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Tout récemment M. Bah Oury, Vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée(UFDG), a accordé une interview au site guinee58.com, interview que votre site a le plaisir de vous faire partager.
Guinee58 : Bonjour Monsieur Bah et nous vous remercions d’avoir accepté de répondre aux questions de notre rédaction. Vous êtes actuellement en France, pouvez-vous nous dire ce qui motive votre séjour au pays de Montesquieu ?
Bah Oury : Mon séjour en France répond à deux objectifs principaux. D’abord, il s’agit de revoir et partager avec ma famille les fêtes de fin d’année. Comme vous le savez, depuis près de quinze mois je n’avais pas vu les miens. Donc c’est l’occasion pour moi de revoir mes enfants et mon épouse. Ma famille m’a beaucoup manqué, mais les combats politiques engagent des sacrifices et ce d’autant qu’on se bat pour son pays et pour de si nobles causes comme la démocratie, l’Etat de droit et le progrès économique et social. Ensuite, après deux années de transition politique très éprouvante, refaire le point avec les amis politiques et les membres de l’UFDG en Europe et particulièrement en France, est une nécessité absolue à laquelle je me plie avec grand plaisir. Nous souhaitons que les structures de base s’impliquent davantage dans l’animation et le fonctionnement du parti. Et la fédération France de l’UFDG est appelée, autant que les autres fédérations de l’étranger, à jouer un rôle majeur dans la nouvelle impulsion que nous comptons donner à l’UFDG, qui doit être la force motrice de l’opposition.
Le processus de la transition vient de s’achever avec l’intronisation du professeur Alpha Condé. Quel regard portez-vous sur ce processus ?
Faire le bilan du processus de transition qui a abouti à l’installation de M. Condé Alpha à la magistrature suprême de notre pays, exige un profond partage des réflexions et des expériences vécues pendant ce processus. C’est ce travail que nous avons engagé au sein de l’UFDG et nous entendons procéder à une analyse approfondie tant sur la transition elle-même que sur le fonctionnement de notre parti.
Toutefois, de mon point de vue, la transition politique qui a été pilotée par le Général Sékouba Konaté a évolué en dents de scie. De janvier 2010 à l’organisation du premier tour de l’élection présidentielle le 27 juin dernier les autorités de la transition ont paru s’acquitter de manière satisfaisante de leur rôle. Avec le recul, je réalise qu’elles ont été prises de court et surprises par l’écrasante victoire de notre candidat au premier tour. Et le très mauvais score de M. Condé Alpha, qui a failli être éliminé dès le premier tour, les a contraints à montrer leur vrai visage. Je rappelle d’ailleurs que sans l’annulation des votes dans certaines circonscriptions, El hadj Cellou Dalein Diallo aurait gagné l’élection dès le premier tour. La dynamique populaire et les espérances de la nation toute entière étaient portées sur notre candidat, qui était porteur d’un message de paix et d’un véritable projet de société pour notre pays.
Le processus au lendemain du premier tour est entré dans des convulsions multiples. D’abord le choc Sydia Touré - Sékouba Konaté, puis une implication plus ouverte du Premier Ministre, Jean-Marie Doré, pour tordre le cou aux règles républicaines, abandonnant la voie de la neutralité en s’affichant nettement pour Alpha Condé. Il s’est même permis de battre campagne pour M. Condé Alpha dans certaines préfectures du pays, notamment en Guinée Forestière, aux mépris des normes démocratiques et du principe de neutralité. D’où la tentative de modifier la constitution pour inféoder la Commission Nationale Electorale Indépendante au Ministre de l’Administration du Territoire, puis la passivité coupable des deux principaux acteurs de la transition, face aux manœuvres et aux provocations de M. Condé Alpha et de son alliance.
