lundi 29 décembre 2008
Interview de Mamadou Barry dit ‘’Petit Barry’’ (suite)
Mamadou Barry

Je voudrais vous dire une chose et ce, à l’intention de vos lecteurs. L’agression portugaise est une réalité. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que Sékou Touré était au courant de la préparation de l’agression. Vers le milieu de l’année 1970, il a tenu une conférence publique au Palais du Peuple au cours de laquelle il a déclaré que la Guinée allait être attaquée par des mercenaires. Après cette réunion, les officiers de l’armée guinéenne ont convoqué une réunion de l’armée Samory. Ils ont dit à leurs collègues sous officiers et soldats : vous avez écouté le discours du président : prenons les dispositions pour contrecarrer cette invasion. Les officiers ont dit aux sous-officiers et aux soldats : voici les dispositions qui sont prises. Chacun est responsable d’un secteur donné. Kaba 41 le raconte dans son livre, cela s’est bien passé dans la Guinée de Sékou Touré. Lui par exemple, il était chargé de la protection du Trésor, tel autre de la Banque ou de la Radio. Les officiers supérieurs leur ont dit : dès que vous entendrez des coups de feu, rendez-vous à la place de rassemblement. Certains, comme Kaba 41, ont réagi et expliqué le risque que l’on courait si on adoptait une telle stratégie. Il dit qu’il préfèrerait avoir ses hommes et ses munitions immédiatement, faire la reconnaissance du terrain et être prêt. Qu’est-ce qui s’est passé le 22 Novembre 1970 ? Quand les mercenaires ont occupé le Camp Samory, ils se sont cachés dans l’obscurité car les mercenaires qui avaient occupé la Société Nationale d’Electricité (SNE) avaient coupé le courant. Alors dès que les soldats, les sous-officiers et autres officiers guinéens ont entendu les coups de feu, ils ont accouru au Camp Samory et ils ont été mitraillés à bout portant. Et il y a eu des centaines de morts ! Mais qui donc est responsable de cette situation ? Parce qu’il faut savoir que l’armée guinéenne n’avait pas de munitions. Les munitions étaient scellées et Sékou Touré avait les clés. C’est après les premiers coups de feu que le Général Noumandian Kéïta et les autres officiers de l’état major de l’armée sont partis le voir à la présidence pour lui demander les clefs des magasins contenant les munitions. Il paraît qu’il était effrayé et il aurait pensé que les militaires étaient venus pour l’arrêter. Il aurait dit : « tuez-moi, mais ne me livrez pas au peuple ». Les officiers lui auraient répondu : « on n’est pas venu pour vous arrêter, mais pour prendre les clés des magasins de munitions afin d’organiser la défense de la capitale ». C’est après cet incident révélateur qu’il leur a remis les clés.

Il y a d’autres zones d’ombre concernant l’agression du 22 novembre : pourquoi avoir transféré certains détenus (dont le fils du grand industriel portugais) de Mamou où ils étaient détenus à Conakry quelques jours avant l’agression ?

Pourquoi n’a-t-on pas pris les mesures nécessaires pour armer les soldats guinéens afin qu’ils puissent se défendre ?

Pourquoi la présidence de la République était-elle illuminée pendant la nuit de l’agression alors que tout Conakry était dans l’obscurité ?

Ce sont des recherches importantes qu’il faudrait mener pour déterminer la vérité. Du reste des chercheurs étrangers sont en train d’étudier cette question du 22 novembre. J’ai rencontré une américaine à Conakry qui fait des recherches très fouillées sur ce problème. Elle compte se rendre en Guinée Bissau et au Portugal où elle va essayer de rencontrer le fils de l’industriel portugais qui était détenu en Guinée et qui a été libéré à la faveur du 22 novembre

Une fois au Camp Boiro vous y avez passé combien d’années ?

