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Hadja Biya Diallo est membre de la fédération de l’UFDG de France et membre du comité français de soutien à la candidature d’Elhadj Cellou Dalein Diallo.
Kibarou.com: Bonjour Mme Biya
Hadja Biya Diallo : Bonjour.
Madame, il y a quelques jours, vous avez eu des altercations avec les forces de défenses et de sécurité. Est ce que vous pouvez nous donner quelques détails par rapport à cela ?
Je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de m’expliquer par rapport à ce qui s’est passé. Effectivement lundi, le jour de la proclamation des résultats provisoires du second tour, j’ai été interpellée par les agents de la Fossepel devant le siège de l’UFDG. Comment j’ai été interpellée ?
Nous avons été informés ici, qu’il y avait beaucoup de mouvements au niveau du siège. Il y avait beaucoup de personnes, de militants au niveau du siège attroupés et certains enfants venant, des banlieues de Bembeto et d’ailleurs, se dirigeaient vers le siège de l’UFDG. Nous avons décidé moi personnellement, et certains membres de la famille, comme nous étions dans la famille d’Elhadj Cellou, d’aller voir, ce qui se passait au niveau du siège.
Quand nous sommes arrivés, deux ou trois personnes sont descendues vers le siège, et moi j’ai continué vers Bembeto, pour voir ce qui se passait là-bas, par rapport aux enfants. Je suis partie avec une de mes nièces. Quand nous sommes arrivées à Bembeto, entre Hamdallaye et Bembeto, je me suis rendu compte effectivement, qu’il y avait beaucoup d’attroupements, qu’il y avait beaucoup de petits groupes de jeunes, qui venaient vers le siège de l’UFDG. Et nous avons rencontré avant Bembeto, un groupe de jeunes, qui étaient un peu plus échauffés que d’autres. Le chauffeur s’est arrêté, on leur a parlé pour les calmer et les dissuader d’aller vers le siège, parce qu’il y avait beaucoup d’agents de la Fossepel stationnés non loin de là, malgré que les jeunes étaient devant et à l’intérieur, mais ils n’étaient vraiment pas agressifs. On les a dissuadés qu’en même parce que les rangs des forces de l’ordre ne faisaient qu’augmenter.
Ce dernier groupe que nous avons rencontré, avait deux sachets de billes et un lance-pierre. Le chauffeur les a dissuadés d’aller avec. Moi-même, j’ai parlé aux jeunes, je leur ai dit que ça pouvait être dangereux pour eux, de descendre avec ces sachets de billes, parce qu’il y avait les forces de l’ordre. J’ai récupéré avec eux des sachets de billes, j’ai demandé au chauffeur de les mettre dans la boite à gants et de les garder. J’avoue avec beaucoup de difficultés, parce qu’ils ne voulaient pas me les donner. Donc, nous avons rebroussé chemin pour venir vers le siège et voir ce qui se passait. C’est en arrivant là-bas, qu’on s’est rendu compte qu’ils avaient jeté des gaz lacrymogène, et qu’ils avaient dispersé les gens, et que tout le monde était dispersé et que les gens allaient dans tous les sens, en criant, en gémissant, parce que vraiment vous pouvez imaginer ce que c’est. Donc, nous avons stationné devant le siège, en appelant au téléphone les gens avec lesquels nous étions venus, leur demandant de sortir, pour qu’on revienne à ma maison rendre compte de ce qu’on a vu, parce que le président était encore à la maison.
On voulait venir lui rendre compte, lui dire que les forces de l’ordre étaient là, et qu’il y avait les gaz lacrymogène, et qu’elles étaient réellement en train de frapper les enfants. Ils étaient en train de brutaliser les enfants. Nous étions stationnés dans le véhicule de commandement d’Elhadj Cellou avec le chauffeur de son épouse. Moi et sa nièce nous étions là à attendre au téléphone, en parlant avec les autres.
C’est là que nous avons vu surgir un pickup rempli d’agents de la Fossepel, avec des armes au poing, pour venir nous brutaliser, nous extraire avec une extrême brutalité du véhicule, nous jeter sur le trottoir. Je peux vous montrer encore des traces de cette altercation. J’en ai sur mon corps, j’en ai plein comme ça sur mon corps. Ils nous ont extraites avec une extrême brutalité, avec une violence verbale et physique, que vous ne pouvez pas imaginer. Des termes que je ne peux pas me permettre de répéter devant une camera, parce que ça pourrait inciter les gens à commettre des choses inadmissibles. On a été transféré au commissariat de Bellevue, et là ils nous ont carrément demandé d’enlever nos habits, avec une agressivité verbale qu’on peut considérer comme inadmissible aujourd’hui.
