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Celui qui s’empare du pouvoir hérite en même temps des injustices liées au pouvoir. C’est la raison qui fait que les limites et le domptage du pouvoir sont indispensables dans l’édification d’un gouvernement démocratique en Guinée. Sinon, mésestimer ceci, c’est la porte ouverte aux abus qui vont laisser s’invétérer la haine et la suspicion. Donc évitons de nous vaincre à notre propre malheur.
La question fondamentale à laquelle répondre est de savoir : Du peuple ou du pouvoir, qui est là l’un pour l’autre ? Selon moi, le pouvoir est là pour le Peuple et non le contraire. Nous savons, celui qui a le pouvoir a toujours la tentation d’en abuser. Cela est une constante partout à travers le monde. C’est ainsi qu’il est de bon goût et utile de corser le pouvoir. Le Peuple a besoin du pouvoir et le pouvoir a besoin du Peuple. Mais dans la gestion démocratique de la chose publique, le pouvoir démocratique ne peut se restreindre que par le droit de regard du Peuple érigé en loi. Ainsi se constitue un lien entre le Peuple et le pouvoir. Ce rapport Peuple-pouvoir est désigné par la Démocratie en opposition à la dictature.
Gouvernement démocratique ou gouvernement oligarchique
Le gouvernement démocratique est l’antidote du gouvernement oligarchique (chez nous, gouvernement de copains et coquins), car les formes de clan-oligarque de copains et de coquins minent de l’intérieur l’instauration d’un gouvernement démocratique. La démocratie est un terme plus des valeurs, mais c’est ici que les choses sont compliquées chez nous, car le gouvernement oligarchique veut se revêtir aussi du label démocratique. Cela vient assez souvent de notre compréhension peu élevée de la démocratie. Ceci fait croire à beaucoup d’entre nous que la démocratie est synonyme de liberté de la prétention personnelle. Cependant la démocratie n’est que la liberté partielle définie par des normes précises.
Il est essentiellement claire et logiquement impérieux de nous donner une grande charte de la liberté pour édifier notre démocratie, car le socle démocratique est bien inexistant dans bien de nos têtes. Selon moi, qui voudrait dans l’avenir, exercer le pouvoir suprême en Guinée doit être obligé de souscrire à une garantie sous serment, du respect de la loi de la république, de la liberté, et du pouvoir du Peuple, et s’accommoder à ce que son activité soit surveillée par la cour suprême ; lui interdire la dissolution de la cour suprême quels qu’en soient les motifs. Le président de la cour suprême est inamovible, pour ainsi garantir la continuité de la justice indépendamment du régime en place.
Subterfuge du pouvoir à Ouagadougou. Le dictionnaire nous dit : user de subterfuge c’est de l’échappatoire, le moyen détourné et artificieux pour se tirer d’embarras. Il n’y a pas plus limpide pour qualifier les abus de pouvoir constatés à Ouaga.
Selon cette définition précitée, je dis qu’il se passe du faux-semblant et autres supercheries autour des pourparlers sur la crise guinéenne à Ouaga. On nous fait croire comme vrai ce qui est faux. Les acteurs nous parlent de dialogue, de démocratie et d’intérêts du Peuple, sans conviction ni consultation des Guinéens. De surcroît le psychologue burkinabè utilise une méthode thérapeutique inadaptée, orientée, allégée par réduction et appuyée par son ignorance de la réalité guinéenne. Aux différentes assises d’Ouaga se sont retrouvés autour de la table à palabre des récalcitrants et des incorrigibles, avec des poches bien garnies de préalables non-négociables. Dans ces conditions, je suis pour l’arrêt immédiat de ces assises vides de sens ; la déclaration faite par Compaoré n’est que du cliché mal élaboré pour nous endormir, elle n’a fait que compliquer la crise davantage. Pour notre salut national, inspirons-nous des exemples bien réussis ailleurs, et exigeons tous ensemble des acteurs du dialogue, de jouer ouvertement carte-sur-table, et de trouver de nouveaux critères pour dépasser le blocage actuel.
Platon, un philosophe de la Grèce antique, dit :
La politique n’est pas qu’une affaire de discussion et de décisions, elle est la mise en forme d’une compétence.
Plus d’un pense que notre pays a besoin à la magistrature suprême, que de Guinéens intègres et capables de déchiffrer l’évolution du pays dans le long terme. Malheureusement nous voyons que des incompétents ont occupé le devant de la scène. Des démagogues à courte vue ont amené, par leurs discours habiles, la junte à prendre des décisions dangereuses ; la junte use de subterfuge pour prolonger le maintien du statuquo anticonstitutionnel, avec le but inavoué de s’accaparer durablement le pouvoir. De faux-semblant de discussions de sortie de crise et la prise de décisions dangereuses ont fini par mettre l’opinion nationale et la communauté internationale contre la junte.
Des discussions tendancieuses sont menées, à travers le pays et au-delà, pour savoir comment exercer des pressions pour s’approprier l’élan du changement démocratique en Guinée et nuire ainsi au fonctionnement naturel des institutions, alors que c’est la liberté démocratique qui est garante de l’ordre constitutionnel.
Il est bon de rappeler, que personne ne se plie volontairement à la contrainte d’un certain règlement. Aucun président, fût-il démocratiquement élu, ne voudra se draper dans une corsette contraignante. Selon moi bien au contraire, il faut être contre l’avis de dire : nous verrons de cas en cas comment les choses (de préférence de soi-même) vont se régler plus tard. J’affirme que, si nous négligeons de définir les limites et les contraintes du pouvoir avant les élections, nous nous serons mis volontiers en enfer.
Guinéennes et Guinéens, nous devons apercevoir la fraternité, la justice et la démocratie comme des biens communs à défendre, et ce, au-dessus du patriotisme de clan. C’est-à-dire qu’il nous faut combattre énergiquement la sordide idéologie, « de tout sauf… », que l’on propage actuellement. Il faut inspirer du courage à des valeurs dans la construction d’une Guinée démocratique et prospère, et réaliser ainsi l’harmonie entre nos différentes communautés.
Vive la Guinée démocratique et prospère.
Moussa Bella Barry, Berlin, Allemagne
www.guineeactu.com
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