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Le 24 septembre, Cheick Mohamed Konaté, membre du Bureau Exécutif de l’Ufdg, membre du directoire de campagne de l’Alliance “Cellou Dalein Président” nous est venu très remonté à bloc. Il mérite bien le surnom de “Bazooka”.
Le Lynx : La crise de leadership au sein de la Céni monopolise l’attention.
Cheikh Mohamed Konaté : Dans la Salle des congrès du Palais du peuple, le président de la Transition, Général Sékouba Konaté a prononcé un discours devant l’ensemble des corps de l’Etat, les institutions de la République et les représentants de la communauté internationale. Le président de la Transition, très clairement, a mis chacune des institutions devant ses responsabilités, soulignant qu’il a terminé son boulot : “ J’ai fini ma part, j’ai accompli mon devoir, j’ai terminé ma mission. Je suis encore-là présent à vos côtés, tout simplement pour vous aider à terminer la vôtre”. Le Général ajoutait : “ Parce que la Nation a besoin d’être rassurée, parce que les concitoyens ont besoin d’être rassurés, l’armée sera à la disposition du président démocratiquement élu ”. Il a dit aussi qu’il tient à l’indépendance de la Céni, parce qu’il faut cela pour que la Céni puisse en toute impartialité et dans l’équité absolue gérer, piloter le processus électoral. Il a rappelé le rôle éminemment positif joué par la communauté internationale pour accompagner la Guinée. Ayant compris le souci exprimé par le Chef de l’Etat, la vision du chef de l’Etat et sa disponibilité à les accompagner, les membres de la Céni se sont retrouvés afin de discuter de la question. La présidente par intérim de la Céni Hadja Aminata Mame Camara a convoqué, ès qualités dès après le palais du peuple, une session plénière de la Céni. Avec un seul point inscrit à l’ordre du jour : “ L’analyse et l’adoption du chronogramme du scrutin du deuxième tour assortie d’une proposition de dates. ” Elle a présidé les travaux de cette session. L’ordre du jour complètement épuisé, l’analyse du chronogramme est faite, le chronogramme est adopté, assorti d’une proposition de date : le 10 octobre 2010.
Mais, tout parait normal jusque-là…
Laissez-moi aller au bout de mes idées ! L’ordre du jour épuisé, la présidente a voulu lever la séance lorsqu’un membre de la Céni a dit “ après avoir évacué cette question, nous pouvons maintenant discuter de l’élection du président de la Céni ”. La présidente répond : “ Je ne refuse pas, je veux bien qu’on en discute, mais je souhaiterais vivement que cette question soit renvoyée à une autre session, demain. ”. Des membres de la Céni ont dit : “ Non ! Ne reportons pas, il faut que l’élection soit faite ! ”. Hadja Mame répond : “ Je suis désolée ! ”. Il a levé la séance et elle a quitté la salle. En dépit de tout cela, ceux qui voulaient organiser les coups de forces sont restés. D’autres membres de la Céni qui sont légalistes se sont levés, l’ont suivi. Peu après, les putschistes sont allés demander la Présidente de revenir continuer les travaux. Pourquoi cela ? Tout simplement qu’ils reconnaissent que Hadja Mame Camara qui a qualité de présider les travaux. Elle n’a pas voulu retourner. Elle est rentrée chez elle. C’est en ce moment que, un membre de la Céni, en la personne de Biro Baldé a été choisi par les organisateurs du coup de force pour demander à Biro Kanté de présider la session. Une session qui auparavant n’avait pas été convoquée par Biro Kanté, ni présidée par Biro Kanté. Comment peut-on demander à quelqu’un qui n’a pas convoqué une réunion, qui n’a pas présidé une réunion et qui n’a pas qualité de convoquer une réunion de présider une session alors que le point qu’on veut discuter n’est pas auparavant inscrit à l’ordre du jour ?
La morale de tout ça ?