Madame, le fait que vous avez dit avoir retiré des billes et des lance-pierres des mains des jeunes, n’a-t-il pas permis à la Fossepel de trouver un prétexte, soi-disant que vous êtes en train de distribuer des armes aux jeunes ?
Justement, quand nous avons été transférés de Bellevue pour la CMIS de Cameroun, ils ont fouillé maintenant le véhicule et ont trouvé dans la boite à gants les deux sachets de billes. Pour eux, ils avaient trouvé une raison, la raison pour laquelle ils nous ont arrêtées, soi-disant que nous avions des sachets de billes, que nous étions en train de distribuer aux manifestants. Si vous avez regardé hier la télévision, ils nous ont montré avec des armes.
Malheureusement, arrivés là-bas, ils ont sorti beaucoup de jeunes comme vous l’avez vu qui ont été interpellés dans les mêmes conditions que nous. Ils ont mis devant nous des armes blanches : des couteaux, des coupes-coupes, des marteaux et même une scie. Ils ont mis toute sorte de chose devant nous et nous ont photographiés et filmés avec, comme pour dire que ce sont des armes blanches avec lesquelles on voulait faire du mal.
Moi, je suis désolée. J’ai dit au commissaire qui était là qu’en aucune manière je n’accepterais qu’on nous associe à ces armes blanches-là. Ces jeunes qui ont peut-être été interpellés dans les mêmes conditions que moi. Les billes, je leur ai expliqué la provenance. Je me suis dit en tant que mère, en tant que militante, j’ai été heureuse et je suis fier d’avoir retiré ces billes là de la main des gamins, qui auraient pu s’en servir contre les forces de l’ordre, contre des Guinéens tout simplement.
Comment vous êtes-vous sorties de cette situation ? Maintenant, que vous n’êtes plus entre les mains des forces de sécurité.
Nous avons été libérées parce que tout simplement, le président a été informé de notre arrestation. Il y a eu des interventions, il y a eu des interventions d’autres personnes aussi qui leur ont dit que ce n’était pas possible que cette femme entre dans une agressivité comme ça. Et il y a même eu des agents de la Fossepel qui m’ont reconnue parce que le jour des élections j’ai mobilisé 60 femmes cadres, qui ont mis leurs véhicules, des moyens à notre disposition, pour sillonner tous les bureaux de votes. Nous avons fait 7045 sandwichs pour les 1440 bureaux de vote de Conakry, on est passé, on a distribué de bureau de vote en bureau vote, et aux agents de la Fossepel et à nos représentants qui étaient là-bas. C’est un de ces agents aussi qui m’a reconnue, qui m’a redonné mon habit, dit que cette femme-là, elle était observatrice, qu’elle ne peut pas se permettre cela.
Et j’ai eu aussi l’opportunité d’être en rendez-vous avec le président chez le Général Konaté, et d’expliquer la façon dont j’ai été traitée. Il a donné des instructions, il était désolé. Mais c’est quand même quelque chose d’extrêmement grave, il faut que nous fassions attention. J’en appelle au responsable de la transition, au premier ministre et à tous ceux qui ont quelque chose à voir dans ça, de faire très attention à ce qui est en train d’arriver en Guinée. Ça serait dommage que l’issue de tout ça soit un embrasement de la Guinée. Ça serait dommage et grave pour le pays.
En tant que responsable politique et en tant que mère de famille, quel message avez-vous à lancer à ces jeunes manifestants pour les appeler au calme et à l’apaisement ?
Ce que je peux leur dire c’est qu’aujourd’hui au sein du parti, nous continuons à croire, nous continuons à faire confiance à la Justice de notre pays. Ils nous ont demandé de faire un dossier pour un recours. Ce dossier là est fait, il va être déposé et nous faisons confiance à la justice de notre pays. Nous sommes sûrs qu’il y a eu une large organisation, une fraude qui a été organisé à une grande échelle et ça nous a porté préjudice.
Pour le moment, nous ne reconnaissons pas ces résultats et nous faisons confiance et je demande à nos jeunes de porter confiance à la justice de notre pays, à faire confiance à Elhadj Cellou Dalein Diallo, qui est un homme pacifique, qui est un homme non violent, qui est un homme qui a toujours prôné le calme et la paix dans ce pays, de lui faire confiance, cet homme là ne les induira pas en erreur et les personnalités qu’il y a autour de lui, n’induiront pas la Guinée en erreur. Donc, j’appelle mes enfants, mes frères au calme, à la pondération, jusqu'à ce qu’on sache ce que la justice va nous dire. Et moi, pour le moment je suis encore confiante, et je crois à la justice guinéenne.
Merci Hadja
Je vous remercie.
Propos recueillis par A.T.S.
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