Toutes les institutions de la République ont fermé les yeux sur le viol des règles élémentaires de l’Etat de droit. Le prolongement de la durée séparant les deux tours de plus de quatre mois, l’inféodation de la Radio Télévision Nationale au candidat Condé Alpha, l’implication de certains préfets et gouverneurs de région dans la campagne de la coalition du RPG et l’intimidation des cadres et fonctionnaires de l’administration. Ils ont poussé le cynisme jusqu’à leur passivité devant les violences, qui étaient organisées pour déstabiliser nos partisans. L’utilisation des forces de défense et de sécurité pour servir de forces auxiliaires au RPG, l’exacerbation de la haine ethnique et la violence orientée contre la communauté peuhle, notamment à Siguiri et Kouroussa avec près de trente mille déplacés au vu et au su des institutions nationales et internationales, montrent que tout ceci n’aurait pu être possible sans l’appui occulte du Premier Ministre et du Président de la transition.
Plus particulièrement quel jugement portez-vous sur la gestion de cette transition par le Général Konaté et Jean-Marie Doré, respectivement Président et premier ministre de la transition ?
La transition est arrivée à terme après de lourds sacrifices de l’ensemble du peuple de Guinée. En soit c’est une bonne chose pour les populations que notre pays retrouve le concert des nations fréquentables. C’est aussi beaucoup d’espoir qui naissent et nous espérons, bien que nous en doutions fort, que les nouvelles autorités se montreront responsables et soucieuses de la détresse du plus grand nombre. Malheureusement tout laisse croire que l’échec de Monsieur Condé Alpha sera patent et préjudiciable au peuple de Guinée, à qui il a promis les délices du paradis.
Pour le reste, la gestion de la transition, n’a pas été brillante. D’abord au niveau économique et social, le gouvernement de transition n’a pas répondu à la souffrance populaire. Les populations n’ont pas ressenti le gap, en tout cas sur l’amélioration du quotidien, entre le gouvernement de transition et le précédent, celui de Monsieur Kabiné Komara.
Sur le plan des libertés et des droits de l’homme, le différentiel entre les deux gouvernements n’a pas non plus été significatif (pour employer le langage statistique).
Par ailleurs, sur le volet politique qui était la mission principale de l’ensemble des autorités de la transition, force est de constater que le processus électoral par exemple a été géré de façon assez partisane en faveur d’Alpha Condé. D’abord parce que les autorités de la transition, garantes du respect des textes, n’ont pas su faire respecter la constitution. Le deuxième tour qui devait avoir lieu, comme je l’ai déjà dit, deux semaines après la proclamation des résultats définitifs du premier tour par la Cour suprême, n’a eu lieu que quatre mois plus tard.
En outre, le général Sékouba Konaté, en qui nous avons fondé toute notre confiance et ce durant tout au long du processus, n’a pas été sincère à notre égard, alors que nous lui avons facilité la tache en contenant la colère de nos militants, très disciplinés mais qui sont assoiffés de liberté et épris de démocratie. Et de ce fait très engagés et déterminés à faire respecter le droit. Nous avions les moyens populaires et surtout la légitimité politique, avec les 44% d’El hadj Cellou Dalein Diallo du premier tour, d’engager un bras de fer avec les autorités, mais pour la paix civile et la quiétude sociale nous avons su calmer les esprits et contenir la colère, que nous sentions monter de jour en jour au sein de l’ensemble des populations guinéennes. Mais généralement l’expérience montre que la bataille politique nécessite parfois des bras de fer pour que vérité et éthique triomphent.
Personnellement j’ai été violenté par le Général Sékouba Konaté au domicile d’El hadj Cellou. Il a refusé de me serrer la main et ses gardes m’ont fait sortir manu militari de la concession en violant ainsi les règles élémentaires de savoir vivre. Mon crime est d’avoir exigé le départ de Louncény Camara de la présidence de la CENI que celui-ci a usurpée en piétinant le règlement intérieur de l’institution. Je rappelle que le CNT, le Conseil Economique et Social et le Comité National de la Communication avaient déjà fait un communiqué dans ce sens. Je ne comprends toujours pas comment le Général a su développer une telle animosité envers moi quand bien même j’ai toujours eu un profond respect pour l’homme et le Président qu’il a été.