Ça n’est pas sérieux ! La Céni, dans sa composition originelle avait trois branches essentielles : la majorité présidentielle, l’opposition (dix membres, dix membres), le Conseil national des organisations de la société (trois membres) ; l’Administration. La Céni c’est encore cela. La Céni et c’est cela la Céni. La Céni, ce n’est ni les partis politiques seulement, ni la société civile seulement, ni l’Etat seul. Les trois réunis composent la Céni. Comment peut-on organiser une élection quarante-huit heures seulement après l’enterrement du président de la Céni, lequel vient de la société civile ? Sans attendre que la société civile désigne le remplaçant de son délégué ? Feu Ben Sékou Sylla, c’est d’abord et avant tout le Conseil national des organisations de la société civile qui l’avait coopté pour être membre de la Céni. Me Abas Bangoura, démissionnaire, avait été désigné par le Conseil national des organisations de la société civile. Le premier décède, le second démissionne, il fallait donc, pour respecter l’esprit et le corps de la Céni, demander au Conseil national des organisations de la société civile de désigner deux des siens à la place du défunt et celle du démissionnaire. Mon frère et ami Cheick Fantamady Condé est membre de la Céni. Après, il a été appelé à de hautes fonctions dans l’Administration publique (Chef de cabinet, puis ministre de l’Information) Il est dit que les ministres, gouverneurs, préfets, maires, présidents de Crd, chefs de quartier et présidents de districts ne peuvent pas cumuler, être en même temps membres de la Céni. Cheick Fantamady est ministre, il ne peut être membre de la Céni. Mais, il est revenu bonnement siéger au sein de la Céni. C’est a-n-o-r-m-a-l !
L’Alliance Cellou Dalein Président a officiellement protesté contre. L’Administration était en droit de proposer son remplaçant. Il fallait attendre que le Conseil national des organisations de la société civile désigne deux de ses représentants pour remplacer le défunt Ben Sékou Sylla, le démissionnaire Me Abas Bangoura, il fallait que l’Administration désigne le remplaçant de Cheick Fantamady Condé. Avec ça, la Céni, dans sa totalité de se membres peut, valablement, se retrouver et élire éventuellement un nouveau président de la Céni. C’est un consensus à l’interne.
Donc, selon vous, ce n’est vraiment pas ça ?
En plénière de la Céni (précisément le samedi 17 septembre), Biro Kanté, qui est du Pdg-RDA, a fait lecture d’une lettre du RPG récusant Hadja Aminata Mame Camara, au motif qu’elle est du PUP qui a le péché d’être membre de l’Alliance Cellou Dalein Président. Dans la même lettre, El Hadj Amadou Oury Baldé est récusé par le RPG, pour appartenir à l’Upr, membre de l’Alliance Arc-en-ciel. Rien que de plus équitable, mais vu d’apparence seulement. Car, dans le même temps, la lettre propose Monsieur Louncény Camara président de la Céni. Et c’est ce Biro Kanté-là que les organisateurs du coup de force choisissent pour présider les travaux ! Vous êtes capitaine d’une équipe, je suis capitaine d’une équipe, nous jouons une finale, et je vous propose un arbitre ! Voilà l’imposture. L’arbitre a été proposé par le RPG. Nous refusons. Nous ne sommes pas contre la personne de Loucény, mais les conditions et les motivations de la manœuvre qui veut l’imposer à la tête de la Céni.
Le Pr Alpha Condé dit qu’il savait Ben Sékou Sylla proche de l’Ufr, mais qu’il ne l’avait pas récusé pour autant. Il dit également que même si on mettait un singe à la tête de la Céni, ce ne serait point son problème. Enfin il affirme que Lounsény Camara n’a jamais été un militant du Rpg.
