révoltant, c’est le caractère expéditif et franchement prématuré des condamnations qui émanent des institutions internationales qui dans une démonstration de partialité et de manipulation sur fond de légèreté extrême, n’ont pas daigné attendre les résultats des enquêtes diligentées à la requête expresse du Chef de l’Etat.
Enfin notre exaspération, c’est que le battage médiatique actuel sur la Guinée est loin, très loin de refléter le calme et la sérénité que nous avons personnellement vécus dans la Guinée profonde du 9 au 24 Octobre 2009. Ce battage témoigne d’une campagne d’intoxication menée tout azimut dans le but cynique de cultiver une haine ethnique dont la déflagration conduirait inéluctablement à des conséquences imprévisibles.
Fort heureusement, le peuple de Guinée est un peuple mur et aguerri qui voit en ces agissements, des efforts désespérés pour dérailler un processus qui a déjà fait ses preuves et promet d’en faire davantage.
A la lumière des investigations en cours, le peuple martyr de Guinée aura toute l’opportunité d’apprécier le machiavélisme à grande échelle et toute la préméditation qui ont entouré les évènements du 28 Septembre 2009 ainsi que d’ autres crimes crapuleux commis avec la complicité active de certains de ses fils obsédés de pouvoir et déterminés à y parvenir vaille que vaille. L’histoire nous édifiera tôt ou tard.
Je vous remercie.
Propos recueillis par Georges Léonard Sagno
www.guineeactu.com
|