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Le colonel Moussa Kéita, ministre Secrétaire permanent du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) a été interpellé avant les premières lueurs du samedi dernier, puis libéré plus tard dans la journée. C’est à croire que la nouvelle de l’arrestation de cet officier qui traine la mauvaise réputation d’être un farouche opposant à l’accord de Ouaga qui consacre un nouveau départ dans la transition, pouvait réjouir tant la majeure partie de l’opinion.
Le vendredi dernier, la cité bruissait de rumeurs d’une mise en résidence surveillée du colonel Moussa Kéita, ministre Secrétaire permanent du CNDD. Et tard dans la nuit, avant les premières lueurs de l’aube, celui qui s’était taillé un costume de porte-parole de la junte, a été interpellé à son domicile. Puis conduit au PM3, avant d’être transféré à la Maison d’arrêt de Conakry, selon nos sources.
Cette arrestation du colonel Moussa Kéita, confirmée par de nombreuses sources militaires et dont le mobile n’a pas encore été fourni par la junte, n’a toutefois pas surpris les observateurs avertis.
En effet le torchon brûle entre le colonel Kéita et le général Sékouba Konaté depuis que ce dernier s’est aperçu que le ministre Secrétaire permanent du CNDD était de ceux qui voulaient à tout prix torpiller l’accord de Ouaga, qui a donné les pleins pouvoirs au général Konaté, pour assurer l’intérim, pendant que le chef de la junte va poursuivre sa convalescence hors des frontières guinéennes. Moussa Kéita avait d’ailleurs conduit une délégation dans la capitale burkinabè, à la veille de cette signature, pour réclamer le retour au pays de Dadis Camara. Se disant mandaté par le « peuple souverain de Guinée ».
Cette mission composée d’une dizaine d’officiers s’était finalement aperçue que contrairement aux propos du colonel Moussa Tiégboro Camara, qui de retour de Rabat, où il avait été admis dans un hôpital militaire en compagnie de Dadis, après l’incident du 3 décembre, déclarait à cor et à cri que le chef de la junte allait bien, celui qui a conduit le putsch du 23 décembre était toujours mal en point. Pour prétendre encore retourner aux affaires de sitôt.
Sékouba Konaté n’avait pas tort de dire que le capitaine Moussa Dadis Camara était hors de danger, mais que sa remise sur pied totale nécessitait encore du temps et donc de la patience chez ses partisans.
Désabusé, le colonel Moussa Kéita avait fondu en larmes, face à ce spectacle de désolation qu’offrait Dadis Camara, qui peinait à articuler les mots dans la lecture de son discours prononcé pour la circonstance, à Ouaga.
Et selon nos confrères de Jeune Afrique, Konaté avait eu des mots pas aimables à l’endroit du ministre Secrétaire permanent du CNDD, lors de leur rencontre dans la capitale burkinabè. « Je vais te gifler. Si nous étions à Conakry, je t’aurais fait enfermer », avait lancé le président intérimaire au colonel, dans le hall de l’hôtel Laico. Ces échanges houleux ne pouvaient que confirmer la menace qui pesait sur l’accord de Ouaga, avec un Sékouba Konaté décidé à rendre le pouvoir aux civils, ce malgré l’hostilité des proches de Dadis Camara qui n’ont pour seul souci que la sauvegarde de leurs intérêts personnels. La mise hors d’état de nuire de Moussa Kéita, si elle se confirmait ne pourrait que constituer un salut pour le peuple de Guinée qui considère le ministre Secrétaire permanent du CNDD comme l’un de ceux qui ont orchestré les violences du 28 septembre. Bien que n’ayant pas pris part aux massacres, le colonel Moussa Kéita, n’en demeure pas moins l’auteur du slogan « Dadis ou la mort », qui aurait conduit à toutes ces dérives de la junte.
Son interpellation ne doit sans doute pas être le fruit d’un simple règlement de comptes, il y aurait peut-être des griefs contre le colonel Kéita qui lui valent aujourd’hui ses déboires. Il lui serait reproché de vouloir « déstabiliser la transition », di-t-on. L’officier a été tout de même libéré dans la journée du vendredi.
Moussa Kéita qui bénéficie de préjugés défavorables a dorénavant intérêt à faire profil bas, pour ne pas s’attirer de nouveau les foudres du Tigre. « Pour réussir la transition, il faudrait que ceux qui s’y opposent soient écartés du chemin », confie un opposant sous le sceau de l’anonymat.
Ce message, le général Sékouba Konaté doit l’avoir compris. Cela y va de sa survie et de celle du peuple de Guinée. Car le clan de Dadis ne semble pas avoir dit son dernier mot.
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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