Justement, beaucoup d’observateurs ont eu le sentiment que l’UFDG a accordé une confiance aveugle au Général Konaté, que certains accusent d’avoir fait le jeu d’Alpha Condé. Quelle est votre lecture de la relation de confiance avec le Général ?
Nous n’avons pas eu une confiance aveugle envers le général Konaté. Nous avons seulement estimé que pour que des personnes travaillent ensemble, il faut une confiance éclairée et sans réserve et c’est cela que nous avons fait. Maintenant, encore une fois, je constate que notre confiance a été trahie et nous en tirerons les leçons pour le futur.
Cellou Dalein Diallo, le candidat de votre parti, arrivé largement en tête avec 44% au premier tour et avec le ralliement de Sidya Touré arrivé troisième avec 13% au premier tour, était donné grand favori du deuxième tour et à l’arrivée c’est lui qui perd l’élection. Quelle analyse faites-vous de cette défaite?
Les adversités étaient nombreuses. D’abord les deux autorités de la transition qui s’étaient rangées dans le camp de l’Arc-en-ciel ont favorisé l’organisation d’un système de fraudes à tous les niveaux pour faire gagner par tous les moyens Alpha Condé. Ils ont volé les ordinateurs de la CENI et simulé un incendie pour subtiliser du matériel électoral, tels des procès-verbaux vierges. Tous ces matériels volés ont servi après à fabriquer des résultats en faveur de Monsieur Condé Alpha.
Puis la campagne de haine et de violence ethnique avec la complicité et la passivité des mêmes autorités a été le second facteur qui a complètement dénaturé la campagne électorale. Au niveau de « l’Alliance Cellou Dalein Président » nous avons organisé une campagne électorale mais pas une guerre. En plus, la défection de la CENI qui a préféré ignorer nos pertinentes revendication sous le prétexte fallacieux que l’article 162 du code électoral n’est pas du ressort du Président de la CENI, et surtout le refus de la haute juridiction du pays de dire le droit ont permis à l’Arc-en-ciel de nous ravir notre légitime victoire.
Mais je voudrais dire au peuple de Guinée que malgré la fraude industrielle qui a été mise en place en faveur de Monsieur Condé, nous avons gagné l’élection dans les urnes, en coulisse cela est reconnu au plus haut niveau de l’Etat. Seulement, du fait que toutes les autorités de la transition s’étaient rangées derrière le camp adverse nous n’avions plus les moyens de protéger cette victoire. Ce faisant, nous avons accepté les résultats définitifs, encore une fois, pour garantir la paix civile et la quiétude sociale. Notre pays ne pouvait pas sombrer dans des violences sans lendemain et au nom de l’intérêt général nous avons accepté les résultats définitifs publiés par la Cour suprême. Cette noble attitude, nous honore et montre combien notre parti est soucieux des principes qui fondent le vivre ensemble.
La lecture des résultats du deuxième tour montre que l’électorat de Monsieur Touré n’a pas respecté ses consignes de vote. Est-ce que vous pouvez nous dire ce qui s’est passé au cours de la campagne ?
Il nous faut pouvoir évaluer l’ampleur de la fraude qui a été orchestrée en Basse-Côte pour avoir une réponse fine par rapport au non report des voix de M. Sidya Touré sur El hadj Cellou Diallo. Ce que je peux dire, c’est que nous avons travaillé la main dans la main avec l’équipe de campagne de l’UFR qui avait fusionné avec la nôtre pour préparer le deuxième tour.
Monsieur Touré aurait-il perdu son électorat dans l’entre deux tours et selon vous pourquoi ?
Vous savez, Sidya Touré est un homme de conviction et de valeur. Il a estimé qu’il a beaucoup plus de valeurs communes avec l’UFDG et je vous rassure que c’est pourquoi il a apporté son soutien à El hadj Cellou Dalein Diallo. Aussi, je reste persuadé que les hommes de conviction ne s’égarent jamais et les militants qui leur font confiance ne s’égarent jamais derrière eux. Par ailleurs, les Guinéens sont reconnaissants des réalisations que Monsieur Touré a apporté à notre pays. Il fait partie avec El hadj Cellou Dalein Diallo de ces rares hommes politiques de notre pays qui, aujourd’hui, peuvent revendiquer un bilan, puisque tout le bilan de Monsieur Condé Alpha est d’avoir été président en France d’une association de loi 1901. Je suis persuadé qu’un homme de valeur comme Monsieur Touré ne peut perdre son électorat. Mais vous savez les militants de l’UFR ont subi tellement de pression alors que les nôtres ont été tellement violentés.
Au sein de l’UFDG vous êtes vu comme un homme radical par certains observateurs, qui estiment que vous êtes très idéologue. Qu’en est-il Monsieur Bah ?
Une campagne insidieuse est organisée pour me présenter comme un homme ayant des positions radicales voir même extrémistes. J’ai eu à lire des allusions de ce genre dans certains journaux. C’est de bonne guerre.
Lorsque des adversaires vous présentent comme un radical, vous pouvez considérer cela comme un compliment. Vous savez, dès 1987 j’ai été l’un des fondateurs de l’Organisation Guinéenne pour la Défense des Droits de l’Homme en Guinée (OGDH) dans des conditions difficiles. Dr Thierno Madjou Sow de l’OGDH et moi-même avons eu à connaitre la prison pour avoir combattu pour le respect des droits dans notre pays. J’ai été interpellé arbitrairement en octobre 1992, accusé d’avoir commandité une tentative d’assassinat contre le Général Lansana Conté. Il a fallu une mobilisation populaire pour que je puisse recouvrer ma liberté au bout de trois jours d’emprisonnement. Ma carrière professionnelle a connu des évolutions en dents de scie du fait de mon engagement politique.
J’ai été Ministre de la Réconciliation Nationale dans l’éphémère Gouvernement Souaré où nous avons jeté des bases pertinentes contribuant à l’émergence d’une société démocratique et apaisée. J’ai été le Président de l’organisation de la manifestation du 28 septembre 2009 qui peu ou prou a amené le Général Konaté et Jean Marie Doré au pouvoir. Nous avons combattu au cours de la campagne avec les moyens légaux disponibles pour faire prévaloir nos droits en tant que parti et en tant que citoyens. Nous avons enregistré des dizaines de tués et des centaines de blessés au cours de cette période de campagne dans l’indifférence générale des autorités officielles. Nous avons malgré tout prôné la non-violence pour nous faire entendre. Nous avons résisté à la violence de l’Etat uniquement en faisant recours à des démonstrations de masse pacifiques alors que de l’autre côté la répression était aveugle et ciblée. Au même moment les Peulhs de Siguiri et de Kouroussa étaient pourchassés dans leur propre pays sans que le Général Sékouba ne dise mot et que Jean Marie Doré ne daigne intervenir.
Nos convictions démocratiques et notre vision de l’avenir de la Guinée nous ont amenés dans ces circonstances à assumer notre responsabilité. Si c’est cela qui me vaut d’être taxé de radical ou d’extrémiste alors je le suis et je l’assume. Mais au fond les Guinéens dans leur grande majorité savent que je suis un homme de paix, de droit et un patriote soucieux des libertés, de l’Etat de droit et du progrès économique et social. J’ai toujours prôné le pardon et le consens national.
Certains disent « qu’une victoire se prépare au lendemain d’une défaite». On sait aussi que votre parti a montré certaines lacunes dans la stratégie et la communication. Qu’est ce qu’il prévoit pour, dans un premier temps, colmater les brèches et ensuite préparer les prochaines échéances.
