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Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, le gouverneur de la région administrative de Labé, Ibrahima Sory Diabaté, se plaint entre autres du manque d’eau, d’électricité et de la dégradation de la voirie urbaine de la capitale du Fouta. L’Indépendant : En parcourant la ville de Labé, la première impression qu’on a c’est l’état piteux de la voirie urbaine. En tant que premier magistrat de la région parlez-nous des dispositions prises pour rendre la ville plus agréable et les routes plus praticables… Ibrahima Sory Diabaté : Votre constat est juste. La voirie urbaine de Labé est fortement dégradée. L’usure s’inscrit dans l’ordre naturel des choses. Mais au plan opérationnel, ceux qui doivent s’occuper de ces questions sont la municipalité et la préfecture. Je vous dis que le problème de la voirie a été posé au bon moment et au bon endroit. Le gouvernement a eu une oreille attentive et la décision a été prise d’exécuter les travaux sur 20 km de voirie urbaine, de bitumage des grands axes de la ville de Labé. Ces travaux sont engagés et c’est l’entreprise Enco5 qui a décroché le marché. Les axes à reprendre sont définis. Les travaux ont commencé. Il y a que certains travaux de genre ne peuvent pas être faits pendant cette saison de pluies donc que ce qui peut être fait aujourd’hui est en cours, c'est-à-dire que les emprises sont en train d’être réalisées et les travaux qui doivent attendre la fin des pluies attendent. Mais les matériels sont déjà en place. Les emprises commencent ici. Je pense certainement que le premier semestre de l’année nouvelle donnera une nouvelle physionomie à ces routes cahoteuses que vous voyez aujourd’hui. La ville de Labé comme d’ailleurs tous les chefs lieux de province est plongée dans le noir. Que faites-vous pour son éclairage ? Le problème de l’énergie électrique en ce qui concerne notre zone, a connu son histoire particulière. Vous savez que Pita avec les chutes d’eau de Kinkon, l’aménagement et la production hydroélectriques datent des premières années de l’indépendance. Et si mes souvenirs sont exacts, la capacité maximum de ce barrage devait initialement être de 3,2 MW. Aujourd’hui, le besoin brut de Labé seulement peut consommer deux fois cette capacité. L’évolution allant avec la croissance démographique, la diversification des activités, le besoin accru en électricité, bref, Pita initialement desservait Labé, Pita, Dalaba et Mamou. Maintenant ces besoins ont présentement explosé et s’alignent de façon exponentielle sur cette croissance aussi bien à Kindia, à Coyah, à Mamou qu’à Conakry. Dans un premier temps pour satisfaire à se besoin, on a mis en réseau synchronisé tout ce que nous avons sur la ligne comme générateur d’électricité. C’est dire donc que nous ne sommes plus autonomes dans la fourniture d’électricité pour notre zone. Tout est en réseau : de Labé, Garafiri, Kindia jusqu’à Tombo. Alors, la gestion se fait, le mieux qu’on peut aujourd’hui par délestage. Mais cette gestion relève de Conakry. A notre niveau, simplement à cause de la capacité de transfos à travers la petite antenne qui est là, on essaie de voir comment on peut arrêter par ci et remettre par là pendant une ou deux heures de temps pour équilibrer. Ces petits délestages, nous les assumons ici. Mais recevoir où ne pas recevoir d’électricité ne dépend plus de Labé. C’est Conakry qui se charge directement de la distribution ou de la desserte en électricité. Comme je le disais tantôt, le problème ayant été posé au bon endroit et au bon moment, Labé fait partie des zones prioritaires dont le réseau électrique va être entièrement rénové. Cela est acquis. L’autre face hideuse de la plupart de nos centres urbains est la pénurie d’eau et Labé ne fait guère exception à la règle. Quelles sont les dispositions prises pour rendre cette denrée précieuse accessible aux populations de votre juridiction ? La rénovation dont je viens de faire cas constituerait un moyen qui va permettre de résoudre le problème d’eau. Pourquoi ? A Labé, ce n’est pas que nous manquons d’eau. Il y a suffisamment et abondamment d’eau. Mais la station de pompage n’était dotée, au départ que de deux groupes électrogènes pour faire fonctionner les pompes. Le premier groupe est complètement obsolète. Le deuxième est également très fatigué. Vouloir donc les mettre tous les jours en marche, ils risquent de rendre, en moins d’un mois, ce qui leur reste d’âme. De