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Je commencerai par formuler mes meilleurs vœux de bonheur de toutes sortes pour chacun et pour tous. En d'autres termes, plus précisément, j'aimerais adresser mes vœux les meilleurs à notre chère nation. Depuis un demi-siècle ce pays cherche le chemin pour atteindre le bout du tunnel. Les maux sont connus, les remèdes aussi; seulement leurs applications font défaut jusque là. Faut-il s'attendre à un miracle ? Je ne le pense pas, il n'y a rien de fatal. Si nous Guinéens nous le voulons, avec courage et détermination nous nous en sortirons.
Depuis la dernière décennie, justement, notre peuple s'est illustré par son courage et sa détermination dans la recherche d'une Guinée libérée et libre, une Guinée loyale à sa population et à son peuple. Citons en passant les affronts que nos syndicats et la société civile en général ont tenus au régime de Lansana Conté... Nous venons juste d'en vivre les premiers résultats : Pour la première fois dans son histoire, le peuple de Guinée vient d'élire librement son président de la République. Malheureusement cette première élection ne fut pas sans douleur, comme quoi les grandes actions, les grandes œuvres naissent souvent dans celle-ci. La femme n'enfante-t-elle pas dans la douleur ? Que l'on se comprenne bien, je ne dis pas ici que les violences électorales soient des sacrifices nécessaires à ce début de l'émergence démocratique en Guinée. Je voudrais simplement souligner que, malheureusement, ce sont là des accidents que l'on rencontre souvent lors les transformations sociales. D'ailleurs, pour éviter que d'autres événements inhumains n'occurrent dans l'avenir et pour le respect des victimes, il faut que les auteurs et responsables soient jugés... Comme aucune œuvre humaine n'est jamais parfaite, la construction d'une nation est un long et périlleux labeur de tout le peuple, et ensemble. C'est à cela que nous devrions tous nous atteler, en patriotes responsables. Comme disait Antoine De Saint-Exupéry, « L'homme se découvre quand il se mesure à l'obstacle. ». Aujourd'hui, notre pays traverse une période difficile de son histoire, il est du devoir de chacun de ses fils de venir à son chevet pour l'aider à traverser ce « désert » aride dans lequel la mauvaise gouvernance, la corruption, l'injustice, l'ethnocentrisme et l'exclusion ... continuent de prospérer. En somme, aider à se défaire de tout ce qui est l'antipode d'une société démocratique.
Il faut positiver le débat : Je suis très heureux de retrouver M. Saïdou Bokoum, d'antan, l'homme de culture qui a émerveillé plus d'une génération de jeunes Guinéens. Dans son dernier article « Cissé, Monrike : honneur à la culture au savoir et à l'expertise », M. Boukoum s'avère merveilleux de par son style. L'homme n'échappe pas à sa vraie nature. Quand on est grand, on refuse de devenir petit. Les histoires de « Heil Hal Pular » ne nous avancent en rien. Au lieu de s'ériger en apologiste du sectarisme, en forgeant ce qui n'existe pas, c'est-à-dire le sionisme peuhl, il faut faire preuve de sagesse. Le Fouta n'est pas « Sion ». Ici, nous sommes face à une construction du genre « Peuhl (Juif) », « La question peuhle » n'est pas une réalité historique. Il y a des juxtapositions qui sont dangereuses : « La question juive » est un concept évoquant l'intégration des juifs en Europe au XVIIIe siècle et, plus tard dans l'Allemagne nazie d'Hitler, qui aboutit aux pogroms juifs et La solution finale. Alors, se permettre des plaquages historiques jusqu'à en devenir un théoricien, n'est que simplement déconcertant. Là, nous sommes face à la judaïsation des Peulhs, qui est une construction dangereuse - aberrante même - pour notre jeune nation. Le Fouta n'est pas Israël. Dans une nation où le monolithisme ethnique est devenu la voie du salut pour les leaders politiques, l'intellectuel doit faire preuve de lucidité et de rétention, pour jouer pleinement le rôle qui lui est dévolu auprès de son peuple, de sa nation. Comme je l'ai mentionné dans mon dernier article, nous Guinéens, nous ferions mieux d'évoquer dans le contexte politique actuel, les faits qui nous ont toujours rapprochés, plutôt que ceux qui nous divisent. Cela ne signifie pas, non plus, qu'il faille rester impassible face aux exactions. Il faut dénoncer les actes répréhensibles, peu importe d'où cela pourrait venir. Mais il faut que l'on agisse de manière objective et dans l'intérêt de la nation. Je voudrais ici porter à la connaissance de M. Bokoum que Gramsci est mort, et qu'il n'y a pas non plus d'artillerie de l'alliance Arc-en-ciel. S'il en existe, cela ne me concerne nullement. Je n'ai, jusque là, milité dans aucun parti en Guinée, ni au RPG, ni dans aucun autre. Pour le moment je milite pour l'avènement d'une nation guinéenne. Je suis aussi critique à l'égard de la mouvance présidentielle actuelle que de l'opposition. Mais comme d'habitude, en Guinée, il suffit de voir le patronyme de quelqu'un pour savoir de quel bord il se tient. C'est à cet exercice que se livre M. Bokoum. Lui et ses pareils sont devenus hyper paranoïaques. Ils ne peuvent concevoir de Guinéens libres de leurs opinions, qui s'extirpent du carcan de l'ethnie pour n'appartenir qu'à la Guinée. Je suis ici résolument engagé à la recherche d'une autre voie que celle ethnique. C'est pourquoi je passe le clair de mon temps à dénoncer l'ethnicité et les ethnocentristes de tous les bords, quels qu'ils soient : Mandings, Peulhs ou Soussous, etc. Dans tous les cas, il vaut mieux être le chantre d'une nation que le thuriféraire d'un sectarisme, fut-il aussi bien ethnique que régionaliste. Rien ne saurait m'inspirer ces tares chères aux « intellectuels » aveuglés par la haine. Je vous convie à lire ou à relire La Révolte d'Albert Camus, Monsieur l'écrivain. Vous verrez que vous en êtes au stade statique de celle-ci.