Comme je vous l’ai dit, nous allons tirer avec les structures de l’UFDG les leçons de cette campagne électorale. Nous allons le faire sans complaisance pour préparer notre victoire prochaine. Aucun aspect de notre activité ne sera soustrait à cet examen. L’UFDG doit se préparer efficacement pour les prochaines épreuves politiques dans notre pays. Rassurez-vous, la Direction du parti prendra toutes mesures pour permettre à l’UFDG de moderniser son fonctionnement. La prochaine victoire sera à ce prix.
M. BAH, pour parler de l’actualité du moment, Mohamed Saïd FOFANA a été nommé premier ministre chef de gouvernement. C’est une personnalité méconnue du grand public et qui ne dispose pas d’espace politique. Certains disent qu’Alpha CONDE aurait évité de nommer un poids lourd à ce poste pour ne pas qu’il lui tienne tête. Quelles analyses faites-vous de cette situation?
Ecoutez, il me semble que Monsieur Condé avait annoncé dès le lendemain du deuxième tour, qu’il donnait la primature à ses oncles. Alors à partir de là, faudrait-il, peut-être, que tous les Guinéens soient ses oncles pour accéder à ce poste ? C’est une déclaration scandaleuse, car à partir du moment où Monsieur Condé a prêté serment il devient le Président de tous les Guinéens et à ce titre il doit traiter tous les Guinéens de façon égale et équitable. Il cesse d’être le neveu, le frère ou le cousin de tel ou tel mais le Président de tous. Il est insensé que Monsieur Condé accorde un tel traitement de faveur à telle couche de la population.
Sur le choix de Monsieur Fofana, je n’ai pas d’apriori car j’ai appris à ne juger les hommes que sur les actes qu’ils posent. Et il me semble qu’il aurait été plus rassurant pour les populations que Monsieur Condé fasse appel à un jeune cadre de la société civile ou de la diaspora, afin de donner une nouvelle dynamique et souffler une nouvelle impulsion à la politique économique et sociale et à la gouvernance en général. Monsieur Fofana est un homme du sérail. Il est l’émanation de cette administration que Monsieur Condé Alpha a toujours vilipendée. Mais on n’est pas au bout des surprises avec Monsieur Condé, car souvenez-vous que ce sont les anciens ténors et proches du Général Conté, qu’il a traités de tous les noms d’oiseaux, qu’il est allé chercher pour faire sa campagne, et les mêmes se trouvent être aujourd’hui ses plus proches collaborateurs.
M. CONDE a formé son gouvernement avec 5 ministres à la présidence de la République. Quelle lecture faites-vous de cette concentration du pouvoir au sein de la présidence de la République par rapport aux pouvoirs du premier ministre ?
Laissons quelque temps à M. Alpha Condé pour mettre en place son attelage gouvernemental afin de nous permettre d’avoir une vision globale de ses capacités managériales. D’ores et déjà il est évident que l’amateurisme et les marchandages politiciens l’emportent sur une claire vision de ce qu’il faut faire. Les promesses électorales sont vite oubliées. Au lieu du changement et de la rupture, nous avons la régression et la restauration d’un passé que le peuple de Guinée a combattu en 2006 et en 2007. Les Guinéens apprendront très rapidement la nature de la gouvernance du Président Alpha Condé.
Je tiens quand même à signaler la forte présence des militaires dans un gouvernement civil issu d’un processus démocratique. Nous estimons que notre armée doit se consacrer à sa mission fondamentale qui est la protection de l’intégrité de la nation et des institutions. A l’UFDG nous avons un vrai projet pour l’armée, qui ne se contente pas de lui accorder quelques places dans le gouvernement. Nous avons à cœur de donner à notre armée une bonne formation, des bons salaires et de bonnes infrastructures.
Je note aussi que nous avons, dans une République que tout le monde dit démocratique, un président-ministre puisque Monsieur Condé s’est octroyé le ministère de la défense alors que le poste de Président de la république est incompatible avec l’exercice toute autre fonction.
