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Face à l’énormité de la perte du 28 septembre 2009, je commence ce message par la présentation de mes condoléances les plus attristées aux familles des disparus et à tout le peuple de Guinée. Je prie pour le repos de l’âme de nos martyrs et je souhaite prompte rétablissement à tous les compatriotes blessés ou violées.
Ces crimes haineux donnent au peuple de Guinée un enseignement important. En effet, les criminels de Cosa en 2001, ceux de juin 2006, de janvier et février 2007, et de juin 2008 sont enfin connus par les guinéens et la communauté internationale. Le style d’embuscade criminel perpétré le 28 septembre 2009, sous le commandement direct du CNDD et du gouvernement, ressemble étrangement à celui qui a été utilisé en janvier et février 2007, et qui a couté la vie à un demi-millier de guinéens au pont de la mort, anciennement appelé « Pont Fidel Castro ».
En ce moment, dans la colère et la douleur, beaucoup d’entre nous avions naïvement émis l’hypothèse d’une bande armée venue de la Guinée Bissau. Aujourd’hui, après avoir été témoin de ce qui s’est passé le 28 septembre 2009, nous nous rendons à l’évidence que cette hypothèse était fausse. C’est l’armée guinéenne qui avait tué, comme elle vient d’en donner la preuve, son propre peuple qu’elle est censé protéger.
Après la phase de condamnation en cours, gardons présent à l’esprit qu’il faut que tous les guinéens qui rêvent d’une Guinée paisible, où il fait bon de vivre, restent soudés jusqu'à la condamnation de ces criminels et complices par la cour pénale internationale. Ne cédons pas à la division, car elle a toujours été utilisée par les dictateurs de Conakry et, surtout, ça leur profite.
Aujourd’hui, cette bande de criminels tente de faire croire à une partie de la population guinéenne que les peulhs sont contre l’accès au pouvoir d’un ressortissant de la Forêt. Pour convaincre cette partie de la population, elle met au compte des peulhs la réaction de rejet qui a suivi la nomination par Lansana Conte de M. Eugene Camara comme Premier Ministre en 2007. Elle essaye également de faire passer les réactions contre la candidature de M. Moussa Dadis Camara pour l’œuvre de l’ethnie peulh seulement. L’objectif inavoué est bien entendu de créer la division pour régner. Je rappelle à mes frères ressortissants de la Forêt que Moussa Dadis Camara ne s’était pas présenté comme un peulh ou un malinké ou encore un soussou ou même un musulman le 23 décembre 2008 pour être accepté par la quasi totalité de la population guinéenne. Je vous rappelle que le leader religieux guinéens le plus admiré et respecté est Monseigneur Robert Sarah. Il n’est ni musulman, ni peulh, ni malinké encore moins un soussou.
La stratégie de diviser pour régner est maintenant devenue classique dans l’histoire politique de notre pays. En effet, M. Sékou Toure, en mal d’initiatives porteuses, a crée la division en inventant le « Complot Peulh » et la « Cinquième Colonne » pour asseoir son système criminel. Le résultat pour tous les guinéens, nous le savons : la misère, l’exil, les pendaisons publiques, le Camp Boiro, le Coco Lala, les Normes, et que sais-je encore.
Avec M. Lansana Conte, on se rappelle de l’exploitation à outrance du dédain présumé d’Ismaël Toure à l’égard de Lansana Beavogui, le successeur constitutionnel de M. Sékou Toure. On a fait passer la faute d’un individu ou de quelques individus pour la « position officielle » des malinkés à l’égard des ressortissants de la Forêt. Cela a permis à M. Conte de réunir les ressortissants de la Forêt en bloc solide et loyal à son régime pendant 24 ans.
Toujours sous Conte, nous avons vécu en 1985 son « Wo Fatara » et l’assassinat sans procès des dignitaires du régime de M. Sékou Toure, des officiers et cadres supérieurs malinkés. Les conséquences de son système qu’il réussît à mettre en place ont été et sont les mêmes pour tous les guinéens: la misère, la corruption, la chasse aux ressortissants de la Forêt après les évènements de février 1996, l’assassinat à Cosa des jeunes ressortissants de la Forêt en 2001 et la confiscation de leurs corps au mépris de toute valeur humaine pendant 8 ans, la destruction sans reconstruction de la ville de Gueckedou en 2001, les tueries de 2006, 2007 et 2008, le narcotrafic, la prostitution, et que sais-je encore.
Encore aujourd’hui, comme pour recycler la même stratégie de diviser pour régner, les nouveaux stratèges de Conakry trouvent soudain un argument supplémentaire pour convaincre notamment les ressortissants de la Forêt à soutenir une troisième dictature qui s’annonce plus dévastatrice que les deux premières : « il est le vôtre » disent-ils. Quelle différence y’a –t-il entre se faire assassiner par son frère et se faire assassiner par un blanc ? Quelle différence y’a-t-il entre sa misère créée par son frère et celle créée par un blanc ? Aucune !
Ce qui fait que cette troisième dictature s’annonce plus dévastatrice si nous ne l’arrêtons pas maintenant, tient à deux facteurs au moins:
1. Le tempérament de M. Moussa Dadis Camara est tout sauf celui d’un chef d’Etat. On n’est pas un bon chef d’Etat parce qu’on est fougueux et impulsif. On l’est encore moins parce qu’on est insolent et violent. Car diriger un pays n’est pas une question de passion mais d’option. Un bon chef d’Etat se remarque d’abord par son calme, son sens de l’écoute, sa modestie, son respect pour la personne humaine et pour les valeurs de la société qu’il dirige.
2. Avec M. Lansana Conte, on avait à affaire à un analphabète qui était conscient de son état. Il le disait d’ailleurs à chaque fois qu’il avait l’occasion. Mais notre nouveau président ne sait pas qu’il ne sait pas, parce qu’il se dit sortant de « l’Université ». Comme le dit Alain Barrière, « Celui qui ne sait pas – et ne sait pas qu’il ne sait pas, fuis-le …. ». Je ne vous demanderais pas, moi, de fuir M. Moussa Dadis Camara et le CNDD, mais plutôt de les arrêter et les traduire devant la justice nationale ou internationale.
J’invite tous les compatriotes à sortir du mutisme qui a été à l’origine de la disparition des plus valeureux fils et filles de notre pays. Comme en 2007, levons-nous comme un seul homme pour défendre courageusement la valeur humaine tout court. Ne pas le faire, c’est opter chacun de nous à attendre religieusement son tour d’être assassiné. La mort n’est pas meilleure parce qu’elle a été infligée par notre frère. Rappelons-nous de la citation suivante du pasteur Martin Niemöller: « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique. Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester.»
Le pouvoir est supposé être un instrument au service du bien être, du développement et de la prospérité des gouvernés. Mais en Guinée, hélas ! Le pouvoir est devenu le refuge de tous ceux et toutes celles qui croient que le respect est une faiblesse, que le dialogue est une abdication, que la loi est un encombrement, que l’honnêteté est une malédiction et que le partage est un échec. Ce sont ceux-là qui ont échoué pour la plupart, plongé et gardé depuis trop longtemps notre pays dans la misère. Ayant compris cela, levons-nous, battons-nous mais surtout protestons maintenant pendant qu’il reste encore d’autres pour protester quand notre tour viendra. Battons-nous pour sauver la patrie pendant qu’il y a encore une patrie de nos compatriotes à sauver d’une mort certaine.
Faya L. Millimouno, Glenarden, MD
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