 |
Pour boucler le deuxième mandat du président Conté. Plus que deux années à mettre à profit pour prendre la décision ultime : briguer un troisième mandat ou prendre congé du pouvoir, pour une retraite apaisée. C’est dans cette perspective que le changement revendiqué par les populations guinéennes doit être perçu. Autant, la paix reste indispensable pour la réconciliation nationale, autant l’implication de toutes les couches sociales reste une condition nécessaire, pour éviter à notre pays de retomber dans la spirale des violences inutiles. Plus que deux années pour couronner son long séjour à la tête d’un pays qui s’apprête à commémorer, dans seulement quelques mois, le cinquantenaire de son indépendance. Le père de la démocratie guinéenne aura-t-il réussi son pari ? Avis aux historiens et aux exégètes politiques. Ce qui, du reste, importe aujourd’hui, c’est la sauvegarde de l’unité nationale fragilisée par les nombreux clivages sociaux. La Guinée est, malgré tout, restée un pays stable dans une Sous-région mouvementée. Toutefois, l’horizon 2010 est perçu, moins comme la fin d’un processus que le début d’une nouvelle ère politique. Tout laisse à croire que le président Conté, favorable à un gouvernement d’ouverture, marque, enfin, le début du changement demandé. Comme pour dissiper cette atmosphère de méfiance entretenue depuis quelques années et qui avait fini par creuser davantage le fossé entre le pouvoir et ses adversaires politiques. Serait-on, désormais, dans une atmosphère de détente où le pouvoir, assagi par bien des événements, fléchi enfin devant les exigences sociales, pour mettre son pays à l’abri des troubles sociaux ? Le président Conté semble, cette fois-ci, décidé à aller au bout de sa nouvelle option démocratique, avec l’ensemble des acteurs politiques et des forces vives qui entendraient lui renouveler leur confiance et qui souscrivent librement à son nouveau projet de changement dont la conduite est confiée au Dr Ahmed Tidiane Souaré. Le départ précipité de Lansana Kouyaté ne semble pas avoir refroidi les ardeurs de la classe politique qui retrouve, enfin, la joie de la concertation dont elle avait été sevrée, il y a belle lurette. Aujourd’hui, l’on pourrait parler de retrouvailles, quand la mouvance présidentielle et l’opposition politique - branche modérée - estiment encore possible de sauver les acquis irréversibles d’un peuple qui n’aspire qu’au développement dans la paix. Faudrait-il se cramponner à la cruelle logique des règlements des comptes, quand la concertation permet de dénouer les crises que traverse le pays ? La volonté manifestée par les composantes sociales d’accompagner le nouveau premier ministre dans sa mission, exprime, à la fois, la maturité et la tolérance qui ont toujours caractérisé les Guinéens, à chaque fois que la divergence les oppose. Le président Conté mesure, aujourd’hui, plus que quiconque, les erreurs de parcours, les embûches, les maladresses accumulées, les conséquences des pillages imputables aux équipes gouvernementales successives qu’a connues la Guinée, durant les vingt six années déjà écoulées. S’il n’est pas possible de réparer les dommages causés qui justifient toutes les réactions d’aujourd’hui, la volonté de recourir à tous ces exclus d’hier, pour gérer le pays, s’inscrit dans l’ordre d’un profond repentir devant le tableau sombre d’un demi siècle d’indépendance que les Guinéens vont commémorer dans les recueillements et les prières, au profit de toutes ces victimes connues et inconnues, tous ces laissés pour compte de tous les deux régimes, toutes ces populations appauvries par la faute de la mal gouvernance coupable. Plus que deux bonnes années pour rassembler tous les Guinéens pour une victoire sur l’intolérance et la division. Le président Conté n’aura joué que le rôle qui était le sien, selon son génie et son destin d’homme d’Etat. Qu’en dire, sinon que le mot de la fin appartient au temps et seulement au temps. Thierno Dayèdio Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |