jeudi 28 janvier 2010
Ibn Chambas, président de la Commission de la CEDEAO : «N’importe qui, qui tenterait un coup d’Etat, s’engagerait dans un exercice inutile»
Ibn Chambas

Le président de la Commission de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) Mohamed Ibn Chambas a mis à profit son séjour à Conakry, le week-end dernier, pour exprimer sa satisfaction, ses attentes, ainsi que des mises en garde par rapport à un éventuel dérapage de la transition sous l’autorité du général Sékouba Konaté.

L’Indépendant: Après l’Accord de Ouagadougou  qui prévoit la nomination d’un Premier ministre issu de l’opposition et un gouvernement d’Union nationale de transition. Est-ce à dire que les massacres du 28 Septembre sont pour autant oubliés ?

Ibn Chambas : Comment peut-on oublier d’aussi tragiques évènements avec d’énormes pertes en vies humaines ? Le 28 Septembre est un incident regrettable. La CEDEAO, l’Union Africaine et la Communauté internationale toute entière ont réagi de façon énergique et exprimé leur solidarité avec les familles qui avaient perdu les leurs. Nous tenons à ce que toute la lumière soit faite sur ces massacres avec l’aide experte de la Commission internationale d’enquête. Néanmoins, nous devons continuer avec la transition pour que la Guinée retourne à un gouvernement constitutionnel et que nous commencions à construire des institutions d’Etat. Ce qui ira de pair avec la consolidation de la culture de la démocratie, l’état de droit, le respect des droits de l’homme. Histoire de garantir que ce qui s’est passé le 28 septembre ne se reproduira plus jamais.

Après les massacres du 28 septembre,  on note encore une chasse l’homme. Avez-vous abordé ce problème avec le Général Konaté ?

Le premier article des accords de Ouagadougou évoque le retour à l’état de droit, la protection des personnes et leurs biens, ainsi que le respect des libertés individuelles et politiques. Ceux-ci sont un aspect  fondamental de la vie guinéenne qu’il faut absolument respecter. En même temps, nous  avons appuyé l’ouverture ici à Conakry et à l’intérieur du pays de bureaux de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies. Mais, cela va de soi avec le problème de la bonne gouvernance en Guinée. Nous devons engager ce pays rapidement dans le sens d’une gouvernance constitutionnelle afin que un Etat de droit normal soit érigé. Il s’agit de s’assurer qu’à la longue ce pays est doté d’un Etat de droit respectueux des droits des citoyens.

Le nouveau Premier ministre Jean Marie Doré avait déclaré qu’il ne se sentait pas engagé par les Accords de Ouagadougou tout en laissant planer le doute sur sa candidature. Est-ce que cette question avait été abordée au cours de vos entretiens ?

Je respecte Jean Marie Doré personnellement en tant que porte parole des Forces vives. Il s’est exprimé au nom des  Forces Vives, et au cours de nos entretiens avec lui, il nous a dit qu’ils étaient beaucoup satisfaits des accords de Ouaga. Car, ils ont obtenu tout ce qu’ils ont demandé. La base est donc là pour faire évoluer les choses pour que cette transition mène à la tenue d’élections crédibles et transparentes. Les accords prévoient qu’aucun membre du CNDD ou le Premier Ministre ne seront candidats. M. Doré a accepte l’Accord de paix par ce que le CNDD et le gouvernement ont accepté tous les points soulevés, même si nous continuons à avoir des discussions avec eux. Il s’agit de faire en sorte que nous ayons un champ de jeu équitable, afin que les institutions de l’Etat ou du gouvernement soient arbitres. C’est sur cette base que nous accepterons les résultats des élections.

Le financement des élections et la mise à disposition des salaires des fonctionnaires sont des priorités pour le président par intérim le général Sékouba Konaté. Que peut faire la Communauté internationale ?

Il est vrai que le CNDD n’a pas fonctionné correctement pendant un an. Le fonctionnement des institutions financières était chaotique. Les conséquences sont bel et bien là. Les conditions de vie des citoyens sont difficiles et les caisses de l’état sont vides. Le Général Konaté est un homme courageux et déterminé à faire en sorte que la transition se déroule effectivement pendant  six mois. Il entend sécuriser les citoyens et leurs biens. Il promet de faire en sorte que les politiciens puissent circuler librement et garantir la liberté d’expression. Par ailleurs, il assure de sa volonté de mener à bon port la transition tout en restant en dehors du processus politique. Bref, il s’est dit engagé à organiser des élections libres, transparentes et démocratiques. Au regard de tout cela, nous comptons l’appuyer. Nous allons voir avec les partenaires de la Guinée comment contribuer à la réussite de la transition. Ainsi, nous pourrons appuyer la reforme tant désirée du secteur de la sécurité afin de restaurer la discipline, le commandement et le contrôle dans l’armée, les forces de l’ordre et de la sécurité. Ainsi, ce secteur pourra       jouer son vrai rôle de protecteur des populations.