J’ai passé 7 ans et 5 mois en prison. J’ai fait une semaine à Conakry et puis nous avons été envoyés à Kindia où il y avait Emile Cissé, le patron du camp de concentration de Kindia. Parce qu’Ismaël et Emile se disputaient « les proies de l’information. » Chacun voulait nous avoir, nous interroger, nous torturer et montrer son efficacité. Nous étions des proies substantielles. Chacun voulait montrer de quoi il était capable, de nous faire dire ce que la révolution voulait qu’on dise (« La vérité du Ministre » Alfa Abdoulaye Diallo Portos). Finalement on a été envoyé à Kindia dans l’enfer d’Emile Cissé. A ce moment, on avait le choix (mais nous a-t-on jamais demandé notre avis ?) entre la peste et le choléra. C'est-à-dire entre Ismaël Touré et Emile Cissé.

Y avait-il une similitude entre les deux hommes ? Vous les avez côtoyés avec votre passage au bureau de presse de la présidence ?

Je connaissais bien Emile Cissé parce qu’il était comme moi de Mamou. Quand je venais en vacances dans le cadre de l’investissement humain, nous travaillions ensemble. C’était mon aîné. On travaillait ensemble dans la troupe fédérale de Mamou. C’est un homme très intelligent, plein d’imagination. Un écrivain, un artiste. Ce sont les circonstances qui ont fait de lui un Satan, sinon c’est un génie qui aimait les lettres et les mathématiques. Il a d’ailleurs écrit plusieurs livres comme ‘’Assiatou de Septembre’’, ‘’Faralako’’, la fameuse pièce de théâtre à la gloire du PDG, ‘’Et la nuit s’illumine’’. Il a eu un prix au festival des arts et de la culture à Alger en 1969. Quand je me suis retrouvé devant lui à Kindia, il m’a dit : « Tu as vu ce qui t’arrive Petit Barry ? Tu es resté à Conakry, tu n’as pas voulu venir comme moi à l‘intérieur du pays. Nous on se tape le travail, vous, vous êtes à Conakry en train d’aller dans les cocktails party et voilà maintenant ce qui t’arrive. Tu es dans de sales draps. Je ne sais pas comment est-ce que je peux te sauver »

Ismaël, je le connaissais moins bien, je ne le fréquentais pas. Mais je savais que c’était un homme médiocre (qui a eu un vague diplôme de météorologie), taciturne, cruel, méchant et vindicatif. On a plusieurs exemples de sa cruauté. Ismaël voulait absolument qu’on pende un blanc. Il avait dit qu’il ne suffisait pas de pendre Ousmane Baldé, Magassouba Moriba, Barry III et Kéita Kara de Soufiana. Mais il fallait qu’il y ait un blanc au milieu des noirs et comme ça le tableau serait plus beau (Néron où es-tu ?). Je l’ai connu de loin. Je vous donne un autre exemple pour vous expliquer comment il interrogeait les détenus. C’est un exemple que je cite souvent. El hadj Mamadou Fofana qui avait 70 ans à l’époque de son arrestation. Il était ancien trésorier du PDG, membre éminent du parti, un homme respectable. On l’arrête, on l’emmène devant le comité révolutionnaire. Ismaël lui dit: « Vieux, il paraît que toi tu es intouchable ». El hadj Fofana lui répond : « Mon fils, seul Dieu est intouchable. Qui t’a dit que je suis intouchable ? »

Ismaël de poursuivre : « C’est ce que les gens disent à travers la ville ; il parait que si on t’arrête, des choses étranges vont arriver. Nous t’avons arrêté, rien ne s’est passé. Maintenant, tu vas cracher la vérité. Si tu ne parles pas, je vais te faire déshabiller et te passer à la cabine technique. Tu dois avouer tous tes crimes. Premièrement où est-ce que vous vous réunissez, toi et tes complices ? Nous savons que c’est à Sobragui, l’usine de bière, que vous teniez vos réunions secrètes. » Voyez-vous la perfide allusion ? Puisqu’El hadj Fofana était un homme respectable et pieux, il fallait accréditer l’idée qu’il était un Tartuffe, un faux dévot. Deuxièmement, Ismaël ajoute : « Tu es en train de construire une mosquée mais tu as détourné l’argent que l’Arabie Saoudite a donné à la Guinée pour construire cette moquée. » El hadj Fofana de répondre : « Il faut avoir peur de Dieu, mon fils ». Ismaël : « Dieu ? Je m’en fous ! » El hadj dit : « Il faut avoir peur de Dieu parce que, tu sais que j’ai été gouverneur de la Banque à un moment donné, mais aucun sou ne sortait de la Banque sans l’accord du président de la République. Tu sais bien que je ne peux pas détourner de l’argent pour construire une mosquée. » Ismaël persiste et signe : « Tu reconnais tous tes crimes, sinon je te fais déshabiller et je te passe à la cabine technique. »

