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Les plus grands gagnants de la transition, outres les civils approchés par népotisme ou copinage à la mangeoire, auront été assurément les hommes en uniforme : Armée, Police et Gendarmerie. Cette corporation a été manifestement gâtée, à telle enseigne qu’elle a dû créer une certaine frustration chez les autres fonctionnaires de l’Etat. L’envers du décor aura été entre autres les répressions sauvages dont cette corporation s’est rendue coupable.
Lansana Conté a commencé à porter attention sur ses proches. Puis vint Dadis Camara qui avait bien besoin de garantir son unanimité au sein d’une troupe divisée et indisciplinée. Ensuite, ce fut le tour de Konaté de garder les frères d’arme dans tous les soins : galons, traitements mensuel, habitat, etc. Sûrs donc de toutes ces sollicitudes, ces hommes en uniforme ont prouvé étrangement, leur vaillance sur la population qu’ils sont censés pourtant protéger. D’où les risques énormes d’être poursuivis plus tard par la Justice internationale pour nombreux crimes commis: non assistance à personnes en danger, comme c’est le cas récemment en Haute Guinée ; massacres du stade du 28 septembre, répression abusive viols et pillages en règle, appel à la haine, violences pré et post-électorales, etc. Bref, ces dernières années, c’est le printemps du corps habillé. Il a pris goût au pouvoir, à l’opulence, mais aussi à l’intimidation et aux excès de tout genre. Le tout soldé par une dangereuse indiscipline rampante.
Et, pour corroborer cela, le Figaro explique : « Pour calmer ces séditions dangereuses et reprendre un peu de contrôle, les régimes successifs ont aligné les concessions financières, les promotions farfelues et les recrutements claniques. Le général-président Lansana Conté, méfiant à l'égard de ses anciens frères d'armes, favorisait les siens, les Soussous. À sa mort, en 2008, son successeur, le fantasque capitaine Moussa Dadis Camara, a lui aussi cajolé l'armée avant d'être grièvement blessé par son propre aide de camp. Nommé à sa suite pour conduire la transition vers la démocratie, le général Sékouba Konaté n'a eu, en dépit de son prestige dans les rangs, d'autres solutions que de desserrer encore un peu plus les cordons de la bourse. » Et d’ajouter : « Le bilan des recrutements et de ces distributions de galons s'est révélé une catastrophe. Le corps de l'armée n'abrite presque plus de soldats de base mais compte en revanche trois officiers pour un sous-officier. En 2000, les militaires étaient 10.000. Ils seraient aujourd'hui plus de 45.000, engloutissant à eux seuls 40% de la masse salariale de l'État. (...) Nul mieux que Sékouba Konaté ne connaît les défis et les risques qui attendent l'élu. Le président par intérim n'enlève jamais son gilet pare-balles. » Ces hommes en uniforme doivent savoir que les crimes qu’ils ont commis ne resteront pas impunis.
Pour leur part, aucun des candidats au premier tour de la présidentielle n’avait évoqué la Justice internationale à propos des massacres vécus et ce, durant toute la campagne. Les deux finalistes aussi feignent de l’oublier. Peut-être à dessein. Il reste tout de même clair que l’armée guinéenne a besoin de très profondes réformes pour devenir professionnelle et républicaine. Faute de quoi, une nouvelle immixtion des hommes en armes dans le jeu politique est inévitable. Même si certains, comme le commandant Naby Camara, alias B52, accordant une interview à la presse étrangère pense que: « Le temps des coups d'État est passé. C'est l'heure de la démocratie. Même si un militaire voulait prendre le pouvoir, la justice internationale ne le laisserait pas faire. Il serait arrêté et emprisonné à La Haye. »
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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