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Un intellectuel avisé de notre site (et pourtant il est Baldé!) a fait une remarque que je partage fortement : Guineeactu est devenu progressivement le « Think Tank » des débats divers et souvent divergents entre guinéens et amis de la Guinée. Ceci est finalement très positif et encourageant pour le futur paysage politique guinéen. Tant mieux, et pourvu que ca dure, même après ces élections…Les principaux animateurs de ce groupe de réflexions s’appellent Doré, Bokoum, Traoré, Théa, Diallo, Baldé, Camara, Coulibaly, Diaby, Sampil, Barry, Sow, Fidelito Como PDG, etc.
Quelle belle diversité, quelle joie de voir qu’il y a tant de Guinéens qui veulent tous la même chose : un changement véritable dans notre pays, même si leur définition de ce terme peut parfois totalement diverger. Tout ceci est sain, c’est cette diversité d’opinions, de cultures, de religions et de visions de l’avenir forcément commun qui ont mis les USA là où ils sont aujourd’hui. Et le Canada devient de plus en plus une puissance démocratique en raison de sa grande diversité qui la tire en avant dans le village planétaire actuel.
La plus grande erreur de nos ainés a été de croire et d’appliquer à la lettre le mythe que le chef était un être supérieur choisi par Dieu et que tous ceux qui ne se mettaient pas à genoux devant lui étaient donc des traitres. Certains accusent nos cultures, traditions et même religions – au XXIe siècle, moi j’appelle cela une erreur grave et une faiblesse coupable. Nous savons tous l’influence de nos intellectuels sur leurs parents analphabètes dans tout le pays.
Ces intellectuels sont donc les premiers responsables d’avoir transformé AST, Conté, Dadis et maintenant Sekouba en des dictateurs tropicaux persuadés, parce que cela leur était (ou est) répété du lever au coucher du soleil par des crétins de leur entourage, qu’ils sont la seule voie et la seule vision correcte du pays. Et bonjour les mamayas, les portraits géants partout où l’œil humain peut se poser, les discours nauséeux de tous ceux qui ont droit à la parole et pire des prêches de certains de nos Satans religieux. Nos ainés avaient au moins une circonstance atténuante : ils ne connaissaient pas vraiment les pratiques de vie dans les pays vraiment démocratiques.
Ils étaient allés en Europe et aux USA adultes et uniquement pour étudier; ils sont revenus ensuite subir l’influence néfaste de leur environnement stagnant. Ceci n’est pas le cas aujourd’hui de millions de Guinéens qui ont roulé leur bosse en Occident depuis des dizaines d’années et qui savent comment la démocratie doit fonctionner pour être le moteur efficace de la croissance. Et pourtant en lisant des textes et des commentaires du genre « Cellou ou la mort; sans Alpha il n’y aura jamais de changement en Guinée; le moment est venu de descendre se battre dans les rues..., etc. », le tout distillé tous les jours par nos intellectuels de Guinée et de la diaspora, j’ai vraiment peur et je suis au bord du découragement.
Au lieu d’apprendre de nos leçons dramatiques, nous commençons déjà à transformer nos 2 prétendants en responsables suprêmes de la Guinée! Obama, sûrement le président le plus aimé de la planète fait parfois des erreurs malgré la batterie de génies dans son cabinet. Par exemple l’erreur commise lors de l’interpellation tout a fait justifiée de son ami professeur de Harvard a été immédiatement dénoncée par tous, y compris par ses amis démocrates. Il a su s’excuser et sortir de l’impasse avec élégance; en même temps il a appris quelque chose d’important à travers cette leçon de modestie.
Il est souvent mis en minorité même parmi les politiciens démocrates et il doit se battre en coulisse avec eux pour faire passer ses idées; le résultat final est toujours amélioré car le débat contradictoire lui permet à chaque fois d’améliorer son argumentation et de corriger certaines faiblesses. N’est-ce pas ce que nous souhaitons tous en Guinée, quel que soit notre bord politique ? Nos deux candidats sont-ils capables de cela aujourd’hui et le seront-ils encore après ce 2e tour dans le contexte actuel ? J’en doute fort…
Quel que soit le vainqueur de cette première élection libre en Guinée, son équipe et lui feront souvent des erreurs et des faux-pas (comme ils en font déjà régulièrement) et ils auront besoin de critiques sévères dans leur camp et de l’autre, pour le bénéfice général du pays. Le nouveau président devra savoir que si ce qu’il propose n’est pas bon pour le pays à moyen et long terme, ses plus proches conseillers et ses détracteurs auront le droit et le devoir de le lui dire, quitte à lui ensuite, en tant que principal responsable, de prendre sa décision en toute connaissance des pours et des contres de celle-ci.
Notre prochain président a une tâche presque impossible pour réussir son premier mandat. La finalité de son action n’est pas cette élection, mais la mise en œuvre de son plan de société promis à tous les Guinéens. Si ces 2 candidats ne comprennent pas que la destruction progressive des fondations de notre nation rendra leur mandat ingouvernable et un échec patent, alors leurs plus proches conseillers et notre « Think Tank » doivent le leur dire ouvertement. Finalement nous voulons tous la même chose, le changement véritable de la Guinée à partir de 2011.
Alors il faut qu’ils mettent fin au plan machiavélique de la mafia militaro-civile que nous connaissons tous et qui gère le pays depuis 52 ans. Qu’ils aillent se faire la bise à la télévision, qu’ils appellent ensemble à la fin immédiate des manipulations et hostilités ethniques actuelles et qu’ils se battent enfin sur leurs programmes respectifs. La tension électorale est saine, surtout dans le contexte de la Guinée actuelle, où tout le peuple veut enfin voir la lumière. Mais de là à bruler notre seul bien commun et mettre en péril notre avenir à partir de 2011, il y a un pas que nous ne devrons jamais franchir.
Ensemble mettons fin au 3e incendie de la transition, le plus grave et le plus irremplaçable de tous, celui de notre futur fauteuil présidentiel…
19 septembre 2010
A. O. T. Diallo Guinéen, mais optimiste!
www.guineeactu.com
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