Heureusement, certains détenus qui avaient passé devant la cabine technique avaient déjà informé El hadj Fofana « qu’il valait mieux ne pas résister ». El hadj prit un papier, il signa en bas de page et dit à Ismaël : « Vous écrivez ce que vous voulez, je mets Dieu entre vous et moi ! Mais personne ne va me déshabiller. » On l’a ramené dans sa cellule où il est resté enfermé pendant près de 10 ans.

La même chose est arrivée à ‘’Portos’’. Quand Portos a longtemps résisté, c’est un des gendarmes qui lui dit « Monsieur Diallo vous n’avez pas compris. La vérité-là, c’est la vérité du ministre que vous devez dire, ce n’est pas votre vérité. Tout le monde sait que vous êtes innocent Mais le ministre veut entendre sa vérité à lui. » C’est comme ça, après la prison, que Portos a intitulé son livre « La Vérité du ministre ». Le détenu doit dire ce que le ministre attend de lui. Quand les gens disent que toutes les personnes arrêtées étaient coupables, ou ils sont de mauvaise foi, ou alors ils n’ont jamais rien lu au sujet des procès de Moscou et de Prague pendant la période stalinienne, ils n’ont probablement pas vu le film « L’aveu ». Parce qu’ils savent très bien comment on obtient une déposition. C’est sous la torture que l’on extorque les aveux. N’importe qui, sous la torture, serait prêt à dire n’importe quoi.

Je vais vous raconter l’histoire de Kapet de Bana, un Camerounais, professeur à l’Institut polytechnique de Conakry. On l’a mis en prison, Ismaël voulait qu’il dénonce ses amis, notamment Louis Senaino Béhanzin et d’autres. Et quand on lui a donné la liste de ces gens à dénoncer, il a plié le papier et l’a jeté à la figure d’Ismaël. Il a été l’un des seuls à oser agir de la sorte. Ismaël, surpris de la réaction du Camerounais, donna l’ordre de l’enfermer dans une cellule et de ne l’ouvrir que lorsqu’il acceptera de dénoncer ses amis. Kape de Bana a fait quatorze (14) jours de diète noire. Au bout des 14 jours, ils ont ouvert sa cellule et on trouvé qu’il n’était pas mort, mais inanimé. Le secret de ‘’Kapet Dobana’’ qui lui a permis de survivre durant ces 14 jours, était qu’il mangeait son caca et buvait ses urines. Il l’a raconté à certains de ses compagnons de prison. Il leur a dit son secret. Sinon après 10 jours, certains détenus mourraient. Lui, on ne l’a plus envoyé à la cabine technique, jusqu’à la fin de sa détention. Il faudrait préciser que Kapet de Bana n’a jamais prié pendant sa détention car il ne croyait pas aux religions importées : Islam et Christianisme…

L’un des célèbres détenus du Camp Boiro fut Diallo Telly. Son arrestation est survenue alors que vous étiez en prison. Est-ce que vous l’aviez côtoyé avant son arrestation ?

