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La mort désormais annoncée du PUP ne régale personne. Elle n’émeut pas non plus. Même ceux qui sont actuellement à son chevet et qui donnent l’allure des plus inquiets. C’est en fait un non évènement pour l’observateur le moins averti. Ce parti a fait la pluie et le beau temps depuis le passage funeste à l’Intérieur d’un certain Alsény René Gomez, le principal architecte du tripatouillage électoral de 1993 ayant du coup donné une honteuse semence à tous ses poursuivants. Sorti vainqueur de toutes les joutes électorales de ces deux dernières décennies, le PUP a aujourd’hui une arête qui est restée en travers de sa gorge, après son historique cupidité. Survivra t-il à cet halètement ?
La démocratie bancale que nous connaissons aujourd’hui en Guinée est née dans la douleur et la contestation. Et c’est dans ce climat peu attrayant que le parti de l’unité et du progrès déjà donné pour mort avant la disparition du Général Conté raflera -avec les tristes bénédictions au départ, d’un certain Alsény René Gomez, le principal architecte du tripatouillage électoral de 1993- toutes les joutes électorales de ces deux dernières décennies. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les rancœurs se sont ravivées, la prolifération des partis a largement exacerbé les clivages.
Signe des temps, la plupart des formations politiques se sont construites sur une base ethnique sapant ainsi toute perspective de débats constructifs. Les acteurs du PUP eux, ont exploité cette défaillance de leurs adversaires en ouvrant les vannes à toutes les couleurs et appartenances ethniques. Le tout booster par l’appui tacite de l’appareil d’État et des moyens financiers importants dont la provenance reste des plus douteuses. Dans ce climat, Solano, Kiridi et les autres ont brillé par leur forte capacité de nuisance : tripatouillage des plus classiques reconnus à toutes personnes à la servilité sans bornes ayant la charge le Département de l’Intérieur. Ces cadres ou de ce qui y ressemblent, catalogués par une certaine intelligentsia ont certes aidé à l’époque le parti au pouvoir afin qu’il rallonge son bail. Mais, à ce jour, ils sont bien honteux devant l’histoire.
Du parti « majoritaire » au parti solitaire
Le PUP ne survivra pas. Et de l’avis de Sidya Touré, patron de l’UFR « La mort de Conté signifie la mort du PUP car ce parti n’a plus de leader et ne repose sur aucune idéologie, ni sur une personnalité ayant une vision. Mais un conglomérat de gens qui souhaitaient profiter de la situation d’un chef d’Etat. » Loin d’être une analyse d’adversaire, cette observation de l’ancien PM est plus que fondée. En effet, la disparition annoncée du « parti majoritaire » aujourd’hui parti solitaire est donc agonisant et du coup devient le plus conventionnel. Ses héritiers déchirés entre intérêts personnels et maigre réconfort, refusent de comprendre le profond état comateux dans lequel le PUP se trouve actuellement. Et le temps presse pour sauver ce qui peut l’être. C’est tant mieux; puisque, hasard de l’histoire aidant, la mort de Lansana Conté remet désormais en cause l'échéance électorale de la présidentielle 2010. Le temps donc pour Sékou Konaté et les siens de balayer d’un revers de main toute agonie supposée du PUP : « Le PUP est bien vivant. Le secrétaire général que je suis doit pouvoir continuer à diriger le parti et à préparer toutes épreuves qui nous attendent, notamment les législatives la présidentielle. » Mais, est-ce que cet ancien dignitaire du PUP a réellement les moyens de sa politique ?
Le rêve est quand même permis dans cette perte de repères. Avec quel argent Konaté et les autres estiment faire campagne alors que les autres dissidents du parti cherchent un nouveau financier, une nouvelle tête, une nouvelle orientation, une nouvelle vision ? Et, le richissime homme d'affaires guinéen, bien que ayant des démêlées avec la Justice, El hadj Mamadou Sylla -qui, du vivant du général Lansana Conté a raté sa vice présidence quand il a croisé le fer avec le laconique président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé– reste entre autres têtes de liste des financiers et d’éventuels patrons du PUP. Une option bien possible du moment où, il n’y a plus de rameurs à contre courant. Mêmes ces anciens ministres, Préfets et gouverneurs rechignent dit-on à mettre la main à la poche pour garnir la caisse. Toutes ces raisons font que Mamadou Sylla est soutenu largement par le Mouvement pour la refondation du PUP.
Mais là aussi, la pilule sera difficile à faire passer avec le CNDD qui a convoqué l’homme d’affaire le 22 janvier pour avoir une idée claire sur les créances dues à l’Etat. Pour sa part, Sékou Konaté, supposé gagnant virtuel devant les Sidy Cissoko et autres pense que, pour le moment il n’y a aucune confusion au niveau de la direction du parti. Seulement, ce gagnant virtuel ne semble pas sauvé.
Des anciens courtisans de Conté dans le comité transitoire
Le 20 janvier dernier, dans sa déclaration numéro 4, le Mouvement a pris la décision unilatérale de suspendre le Bureau politique national du parti. Raisons invoquées : l'illégitimité du Bureau politique national dont le mandat aurait expiré depuis six ans et son incapacité notoire à gérer les affaires du Parti.
En attendant de remettre le parti sur les rails, le Mouvement a mis en place un comité politique transitoire chargé « d'organiser les cérémonies de bénédiction du quarantième jour du décès du président du Parti le Général Lansana Conté ». Et c’est ce même comité politique transitoire qui est chargé d'organiser dans les meilleurs délais le Congrès National du Parti. Certains hauts dignitaires de l’ancien régime (l'ancien PM Ahmed Tidiane Souaré, Eugène Camara et l'ancien gouverneur de Conakry Soriba Sorel Camara) y ont trouvé leur point de chute en occupant respectivement les postes de 1er, 2ème et 4ème vice-président. Il ne faut pas que nous perdions tout et partout, se disent-ils. Et Fodé Soumah, le parrain national dans tout çà ? Il est dans les bois peut être. Comme tous les autres intouchables d’alors. Le temps de machiner et de s’assurer que le coin est fréquentable.
Ce que les ‘’revenants’’ là ont certainement oublié, c’est que les militants sont fatigués de leur classe politique et de leurs dirigeants. Ils aspirent à voir subséquemment émerger une nouvelle génération de leaders. Quoiqu’il en soit et au vu du parfum d’implosion actuelle, les pronostics sur le PUP sont plus favorables à sa mort qu’à sa survie. Et là où les anciens crocodiles aux abois, actuellement en pérégrination politique –des persona non gratta dans les autres partis- n’ont pas pu loyalement gérer les affaires de l’Etat, ce n’est pas dans un comateux parti qu’ils vont trouver leurs comptes. Si ce n’est juste se faire occuper, garder la fibre d’inféodé qu’on leur reconnaît. Bref, faire preuve de constance à titre posthume à l’ancien parti présidentiel.
Tout cela au cas où… Dadis chercherait à ‘’sauver’’ le parti de son défunt mentor et éventuellement faire de la récup… Toutefois, personne du PUP encore moins d’ailleurs, ne doit perdre de vue que ‘’La politique est l’art d’obtenir de l’argent des riches, et des suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres ‘’. Démagogie et distraction, …ces éternels signes des temps qui nous reviennent comme un assassin sur son lieu de crime. Tant mieux puisqu’il n’y a plus de mangeoire si garnie, si affranchie et si libre! On s’attend donc à tout moment à l’oraison funèbre de l’historique parti, vainqueur de toutes les élections en Guinée depuis 1993. Au nom du « changement dans la continuité ». Loin de tous les dogmes éculés !
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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