Des leçons d'histoire : Comme le disait le grand Tarikh Es-Saadi, « Souviens-toi, le souvenir est plein de renseignements, il y a de quoi désaltérer l'élite de ceux qui viennent y boire ». L'histoire de notre pays nous enseigne, par exemple, qu'El hadj Oumar Saïd Nour Tall, a fondé un empire musulman et multiethnique. De Podor, en passant par les pays bambara, Ségou et Kaarta, pour atteindre le Macina. L'honorable Oumar Tall passa par Kankan en Haute-Guinée, où il se lia d'amitié avec les Kaba et initia une partie de ceux-ci aux rites tidjaniya. La physionomie de Dinguiraye n'est pas seulement toucouleur, les mandings y ont constitué une partie importante de cette ville historique. Faut-il rappeler aussi que des marabouts mandings ont participé à la grande bataille de Talansan en 1725. Les rapports entre les Almamy du Fouta et les patriarches du royaume théocratique du Bate-Kankan furent des plus cordiaux. Quand Condé Bourama du Wassolon sévissait contre Kankan, le patriarche Alpha Kabine et ses hommes trouvèrent refuge à Timbo, capital du Fouta Djalon. Après la guerre, Alpha Kabinet, donna le nom Timbo à un quartier de sa Ville. Tout près de nous, en 1946, les frères Kaba de Kankan se trouvèrent dans un conflit, c'est l'Almamy Aguibou Barry de Dabola et Saidou Nourou Tall de Dinguiraye qui se rendirent à Kankan pour la réconciliation des frères belligérants*. Voici autant d'exemples, et de leçons à tirer de notre histoire pour instaurer la paix et se réconcilier avec soi. C'est pour dire que d'une façon générale, il n'y avait pas d'animosité entre les populations guinéennes jusqu'à une dates récente. Bien sur, il y a eu dans le passé des guerres d'expansion dans l'histoire dans nos régions. Celles-ci sont totalement différentes de guerres xénophobes... Mais quelle grandeur d'esprit de la part de nos glorieux ancêtres ! A s'y comparer, nous ressemblons à de simples minables. Rassurez-vous, mes amis : continuer de penser qu'il existe une ethnie supérieure serait une simple gymnastique intellectuelle. Autant il n'existe pas de race supérieure, moins encore faut-il croire en des ethnies « nobles ». Je ne crois même pas en ce concept ridicule. A l'intérieur des ethnies, il y a la problématique des castes. Pour des raisons de manipulations ethniques, la haine et la violence ne cessent de fissurer notre société. Autant Alpha Condé s'est révélé manipulateur lors des dernières élections, autant Cellou Dalein Diallo a tiré sur la corde ethnique.
Aujourd'hui, il faut revenir à la réalité, taire les passions et songer aux vrais problèmes du pays. Je suis émerveillé par l'article d'un jeune de l'UFDG, qui force mon admiration. Il s'agit d'Abraham Diallo, son article « L'extrémisme ethnique sur la toile et le silence coupable de l’UFDG » est révélateur de ce que la jeunesse guinéenne aujourd'hui ressent par rapport non seulement à la démission des aînés, mais aussi par rapport à l'irresponsabilité de l'élite politique du pays. Les responsables de l'UFDG ne sont pas seuls coupables à mes yeux, les extrémistes se trouvent dans toutes nos formations politiques, le RPG et l'Alliance Arc-en-ciel ne font pas exceptions. L'ethnicité a été la seule stratégie que nos leaders ont été capables d'inventer. Maintenant plus que jamais, il faut un réveil des jeunes pour trouver une autre voie, celle du salut et de l'unité. Celle qui nous libère de la prison des œillets ethniques, je dirais de la psychose de la peur de l'autre, le «diable», le diabolique !
Mohamed Kaba, Denver, Co, USA
* Kaba, L : Cheikh Mouhammad Chérif et son temps, Paris Présence Africaine, 2004.
Source : www.kababchir.com
www.guineeactu.com
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