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Les 30 promus aux postes de ministres ou de secrétaires d’Etat pourront-ils incarner une nouvelle Guinée, où tout est à (re)construire, même la mentalité ? La question est aujourd’hui sur toutes les lèvres, avec l’avènement –24 ans après la junte menée par un certain Lansana Conté- d’une autre junte au pouvoir, s’efforçant à être crédible aux yeux de la nation et de la communauté internationale.
Venus aux affaires précédés d’une certaine réputation, cette supposée deam team qui a désormais la lourde tâche de commander aux destinées de la nation, doit faire des raisons de son choix, une marque de fabrique. Comme pour s’éloigner adroitement du manteau qui pourrait faire de lui le gouvernement le plus conventionnel. Même après le Président défunt.
Et puisque ces hommes et ces femmes sont subséquemment entrés dans l’histoire, ce seul profil atypique pouvait suffire, pour rassurer et pour redonner aux Guinéens, un mince espoir de mener enfin un train de vie décent, qu’ils n’ont réellement jamais eue durant toutes les années écoulées. Et du temps du fossoyeur de la démocratie, Lansana Conté et du temps de l’autre dictateur, Sékou Touré. Au prix de la faillite morale, politique et humaine de ces deux hommes d’Etat, les Guinéens, dans leur majorité, ont en effet, toujours vécu dans la dèche. Une situation catastrophique qui a forgé en eux, un peuple courageux et volontariste, dont le seul recours est resté la résignation.
Quelle entrée, plat de résistance ou sortie, va nous gaver la nouvelle équipe gouvernementale, en ce jour enthousiaste ? Le tandem militaires-technocrates aujourd’hui dans le starting-block ne saurait avoir pour longtemps un parfum de pure cohabitation. Les nominations fantaisistes, avec ou sans coloration ethnique, le positionnement d’hommes en treillis à certains départements qui pouvaient être gérés par des civils, l’acquisition de la part du lion dans l’attribution des postes, sans véritablement tenir compte des critères gagnants, etc., en disent long sur un divorce programmé, entre notamment, les technocrates civils et ceux du treillis.
Certains analystes pensent pour autant que l’occupation des départements ministériels par les grosses têtes de la junte devrait alarmer peu. L’essentiel, à leur avis, c’est que cette junte parvienne à rendre raisonnable les délais de la transition, bien que celle-ci ne soit pas aussi concertée qu’on l’aurait souhaitée. De toute évidence, la réalité actuelle exige de chacun une extrême prudence. Au risque d’être entraîné encore par l’inaltérable naïveté reconnue aux Guinéens, toujours manipulés, mais jamais conscients des leçons tirées, après s’être fait casser le nez.
Les blâmes orientés que chacun concocte à chaque apparition au petit écran du patron du CDD, pourraient un jour se diriger contre son propre entourage. Aujourd’hui, c’est le tour de ceux qui ont tourné autour du Président défunt. Notamment les seuls civils. Etaient-ils réellement seuls à avoir profité ? On trouvera les réponses certainement avec les nouveaux promus devant s’occuper des audits, s’ils sont menés en toute indépendance.
Quoiqu’il en soit, dans cette équipe gouvernementale, nombreuses personnalités viennent de loin, au figuré comme au propre. Ceux dont le figuré concerne, peuvent faire jouer les prolongations à leur mentor, pour « parachever son œuvre », terme sacré et consacré des faiseurs de rois. Chacun en a la triste expérience partout où il n y a pas un sérieux pilote dans l’avion. Ces autres profiteurs déguisés sont souvent passés maîtres dans l’art, sous nos tropiques. Ils forgeront ainsi petit à petit, une présidence à vie et asseoir une redoutable dictature digne d’un autre âge. Mais si Dadis garde sa lucidité et le patriotisme qu’il évoque à tout va, la Guinée s’inspirera, sans doute, des travaux de Jerry Rawlings.
Pour y arriver, Tierno Monenembo, écrivain guinéen et lauréat du prix Renaudot 2008 estime lui, qu’ « il faut obtenir vite la mise en place de relais institutionnels transitoires susceptibles d’atténuer l’effet militaire sur la vie nationale et de constituer un interlocuteur crédible pour la communauté internationale. Ce pourrait être un conseil consultatif de transition devant lequel serait responsable le Premier ministre. Formée à égale proportion de représentants des partis politiques, des syndicats et de la société civile, cette institution pourrait se transformer plus tard en assemblée constituante habilitée à doter le pays d’une véritable constitution bien au-dessus des circonstances et des hommes. »
Ce qui est clair, la simple profession de foi des militaires ne suffit nullement pour incarner une nouvelle Guinée qui réponde aux deux dernières lettres du sigle mis en place par Dadis et les siens : Démocratie et Développement. Deux termes pleins de signification et qui pourraient, s’ils sont utilisés à bon escient, soigner la Guinée de sa léthargie. Le temps de peaufiner, par ailleurs, une nouvelle et longue ingérence des hommes en arme dans le jeu politique !
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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