Oui, j’ai connu Diallo Telly. Pour tous les jeunes de notre génération, Telly était un modèle. Notre rêve était de pouvoir quitter Labé, Mamou, de venir à Conakry et de là aller à Dakar, quitter Dakar pour aller en France faire des études comme les Diallo Telly et tous nos aînés d’alors. Je précise que Diallo Telly, à un moment donné, a voulu que j’aille travailler avec lui à l’OUA. Il voulait me nommer chef de cabinet en 1966. Il a été dire à Sékou Touré qu’il voulait me prendre comme chef de cabinet à l’OUA. Sékou Touré lui a répondu : « Nous avons besoin de Petit Barry ici » ; il a insisté, mais Sékou Touré lui a rétorqué : « Trouve un autre à la place de Barry. On a besoin de lui ici. » Alors Telly est venu me voir et m’a dit : je tenais beaucoup à toi, mais trouve-moi quelqu’un car le Président veut te garder. J’ai suggéré la nomination d’Edouard Benjamin qui était avec moi aux Affaires étrangères. Un homme remarquable, d’une grande probité morale, une grande compétence, et de surcroît bilingue et intègre. Alors Telly a été voir Sékou Touré pour lui dire qu’il voulait prendre Edouard Benzamin. Sékou ne connaissait pas Edouard Benjamin, ce qui a été la chance de ce dernier. Il lui a dit : « Prends-le ». C’est ainsi qu’Edouard est parti avec Telly à l’OUA comme chef de cabinet et plus tard, quand il a quitté Addis-Abeba, il a pu trouver un poste à la Banque Mondiale. Il était représentant de cette organisation à Dakar quand le gouvernement guinéen de la deuxième République a fait appel à lui comme ministre des Finances.

La mort tragique de Telly m’a bouleversé. J’étais à Kindia à l’époque. Parce que lui, il a été arrêté en 1976 et nous en 1971. On a eu les détails sur la fin tragique de Telly quand nous sommes arrivés à Boiro six mois (6) avant notre libération.

Expliquez-nous les circonstances de votre libération. Est-ce que c’est par la magnanimité d’Emile Cissé ou bien est-ce Sékou Touré qui a décidé lui-même de vous libérer ?

Quand on vous arrête, on ne vous dit pas à combien d’années vous êtes condamnés. On ne vous dit même pas qu’il y a eu condamnation. Je crois il y a eu un seul détenu qui a su qu’il était condamné à cinq (5) ans. C’est Touré Kindo. Il le raconte dans son livre. ‘’Le dernier survivant du complot Kaman – Fodéba’’. C’était un cas spécial. Sinon, on vous détient et si vous mourrez, on jette votre cadavre dans une fosse commune. Et on vous libère au gré des circonstances. Par exemple certains d’entre nous, ont été libérés lorsque le Hafia a gagné le triplé des clubs champions d’Afrique en 1977. Vous savez la première fois, le Hafia a été battu, pendant ce temps les détenus priaient pour la victoire du Hafia. Parce que Sékou Touré aimait libérer les détenus quand il était en position de force, de prestige, pour montrer qu’il est toujours populaire. Moi j’ai été libéré le 22 novembre 1978. Il libérait aussi les détenus au cours des fêtes comme le 14 mai, l’anniversaire du PDG, le 2 Octobre, l’anniversaire de l’Indépendance. C’est ce qui permettait aux détenus de toujours espérer une libération prochaine. Quand on vous libère, on vous donne un certificat de libération qui stipule que vous avez été gracié par le responsable suprême de la révolution. Et vous devez aller le saluer et le remercier avec votre famille. Moi ma mère est morte quand j’étais en détention ainsi que ma grand-mère qui m’a élevé. C’est donc avec la première épouse de mon père que je suis allé à la présidence. Il nous a tous serré la main. J’étais avec ma fiancée de l’époque, Adama Doukouré, ainsi que mon grand frère feu Oumar Barry. Et puis il a donné sa voiture personnelle pour déposer notre maman.

Depuis ce jour, est-ce que vous avez revu Sékou Touré ?

Oui, je l’ai revu à plusieurs reprises. Parce que je devais aller me soigner. J’ai eu une bourse médicale. C'est-à-dire que les soins étaient pris par le gouvernement hongrois mais les frais de voyage étaient financés par le patient lui-même. Mais je devais avoir l’autorisation de voyager. Donc il m’a accordé l’autorisation de partir en Hongrie. C’est ainsi que je suis parti et je ne suis revenu qu’avec l’avènement de la deuxième République. Entre temps, j’ai fait des demandes, pour essayer de refaire ma vie. J’ai eu la chance d’entrer aux Nations Unies à Vienne, au Centre pour le développement social et les Affaires Humanitaires, puis à New York au département pour la coordination des politiques et du développement durable. J’ai fait plusieurs missions sur le terrain comme conseiller en matière de gouvernance : au Rwanda, en Gambie, au Mali, en Mauritanie, au Bénin, en Côte-d’Ivoire, au Burkina Faso, au Niger, au Sénégal, au Mozambique et en République Centrafricaine. Actuellement mon rôle est celui de consultant international en matière de gouvernance.