On peut déjà constater le couac dans le gouvernement avec la démission du général Toto, puis sa reconduction avec prime et promotion. Monsieur Condé avait là une belle occasion d’affirmer son autorité en acceptant cette démission et en nommant un autre à sa place. Mais il s’est plié aux exigences du général et ce faisant il a déjà porté un coup fatal à son autorité personnelle et au gouvernement. L’autorité de l’Etat et celle du Président de la République en particulier est sacrée.
En outre, constatons aussi l’entorse faite aux textes constitutionnels sur les nominations des membres du gouvernement et aux postes civils et administratifs. On se demande déjà où est le premier ministre et à quoi il sert. Lorsque le Général Conté violait la constitution, les gens disaient que ce n’est pas étonnant car il n’est pas intellectuel, mais là lorsqu’un docteur, puis professeur en droit viole les textes, on est en droit de se demander où nous allons.
Par ailleurs, comme vous l’avez dit, Monsieur Condé a nommé un secrétaire général avec rang de ministre d’Etat, un directeur de cabinet et un chef de cabinet (tous les deux avec rang de ministre), et même un intendant général à la présidence. Il faudrait qu’il nous dise explicitement les rôles et les attributions de chacun. En règle générale, on a un soit un secrétaire général ou un directeur de cabinet avec un chef de cabinet mais jamais les trois. Et là, nous nous retrouvons avec des ministres et des super ministres qui vont se marcher sur les pieds sans que Monsieur Condé ne puisse trancher. Nous attendons de voir les prochains arbitrages.
Monsieur Bah, à vous entendre, c’est comme si le cœur de l’Etat était déjà atteint de déliquescence.
Ecoutez, lorsque le Président sort un décret qu’il annule quelques jours après par un autre décret, lorsqu’un ministre revendique et obtient publiquement l’élargissement des attributions de son ministère, lorsque des cadres sont nommés alors même que le gouvernement ne s’est pas réuni en Conseil de ministres, que voulez-vous que je vous dise ? Je rappelle juste que les membres du gouvernement devaient être nommés sur proposition du premier ministre et que certaines nominations administratives doivent être faites en Conseil de ministres.
Oui effectivement pour reprendre votre expression, je dirai que le cœur du pouvoir est déjà atteint de déliquescence.
Nous arrivons au terme de cet entretien, quel est votre dernier mot ?
Faisons rapidement le deuil de notre échec aux présidentielles. Retroussons nos manches et réorganisons-nous de manière plus efficace en impliquant toutes celles et tous ceux qui partagent avec l’UFDG les valeurs universelles de la démocratie, de la solidarité, de la liberté et de l’unité nationale. Nous tendons la main à tous ceux qui rêvent d’une Guinée différente de celle d’Alpha Condé. Nous tendrons la main, aussi bien au sein de la population que de l’appareil de l’Etat, aux déçus du Condéïsme s’ils admettent avoir choisi la mauvaise voie et s’ils s’engagent à bâtir avec l’UFDG une Guinée de paix et prospère.
Ne baissons pas les bras et plaçons notre combat dans le cadre de la reconnaissance des droits de tous les citoyens guinéens sans discrimination et sans exclusive.
Enfin je voudrais que les militants soient rassurés qu’au sein du parti les réflexions engagées tournent autour de la réforme et de l’innovation de notre logiciel d’action (pour emprunter le langage informatique). Et surtout je voudrais réitérer l’esprit d’ouverture du parti. Ainsi, tous les esprits et toutes les énergies porteuses d’espoir sont les bienvenus. El hadj Cellou Dalein Diallo et moi-même ainsi que la direction nationale du parti sommes tous mobilisés et ouverts au dialogue.
Pour finir je voudrais sincèrement remercier le peuple de Guinée pour sa mobilisation et pour la confiance qu’il a placée en El hadj Cellou Dalen Diallo et l’UFDG.
Merci Monsieur Bah
Source : guinee 58
www.guineeactu.com
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