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Souvenons-nous. Il nous a quittés il y a deux mois et demi. Ma réaction peut paraître quelque peu tardive. De fait, je l’avais déjà exprimée dans Jeune Afrique. Mais je tiens à la reproduire sur Guineeactu.com. J’avais appris la terrible nouvelle par un flash de Radio France Internationale (RFI) : « Notre confrère Elimane Fall, journaliste à jeune Afrique, est décédé à l’âge de 53 ans, à l’hôpital Bichat, des suites d’un cancer foudroyant ». Pris de malaise au journal, il avait été évacué d’urgence au service de réanimation de cet hôpital où il s’est éteint, le vendredi, 25 avril 2008, en fin de journée. Je n’en ai pas cru mes oreilles. La disparition d’Elimane Fall a éclaté comme un coup de tonnerre dans le paysage médiatique. C’est une perte cruelle et irremplaçable pour Jeune Afrique et pour toute la presse panafricaine. Du coup, c’est une avalanche de souvenirs qui m’ont assailli. J’ai revu en mémoire son arrivée à jeune Afrique, le 1er décembre 1981, où je l’ai précédé d’un mois exactement. Ce jour-là, je ne pouvais pas me douter que nous allions être inséparables, ainsi qu’avec un autre grand du journalisme, Sennen Andriamirado - paix à son âme -, pendant près d’une décennie. En peu de temps, Elimane était devenu l’une des meilleures plumes de la Rédaction de Jeune Afrique. Cela n’est pas étonnant car il était l’un des rares journalistes à avoir fait hypo-khâgne et khâgne (les deux premières années préparatoires à l’entrée de la fameuse Normale-Sup de la rue d’Ulm) au Lycée Henri IV, avant de fréquenter le prestigieux CFJ (Centre de Formation des Journalistes), à Paris. Il avait été major au concours général après le Bac philo au lycée Gaston-Berger de Nioro du Rip, sa ville natale, près de la Casamance au Sénégal. C’est de cette formation classique (latin et grec ancien) qu’il tenait sa grande culture littéraire. Amoureux de la langue française, il savait le sens des mots qu’il maniait avec une maestria inégalable. En vingt-sept années de journalisme, qu’il avait consacrées à Jeune Afrique - il avait quitté l’hebdomadaire pour une brève escapade, de 1999 à 2001, à Jeune Afrique Economie, où j’étais moi-même Rédacteur en chef des numéros hors série -, il avait acquis une notoriété qui avait franchi les frontières du paysage médiatique panafricain. Il avait l’humilité des grands sages. Il était d’un bon conseil. Il avait un jugement sûr que les hommes politiques de tous bords recherchaient avidement. Il ne se préoccupait pas de son apparence physique. La seule coquetterie qu’il se permettait parfois, c’était les chemises de marque, mais qu’il mettait sous n’importe quelle tunique. L’homme était modeste, mais en imposait par son maintien et son intégrité morale. Chaque soir, au sortir du journal, nous allions au « village », un café de l’angle de l’avenue des Ternes et de l’avenue Mac Mahon. Sennen était le chef du village et nous les « talibé ». Les « calebasses » tombaient à n’en plus finir. Puis, on émigrait vers le Black & White ou le Rubis. Aïe ! Il fallait être au journal le lendemain à 8 heures. Elimane s’était rangé de cette vie trépidante depuis une dizaine d’années. Il ne vivait plus que pour sa famille et pour l’hebdomadaire mythique installé depuis à l’avenue d’Auteuil dans le 16ème Arrondissement. Il va manquer à un nombre inestimable de personnes de toutes conditions et de toutes origines. Car c’était un homme universel. Décédé le vendredi saint, 25 avril, il a été inhumé le vendredi, 2 mai, à Diourbel, auprès de sa mère. Ces deux vendredis ne sont-ils pas un signe du destin ! Je réitère à sa veuve Assita et à ses trois enfants mes condoléances attristées. Puisse le Très-Haut l’accueillir en son sein et lui réserver un rang privilégié auprès de Lui. Que la terre te soit légère, mon cher Elimane. Paix à ton âme. Amen. Alpha Sidoux Barry www.guineeactu.com
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