A l’avènement de l’armée au pouvoir, les militaires ont fait appel à de nombreux cadres guinéens de l’extérieur pour venir les aider à reconstruire le pays. Est-ce qu’on vous avait fait appel ?

Je suis revenu en 1984 après la mort de Sékou Touré et la prise du pouvoir par l’armée. J’ai été bien reçu par le ministre de l’Information de l’époque, Mohamed Traoré, et puis par le Général Conté qui était à ce moment-là au Camp Samory. Il m’a reçu avec beaucoup d’humilité et de simplicité. Il avait écouté les dépositions cette fois-ci vraies des rescapés à travers l’émission de Facely de Mara « A vous la parole ». Quand je suis rentré donc, le Président Conté a dit : « C’est Petit Barry le rescapé ! Il faut venir nous aider. » Un moment, j’ai pensé revenir, mais les circonstances ne m’ont pas permis de le faire; parce que j’avais des engagements auprès des Nations Unies. Mais j’ai suivi de près ce qui se passait en Guinée. Et j’ai été frappé par deux ou trois choses.

La Guinée a été agressée en septembre 2000 par des rebelles venus de la Sierra Leone et du Libéria. Le gouvernement a mobilisé toute la jeunesse pour défendre le pays. Mais il n’a pas profité de cette agression pour régler des comptes, contrairement à ce qui s’est passé lors de l’agression du 22 novembre 1970. Mais ce que je reproche à Sékou Touré, c’est d’avoir profité de l’agression pour impliquer des citoyens guinéens innocents qui étaient tous des patriotes et qui avaient tout donné à leur pays. On a profité de l’agression pour dire qu’il y a des complices intérieurs qui avaient préparé le lit de l’agression. On a arrêté, tué et pendu des innocents. C’est ce qui est condamnable. Cela veut dire qu’on peut gérer une agression extérieure sans créer l’amalgame, sans en profiter pour détruire des adversaires politiques qui s’étaient tous du reste ralliés au P.D.G. dans l’élan patriotique du 28 septembre 1958.

Le deuxième point, c’est le procès. Le procès sous la première République se faisait sans avocat. Nous, on n’a jamais eu d’avocat. C’était seulement des bandes magnétiques de la déposition enregistrée qu’on passait. Le détenu n’apparaît pas. Il ne peut pas s‘expliquer, se défendre; seule la bande magnétique sert de preuves. Or, vous le savez, en matière de droit pénal, la bande magnétique ne peut pas être utilisée comme preuve. En comparaison, je vois ce qui s’est passé ici quand il y a eu la mutinerie des soldats en février 1996, des soldats qui se sont mutinés et qui ont attaqué le Palais des Nations. Là, c’était quelque chose d’avéré. Puisque le chef de l’Etat était à l’intérieur du palais. Il pouvait donc dire que c’était une tentative d’assassinat. Mais ceux-ci ont eu droit à « un procès équitable ». Le procureur était un militaire ; les accusés ont eu des avocats, on leur a donné la parole pour se défendre. Et puis ils ont été condamnés à un maximum de 10 ans de prison. Aucun n’a été condamné à mort. Et quand ils étaient en détention (j’ai rencontré certains d’entre eux) ils recevaient des visites, ils avaient la radio, des journaux. Quand ils étaient malades, ils pouvaient aller à l’hôpital. Et puis quand ils sont sortis, on les a radiés de l’armée, ils ont pu reprendre leur vie normale. Comme quoi, on peut gérer un procès de manière équitable. Tandis que, ceux qui ont été arrêtés sous la première République, n’ont jamais eu droit à un procès équitable. C’est ce que j’apprécie sous la deuxième République. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui se fait sous cette deuxième République est parfait. Il y a encore des violations massives des droits de l’homme qui se font certainement à plusieurs niveaux. Mais c’est là un exemple.