ce fait, on est dans l’obligation de les faire marcher deux jours sur trois ou deux jours sur quatre. La rénovation du réseau électrique qui va avec son extension prévoit la connexion de la station de pompage sur le réseau EDG. Le groupe électrogène viendra donc en appoint. Il y aura suffisamment de courant pour pomper 24h/24h. A ce moment l’eau ne manquera plus dans les robinets. L’adduction d’eau dans ces conditions connaîtra dès lors une extension dans les zones périurbaines. C’est dire que nous voyons avec beaucoup d’optimisme l’avenir immédiat en termes de desserte en eau et en électricité à Labé ville. De manière générale, nous ne désespérons pas de voir des bonnes mesures. Parce que nous avons déjà des groupes électrogènes dans chacune de nos préfectures. Il a été, un temps, envisagé de voir comment changer le type de carburant. C'est-à-dire sortir du gasoil pour mettre le mazout. Au cas où les techniciens réussiront cette transformation, nos groupes qui sont en place dans toutes les préfectures, j’espère, contribueront à faire un pas en avant au niveau des préfectures. Surtout avec le balbutiement de l’énergie solaire par ci, par là, on peut dans l’ensemble regarder l’avenir avec beaucoup d’espoir. La recrudescence du grand banditisme demeure actuellement une préoccupation nationale. Cependant force est de constater que Labé a accompli d’énormes progrès par rapport à cette question. Pouvez-vous nous dire votre recette ? Vous savez, en ce qui concerne ces préoccupations, il faut toujours se méfier de crier victoire ou de s’en glorifier beaucoup trop. Les résultats atteints ne doivent pas nous conduire à dormir sur nos lauriers. Nous devons rester vigilants et mobilisés. Parce que les vices sont comme un phénomène d’osmose. Cela fait que le contact finit par rendre vicieux celui qui est en contact avec le vicieux. Sinon chez nous ici, nous avons décidé de commun accord, toutes les catégories sociales, les catégories socioprofessionnelles, de nous retrouver pour prendre quelque petites mesures simples. Mais que nous pouvons soutenir. En ce qui concerne Labé ville qui reste le centre de gravitation du gouvernorat, les syndicats des transporteurs ont été mis à contribution, la gendarmerie sur pied, idem que la police. A ce niveau, je vous rappelle que nous avons une brigade mixte qui sort régulièrement en patrouille nocturne. Je ne dirai pas plus. Avec cette patrouille, on commence à avoir les fruits. Egalement au niveau des quartiers, les jeunes s’organisent pour sécuriser un peu les familles. Mais globalement ce que nous devons tous combattre, par tous les moyens, ce sont les psychotropes de tout genre. Pour le moment on ne peut pas encore prétendre que notre éducation est tombée si bas. Loin s’en faut, elle n’est pas tombée si bas. Les parents existent, les enfants vivent dans les familles et non dans la rue. Mais l’accès à ces substances psychotropes, fait que les enfants pour un court instant sont dans un état second pendant lequel ils peuvent se permettre des actes inouïs, imprévisibles. Mais après ils se ressaisissent et regrettent eux-mêmes ces conduites immorales. Le Mieux, c’est de ne pas du tout commencer. Parce que celui qui le tente une fois, deux, est tenté finalement à jamais. Donc nous devons pouvoir combattre ces phénomènes partout. Nous seuls dans ce combat, il faut le remarquer, constituons une force négligeable. Il faut que nous nous donnions tous la main. De toutes les façons, je pense que pour le moment, nous avons une stratégie qui gagne. A cela il faut ajouter un phénomène positif nouveau. Vous avez certainement dû remarquer qu’il n’y a pas de taxis ici. A la place, ce sont les motos taxis que les gens empruntent. Ce mode de transport est devenu une occupation d’une frange importante de la jeunesse. Il représente une source saine de revenus. Ces jeunes qui étaient ainsi désoeuvrés, oisifs ont rencontré cette manne. De leur oisiveté qui est comme on le dit mère de tous les vices, ils ont trouvé cette occupation. Ce phénomène nouveau qui absorbe une bonne partie de la jeunesse est positivement salué quoiqu’il impose une certaine règlementation que nous sommes en train d’étudier. Pour le moment, il fait partie des facteurs qui, indirectement, par une occupation saine des jeunes, les détournent des occupations malsaines. Propos recueillis par Camara MoroAmara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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