Dans ces propos d’Alpha Condé, je relève trois choses. Premièrement, quand il dit que Ben Sékou Sylla était un membre connu de l’Ufr, et qu’il ne l’a jamais récusé. Eh bien, personne ne l’en a empêché. Il était libre d’accepter ou de ne pas accepter cela. Il aurait dû dénoncer l’appartenance de Ben Sékou Sylla s’il en avait les preuves et le dénoncer devant la nation pour dire que cela peut avoir un caractère injuste. Il ne l’a pas fait, il a accepté, c’est consommé, Ben est mort. Deuxièmement, M. Alpha Condé dit que même si c’est un singe qui est à la tête de la Céni. Nous “ Alliance Cellou Dalein Président ”, nous avons assez de respect pour la Guinée et pour ses institutions pour ne pas mettre un singe à la tête d’une institution républicaine. Notre respect de nos institutions fait que nous ne voulons pas des singes à la tête de nos institutions mais des hommes, intègres, à la moralité au-dessus de tout soupçon. Troisièmement, Pr Alpha Condé affirme que Louncény Camara n’est pas membre du Rpg. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais croire cet homme qui n’a pas de cohérence doctrinaire, qui dit une chose aujourd’hui, demain son contraire. Une seule chose l’intéresse : le pouvoir d’Etat. Il est prêt à faire alliance avec le diable pour avoir le pouvoir. Mais nous lui disons que les voix qu’il n’a pu avoir dans les urnes, ce n’est pas dans les combines qu’il les aura. La souveraineté du peuple de Guinée doit s’exprimer à travers les urnes, non par la manipulation et l’instrumentalisation des hommes et des institutions de la République. La République n’est pas un mouchoir dont on use et qu’on jette. Des hommes, des femmes, dans ce pays se sont levés et se sont battus pour le changement démocratique. Le changement a des visages, des noms. Le changement en Guinée porte le visage et la marque indélébile de Hadja Rabiatou Sérah Diallo, feu Dr Ibrahima Fofana, Louis M’Bemba Soumah, Yamodou Touré, Yamoussa Touré, Baldé de l’intersyndicale. Eux, ils ont pu se transcender, mettre en place une intersyndicale, fonder le mouvement social, dont Ben Sékou Sylla que les gens ont essayé de salir la mémoire, était le patron. Il a piloté le mouvement social en Guinée avec son petit frère, feu Naby Diakité, pendant qu’il y en avait qui était au bord de la Seine à observer ce qui se passait sur la scène Guinée et pour venir aujourd’hui nous dire qu’on est le champion du changement en Guinée. Nous avons de la mémoire en Guinée. Non ! Les manœuvres dilatoires, souterraines ne passeront pas. Quand tu sais que tu vas gagner une élection, eh bien tu vas à l’élection. Mais depuis trois mois, on nous sort toutes sortes de problèmes dans ce pays. Rappelez-vous, qu’au sein des Forces vives, le problème de la Céni avait été posé, beaucoup de leaders s’étaient engagés dans la voie de sa recomposition, même de son renvoi et de son audit, et c’est le candidat du Rpg qui avait demandé que cela ne soit pas fait, de laisser la Céni telle qu’elle. Après le premier tour, le premier à avoir dit accepter les résultats, c’est bien le candidat du Rpg. Sa seule revendication à l’époque, c’était rapprocher les bureaux de vote des électeurs, ce qui était une bonne chose. Comme Sidya Touré, Lansana Kouyaté étaient encore dans la course, Alpha Condé ne voulait pas être disqualifié. Dès que la Cour suprême a donné les résultats définitifs du premier tour, il a sorti tous les boulets pour tirer sur la Céni, pour la disqualifier. Il l’a incriminée et traînée dans la boue. Et c’est la Guinée, nous nous sommes donc tous engagés dans cette voie-là, et partout dans les médias, bars-café, coins des rues, la Céni était à l’ordre du jour. Entre temps, il instrumentalisait les hommes de la Céni. Mais qu’il le sache, le pays ne lui appartient pas, nous ne sommes pas ses sujets. Chaque fois qu’il a voulu une chose, on la lui a accordée. Nous nous sommes tus, parce que nous voulons la paix dans ce pays. Quand on est fort, on n’est pas insolent, on ne crie pas, on n’est pas violent. La violence est l’arme des faibles. Nous, nous voulons gagner, proprement, par les urnes.
Le Pr Alpha Condé dit que vous ne pouvez pas prouver que Louncény Camara appartient au Rpg…
Qu’est ce qui l’a amené à proposer Louncény, en récusant et Hadja Aminata Mame et El Hadj Baldé ? Nous ne sommes pas des nigauds politiques. A d’autres ! Moi qui vous parle, je suis né et grandi sous la révolution, sous l’indépendance. Nous ne pouvons pas nous laisser manipuler. Nous retournons la balle au candidat du Rpg. Pourquoi alors il a proposé Louncény si Louncény n’avait pas d’attache avec lui, pourquoi il n’a pas proposé Pathé Pr Dieng, El Hadj Baldé Goudron, Abdoul Karim Bah ou Telly Touré ?
Selon le Pr Alpha Condé, ces gens que vous citez sont des proches de l’Ufdg.