L’autre bon exemple, c’est le procès des gangs en 1995. Des gens qui ont du sang dans les mains, qui ont tué avec des armes de guerre. Mais ils ont eu un procès équitable et ont été condamnés en fonction de leurs responsabilités. Cela veut dire qu’on peut gérer des problèmes très graves de manière sereine si on a un peu d’humanisme et si on pense à l’avenir. Plus on est transparent, mieux c’est pour l’avenir de notre pays. J’aimerais encourager les jeunes qui travaillent dans les médias publics et privés (journaux, radios, télévision) à assumer pleinement leur responsabilité car les Guinéens sont de plus en plus habitués à la liberté d’expression. Faîtes mieux que nous. Je vous envie. J’aurais bien aimé avoir 20 ans encore, reprendre ma plume, le micro et pouvoir travailler dans la liberté sans qu’on ne me dise ce que je dois faire et en mon âme et conscience.

Si les Guinéens ont pu accéder à l’indépendance, c’est parce qu’ils étaient unis. De la même manière que nos ancêtres se sont unis toutes ethnies confondues, dans la résistance à la pénétration étrangère. Si vous prenez les différentes régions de la Guinée, Almamy Samory Touré en Haute Guinée, Zégbéla Togba en Guinée Forestière, si vous prenez la résistance Toma qui a duré jusqu’en 1911 (les gens l’oublient souvent) ceux-ci ont tellement résisté à la pénétration coloniale que les français ont finalement donné toute la région forestière y compris Beyla, au Liberia. Mais ce sont les Libériens qui n’ont pas effectivement occupé ce territoire. Si vous prenez les Koniaguis, le chef Talou Yèlè, il a infligé une défaite cuisante à l’armée française. En Basse Guinée, vous avez Dinah Salifou, au Fouta Djallon, Almamy Bokar Biro, Alpha Yaya Diallo qui a été déporté deux fois ; il y a eu des résistances dans toutes les régions de la Guinée.

A l’occasion du cinquantenaire de la Guinée, on devait faire le bilan au lieu de dresser des statues sans signification, on aurait pu placer des statues des héros des différentes régions du pays au niveau des grandes places publiques et des grands carrefours non seulement à Conakry mais dans toutes les régions du pays. Le cinquantenaire doit être l’occasion de réhabiliter toutes les grandes figures de notre histoire qui ont permis à la Guinée d’être ce qu’elle est. Parce que la lutte menée contre la colonisation, c’est la continuation de la lutte de nos ancêtres. Il y avait le PDG qui, finalement, avait remporté une victoire éclatante en 1957. Il a eu 57 sièges sur 60 aux élections à l’Assemblée

Territoriale (.) mais il y avait aussi les autres partis le Bloc africain de Guinée de Diawandou Barry, la Démocratie socialiste de Guinée de Barry III, il y avait Habib Tall avec sa région de Dinguiraye le descendant de El hadj Omar Tall : tous ceux-ci ont contribué à l’indépendance de la Guinée. Parce qu’aucun n’a voulu collaborer avec les colons français. Les colons cherchaient un leader sur lequel ils auraient pu s’appuyer. Ils l’ont fait au Niger avec Hamani Diori. Alors qu’il y avait le parti ’’Sawaba’’ de Djibo Bakary. Hamani Diori a dit oui et la même chose s’est passée au Cameroun où l’union des populations du Cameroun (UPC) de Ruben Oum Nyobé et de Felix Moumié, qui avaient voté non et se sont retrouvés exilés en Guinée, parce que Ahidjo a dit oui et a reçu l’appui de la France. Tous les Guinéens ont décidé de mettre l’intérêt de la Guinée au-dessus de tout. A suivre…

