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L’un des nôtres, en l’occurrence Ibrahima Naby Diakité, ministre de la Décentralisation et du Développement Local, vient de nous quitter prématurément.
Son action plaide déjà pour lui, en ce sens qu’il a véritablement rendu ses lettres de noblesse à des termes jusque là inappliqués ou inexistants chez nous : la décentralisation repensée et le développement local partout, et non pas comme à l’accoutumée, celui de la région d’origine du décideur uniquement et/ou principalement.
Non seulement c’était son domaine de compétences qui lui a valu d’être reconduit exceptionnellement dans le nouveau gouvernement, mais il avait réussi à réécrire/renverser la tendance dans une Guinée où l’accent a toujours été mis sur Conakry, l’assistanat, la débrouille et l’importation massive de denrées de toutes sortes sans un impact profitable au développement du pays.
Il est le ministre qui a véritablement posé des actes concrets et visibles en si peu de temps.
Il avait basé son programme autour de la déconcentration de l’outil d’Etat qui devrait faciliter le développement de toutes nos villes et, par voie de conséquence, raffermir le sentiment d’équité d’une région à l’autre afin d’asseoir définitivement la volonté d’appartenance de tous les Guinéens à une même Nation.
Sa vision prospective était en phase avec les défis du développement guinéen qui ne sauraient se faire en dehors de l’agriculture et des infrastructures, comme l’avaient si bien compris des pays dits émergents comme la Chine et l’Inde. Nous nous accordions sur le fait que c’était la meilleure voie pour combattre les inégalités géographiques scandaleuses, le niveau alarmant de l’ethnocentrisme et l’exode rural qui faisait de Conakry le pays tout entier, entre autres.
A travers nos échanges, il ressortait que les principales doléances des populations de la capitale qui touchaient à l’eau et l’électricité par exemple ne laissaient même pas imaginer le taux de désespérance dans les campagnes.
Naby s’était doté de la noble mission de « changer les choses à son petit niveau» comme il se plaisait à dire.
Il était convaincu que c’est par des petites touches généralisées que la Guinée se relèverait de ses cendres.
C’est aussi le lieu d’appuyer ses ambitions patriotiques en rappelant que comparaison n’est pas raison d’une part et qu’il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs d’autre part.
Que retenir de ses qualités humaines si ce n’est l’humilité, l’engagement sans faille, l’honnêteté intellectuelle, la modestie, le sens aigu du devoir, la détermination, la valeur de la parole donnée… et la compétence par-dessus tout !
En vrai baroudeur conscient du fait que le travail se faisait sur le terrain, il s’était détaché des bureaux feutrés et des arcanes du pouvoir dès sa première nomination pour aller à la rencontre du pays profond. Il y était encore à quelques heures de sa mort en bleu de chauffe. Quelle perte immense pour notre pays meurtri qui gagnerait en mettre en exergue de tels talents !
Son discours à l’endroit des administrateurs des provinces tout comme ses recommandations aux paysans ne connaissent pas de précédent dans notre pays.
Il avait compris que le développement local était le préalable de toute avancée dans un pays qui a toujours prôné le « Tout-Etat » mais en se limitant à sa vitrine éhontée Conakryka.
Sa famille retiendra ce sourire éternel, son sens du devoir et de la compassion.
J’ose espérer que les nouvelles autorités sauront se montrer exemplaires vis-à-vis de sa veuve et de ses 3 enfants en bas-âge à l’avenir désormais délicat, voire incertain.
En regard des événements télévisuels du moment avec des acteurs de plus en plus nombreux et des populations qui feignent de découvrir ce que tout le monde savait en silence, Naby a prouvé qu’on pouvait être ministre en Guinée, avec des enfants scolarisés dans nos écoles et sans avoir nécessairement besoin de détourner les sommes destinées aux objectifs préétablis.
Enfin, il est à souhaiter que son œuvre prenne forme, même si encore une fois, nous sommes dans le pays où le nouveau venu remet systématiquement au placard les acquis et les projets de son prédécesseur.
Puisse le Très-haut l’accueillir en son paradis céleste. Amine, Amina, Amen.
El Hadj Soumah, Paris
Pour www.guineeactu.com
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