Si tous ces gens-là étaient proches de l’Ufdg, vous pensez qu’ils auraient accepté le coup de force qui s’est opéré ? Le leader du Rpg a la réponse, nous ne sommes pas des enfants. Depuis quand un capitaine dont l’équipe est en finale peut-il proposer un arbitre ? Impossible, inadmissible ! C’est lui aujourd’hui qui disqualifie Louncény. Tout politicien professionnel qu’il est, il s’est planté. Il aurait dû tout simplement récuser Hadja Aminata Mame, El Hadj Baldé, point, barre. Peut-être que Louncény aurait-il eu alors les deux groupes pour lui accorder le bénéfice de la bonne foi. Mais si, moi, je viens avec mon arbitre, accepteriez-vous de compéter avec moi ?
Et si le Général Sékouba Konaté confirmait Louncény ?
Le Général Konaté, c’est un homme sérieux, il l’a prouvé. C’est un homme d’honneur. Dans ce pays, le respect de la parole donnée avait cessé d’être une vertu, d’être une valeur. Le Général Konaté a souci d’une bonne sortie pour la Transition, il y va de sa responsabilité. Vous pensez qu’il va tomber dans le piège de l’entourage, se laisser influencer ? En son humble conscience, pour le bien de la Guinée et pour sa stabilité et sa paix, il va trancher, il va arbitrer. Au sein de notre Alliance, nous lui avons toujours fait confiance, nous savons que c’est un homme d’honneur. Il a eu le courage, l’audace et l’humilité de dire : “ Je veux me retirer du pouvoir ”. Il dit : “ Je fais mon boulot et je m’en vais. ” Qui croit que quelqu’un va le retarder, le tromper, lui compliquer la vie ? Il sait qu’il a une chance, exceptionnelle, de rentrer vivant dans l’Histoire, dans le Panthéon, et debout. Vous pensez qu’il va accepter de suivre ceux qui sont déjà à genoux, et ceux qui sont couchés ? Non ! Grand, il n’acceptera pas de suivre les petits.
Les 17 qui ont élu Louncény, vous dites que le Rpg les a manipulés ?
Même s’ils étaient 52, ce n’est pas leur nombre qui importerait. Ce qui nous intéresse ce sont les conditions dans lesquelles l’opération s’est déroulée. Est-ce que c’est légal ? Est-ce que celui qui a présidé la séance était la personne qu’il faut pour présider la séance ? La session qui devait faire l’élection du président de la Céni a-t-elle été convoquée régulièrement ou non, et par qui? Vous me demandez : comment cela s’est fait ? Allez à la Céni, vous sentez l’odeur de l’argent 500 mètres à la ronde. Il y a une cor-rup-ti-on généralisée, à grande échelle. C’est un milliard de francs guinéens qui ont été distribués ! Et pas de corrompus, sans corrupteur ! Louncény Camara était le DAF (Directeur administratif et financier) de la Céni. Avez-vous vu ou entendu un jour un appel d’offres de la Céni ? Ce sont des marchés de gré à gré et les commissions ne tombent que dans le bureau de M. Louncény. Ils veulent qu’on déballe ? On va déballer. Et la Guinée saura. Certains ont demandé un audit, d’autres comme Alpha Condé a refusé ? C’est le candidat du Rpg qui a refusé l’audit et c’est lui qui propose Louncény. Et on porte Louncény. Ça suffit ! La Céni n’appartient pas à un parti politique, ni à un candidat. Elle appartient à la nation guinéenne, elle est une institution de la République. Nous voulons une Céni au-dessus de tout soupçon, indépendante, qui ne fasse pas douter de ses opérations. Prenez les 24 points de revendication. Aujourd’hui, on fait croire que ce sont des points qui sont issus du chronogramme du Rpg. Faux ! C’est Hadja Rabiatou Sérah qui a invité la Céni, les différentes institutions à se retrouver autour du CNT pour faire le diagnostic du premier tour de l’élection présidentielle. C’est au cours de ce diagnostic, que ces 24 points ont été dégagés. C’est donc un acquis à l’actif des institutions de la République, non d’un parti, d’un individu. Nous disons les choses telles qu’elles se passent. Parce qu’après les élections, la Guinée doit continuer à vivre. Nous sommes pour la fraternité entre les Guinéens, pour la non-violence, nous refusons la tribalisation du débat politique. Les germes de l’ethnisme sont à extirper du corps de l’Etat et de la République.
Le Lynx
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