Propos recueillis par Mamadou Dian Baldé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
rama mara, jeudi 1 janvier 2009
les tueries de juillet 85 sont la suite logiquedes executions perpetrees sous la premiere Republique il faut tirer les lecons du passe pour ne pas nous exposer a des repetitions il faut eviter les eceuils du passe.Merci mr Barry votre temoignage nous sert vous etes un monument continuez a aider le pays nous avons besoin de savoir.
ansoumane camara, mercredi 31 décembre 2008
salut a tous je crois qu`il est temps pour les guineens de tourner la page sans quoi il n`aura pas de changement ou de progres ce qui est fait est fait .voyons l`exemple dans nos pays voisin .bien vraie que le pardon n`est pas synonyme d`oublier mais avec la haine on ne peut rien mes freres guineens alors l`histoire sekou toure .lansana conte c`est du passee nous .nous devons travailler main dans la main pour batir une nouvelle guinee je vous remercie ansou2eva2000@yahoo.fr
sangare ousmane new york, mercredi 31 décembre 2008
VOUS PARLEZ DE JUGEMENT DES MUTINS DE 1996 ET DU PROCES DES GANGS.ET LES PERSONNES ARRETEES DAN LES EVENEMENTS DU 4JUILLET 1985 EST CE QU`ILS EU DROIT AU JUGEMENT OU BIEN EST CE QU`ILS ONT EU DROIT AUX AVOCATS.DONC SI VOUS VOULEZ PARLER EN OUBLIANT LA LOGIQUE PARDON TESIEZ VOUS.
Lamarana Diallo, Londres, mardi 30 décembre 2008
Mr Souleymane, a voir votre introduction on sent que vous cherchez juste a etre desagreable. On dit pas a quelqu`un qu`il ment dans ce genre de scenario car vous ne disposez qu`un temoignage de quelqu`un qui n`est meme pas credible aujourdhui en Guinee. Qu`est ce qui dit que Tchiana lui dit la verite? D`apres vous tchiana dit avoir trouve les cles avec quelqu`un au camp! Mr Barry aussi affirme(comme Portos d`ailleurs qui est aussi vivant)que les cles ont ete recuperees avk Sekou Toure. Vous vous etes pas dit, Mr Souleymane, que Tchiana aurait recupere la cle des mains de celui qui les avait prises a la presidence?
Souleymane, mardi 30 décembre 2008
Mr BARRY cessez de mentir à votre âge là.Vous avez dit que c`est Sékou qui avait les clés des munitions pendant l`agression portugaise du 22 novembre 70.C`est faux et archi faux.Le mois passé Mr Tchiana DIALLO a fait un témoignage à la Radio Djoliba FM sur l`agression du 22 nov.Dans ce témoignage il dit que contrairement à ce que les gens racontent c`est pas sékou qui avait les clés de la poudrière.Que lui Tchiana DIALLO est allé au Camp Alpha Yaya DIALLO trouvé un là-bas qui avait les clés.Ce Mr a ouvert les portes de la poudrière et lui remis des caisses d`armes pour les deux chars de combat que conduisaient lui et un de ses neveux. Les lecteurs Guineeactu.com peuvent demander au service des programmes de Djoliba FM pour la rediffusion du témoignage de Tchiana. Pourquoi Petit BARRY ne cite pas les gens comme Tchiana? Tchiana est encore en vie. Il connaît beaucoup de choses.Petit BARRY ne cite que des gens qui sont déjà morts.C`est dommage.
Bangaly Traore, mardi 30 décembre 2008
Merci mr pour votre temoignage ont a vecue les meme evenement le 4 juillet 85,j`etais arretee le 5 juillet 85 conduit au pm3 pour 15jours a l`age de 17ans,il faut la justice dans notre pays,c`est la solution pour la reconciliation nationale.
Alimou Camara, mardi 30 décembre 2008
Cher Mr Barry, vous rendez hommage à nos chers disparus de la meileure des manières: en sauvegardant leur mémoire, en restituant la vérité des faits et la vérité des hommes. Le pays a besoin de votre parole haute et libre pour grandir. A quand votre livre témoignage?
Salami Jean Pierre, lundi 29 décembre 2008
Monsieur, Je suis heureux de lire le temoignage de de petit Barry.j`étais un amis de ses neveux. La vue de son diplôme de ciences politiques à conakry chez son frère OUMAR m`a incité à faire cience-po lyon. Encore merci

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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