Et s’il y avait un coup d’Etat malgré ces appuis de la CEDEAO, de l’Union Africaine et de la Communauté internationale?

Notre politique envers les coups d’Etat est connue de tous. C’est tolérance zéro. N’importe quel sous-officier ou officier qui tenterait de faire un coup d’Etat s’engagera dans un exercice inutile. Nous ne reconnaîtrons jamais un tel gouvernement et rendrons les choses extrêmement difficiles pour eux. Je crois qu’il vaut mieux que les militaires respectent leur vrai rôle dans la nouvelle dispensation dynamique d’instauration d’une démocratie véritable où les civils ont la main haute sur les forces de sécurité. Les Forces armées sont contraintes de sécuriser l’intégrité territoriale, les personnes et leurs biens, afin de permettre aux citoyens de vaquer librement à leurs affaires sans aucun empêchement. C’est cela le rôle sacré des Forces armées, mais pas d’interférer dans les affaires d’un gouvernement civil.


Interview réalisée par Youssouf Bah   
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

 

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Bangaly Traoré, lundi 1 février 2010
Une quatrième république,sinon rien!voila pratiquement,l`engagement du peuple et des partis politiques.Le général Sékouba konaté est à la manoeuvre.Revenu précipitamment de liban,le taciturne ministre de ls defense,joue une partie trés serrée-mais gagnable-dans un contexte où les nerfs des militaires,des population et des diplomates sont soumis à rude épreuve.Tellement la guinée est taraudée par l`angoisse,habitée par l`anxiété,et assaillie par les interrogations,les acteurs nationaux comme les observateurs étranger retiennent le souffle.C`est dans ce climat pourri,notamment dans les casernes,que le général sékouba a initie une décisive tournée des garnisons.Objectif:reprendre le contrôle d`un appareil militaire totalement dépareillé par l`existance d`unites hors hiérarchie,directement placées sous l`autorité des suppôts de Dadis.Une sorte de cancer dans le commandement militaire,il est temps et nécessaire pour notre général de donner une nouvelle tonalité,afin de trouner la page de la violence et du ono respect pour les institutions militaires et civiles initie et organisée par le capitaine Moussa Dadis et son entourage.Je croit fermement avec le général sékouba la fin de la dictature militire et civile dans notre pays.NB:le départ de Dadis a été une solution d`éviter une guerre civile en guinée.
Bryan, lundi 1 février 2010
Merci Monsieur IBN Chambas, merci à la france et aux Etats unis d`avoir soutenu le peuple de Guinée dans sa lutte pour se débarasser d`une dictature moyen ageuse et sanguinaire.Le peule de Guinée vous restera à jamis reconnaissant.Continuez en Libye
Nassirou, dimanche 31 janvier 2010
Oui, il faut mettre de l`ordre en guinée. Je pense qu`il faut même virer Ben Sekou Sylla et compagnie, la bande du pup dont les maires avaient fait honteusement campagne pour Dadis. La donne politik a changé, alors pourquoi on ne change pas les hommes? Surtout si ces hommes veulent considerer le processus électoral comme leurs vaches laitières. Ils savent qu`après les élections, ils seront au chomage. Donc ils font tout pour entraver le processus électoral en puisant massivement dans le budget de la CENI. Donc il faut leur auditer et leur virer pour leur remplacer par des personnes soucieuses de nous sortir de cette impasse.
kadija diallo, samedi 30 janvier 2010
vraiment nous soutenons tous la guinee. nous savons que la CEDEAO, l ONU, et la commission internationale veulent du bien pour la Guinee! en tout cas , on vous fait confiance, on compte sur vous de mettre la Guinee sur les rails.
Keoulenba, vendredi 29 janvier 2010
Avec le scenarion de Guinee Bissau,il est possible que les gars logent juste une balle dans la tete du president et ne fassent aucune declaration ni a la radio, ni a la television. Il faut tenir compte de tous les aspects pour proteger le peuple et les dirigeants. Les politiciens doivent etre moins fourbes aussi avec le peuple. Bonne chance a Chambas et a son equipe.
Abdoul.H, vendredi 29 janvier 2010
Merci Ibn Chambas, nous ne cesserons jamais de remercier aussi Bermard Kouchner et toutes femmes, tous ses hommes qui se sont réellment investi afin de nous sauver des griffes de ces rapaces qui nous avaient chosifié. Nous les pauvres guinéens, qui sont les sans-voix, nous étions pris en otages par ces voyous. Mais heureusment qu`il y a toujours des âmes bien nées que Allah faites et qui savent qu`il ne faut pas laisser faire les malfaiteurs.
Abdourahmane, jeudi 28 janvier 2010
Merci a Ibn chambas , pour tous les services que vous avez rendu au peuple de Guinéé . Mais ceux qui ne croient pas que vous pouvez rendre la situation difficile a un putshiste n`ont qu`a demander a Dadis .!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011