Dans son rapport 2010-2011 sur la situation des droits de l'homme en Guinée, l'organisation internationale de défense des droits de l'Homme, Human Rights Watch (HRW), appelle les autorités guinéennes à traduire en justice les responsables des massacres perpétrés en 2007 et 2009 en particulier et des crimes commis dans le pays depuis l'indépendance, d'une manière générale.
« Le Président Alpha Condé devrait s'attaquer aux graves problèmes de droits humains et de gouvernance qui ont marqué des décennies d'exactions en Guinée » selon Human Rights Watch, dans son rapport intitulé: « Nous avons vécu dans l'obscurité : Un agenda des droits humains pour le nouveau gouvernement guinéen ».
« L’avenir de la Guinée est en jeu. Les actions du Président Condé – ou son inertie – soit traceront un nouveau chemin favorable aux droits humains, soit figeront la Guinée dans les excès et les violences du passé » estime pour sa part, Corinne Dufka, chercheuse senior sur l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch.
Dans ce rapport de 78 pages, l'organisation de défense des droits de l'Homme rappelle que depuis l'indépendance, les dirigeants qui se sont succédé à la tête du pays ont utilisé les milices du parti au pouvoir et les forces de sécurité pour intimider et réprimer dans la violence les voix indépendantes.
Pour HRW, « l'impunité pour les crimes très graves qui ont jalonné l'histoire du pays a enhardi les générations successives d'auteurs de violations des droits humains. Démonter ce mécanisme et cette culture de l'impunité et bâtir une société fondée sur l'État de droit constituent le plus grand défi auquel est confronté le Président Condé ».
Pour y parvenir, indique l'organisation de défense des droits de l'Homme, « le nouveau gouvernement du Président Condé devrait prendre des mesures immédiates visant à réformer l'appareil judiciaire guinéen terriblement sous-financé et à lui apporter le soutien dont il a besoin ».
« La marginalisation, le délaissement et la manipulation du système judiciaire ont débouché sur des déficiences flagrantes dans ce secteur » d'après Human Rights Watch citant des magistrats, avocats, greffiers et d'autres personnes du monde judiciaire.
Il existe en Guinée 250 magistrats pour une population estimée à près de dix millions d'habitants. Soit un magistrat pour cinquante mille personnes. Le nombre d'avocats atteint à peine 200. Le budget alloué au secteur de la justice est de 0,5 %.
Afin que "plus jamais ça" en Guinée, Human Rightss Watch « recommande vivement au gouvernement de mettre en place un mécanisme chargé d'établir la vérité, pour exposer au grand jour les atrocités insuffisamment mises en lumière, notamment celles commises sous le règne de Sékou Touré, explorer la dynamique qui a donné lieu aux régimes répressifs qui se sont succédé et ont pu se maintenir au pouvoir, et formuler des recommandations visant à prévenir leur retour ».
Heinan Goba
de Conakry pour www.guineeactu.com