samedi 25 avril 2009
Heurs et malheurs d’une transition
Lamarana Petty Diallo

La prise du pouvoir par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) a sauvé la Guinée d’une grande crise au sommet de l’Etat. La caducité de l’institution censée assurer la transition, comme le stipule la loi fondamentale, ne faisant l’ombre d’aucun doute. Bon nombre d’observateurs nationaux et étrangers se sont félicités du dénouement du régime Conté. Les 24 ans de règne du Général se terminaient comme les 26 autres de Sékou Touré : sans effusion de sang ni guerre civile.

 

L’annonce du coup de force a été accueillie comme un soulagement. En tout cas, comme un moindre mal.  Toutefois, si la transition qui s’annonçait soulevait des espoirs, elle ne cachait pas moins d’inquiétude.

 

Les raisons ne manquaient pas. On se demandait partout, dans les rues, les quartiers, l’administration, les chancelleries, quels sont ces soldats qui, en une nuit de début de deuil, ont pris le pouvoir sur un cadavre encore chaud ? Tous les militaires étant formés à la guerre et pour elle, les soldats guinéens vont-ils préparer la paix ? L’armée guinéenne qui a creusé un fossé profond entre elle et les populations civiles, parviendra-t-elle à le combler, une fois que le Général en chef n’est plus là ? N’est-ce pas lui qu’on accusait d’entretenir la division, et au sein de son corps et entre les hommes en tenue et le citoyen ? Sa fin marquera-t-elle la fin de tous les malheurs, ou bien enfantera-t-elle des lendemains similaires à ceux de 1984 ?

 

Autant d’interrogations qui commencent à prendre corps et avoir de plus en plus de sens. Les événements de Conakry, dans lesquels on parle de coup d’Etat manqué le 22 avril, replongent le pays dans les gouffres d’antan.

 

Je ne donnerai, cela se comprend, aucun avis là- dessous. Je n’ai pas plus qu’un autre, d’éléments d’appréciation. Je ne tergiverse pas et attends des compléments d’information. Je ne parlerai que de ce qui pourrait arriver si ce coup manqué s’avérait réel. Considérons que cela ne soit pas. Le mal est déjà là, qui rôde et attend son heure. La raison : personne ne pourra plus taire la rumeur qui sera doublée, encore et toujours, d’autres rumeurs.

 

Un certain nombre de questions se posent. Je ne puis y apporter tout seul les réponses. Par conséquent, autant je m’interroge, autant, j’interroge mes concitoyens partout à travers le monde ! J’interroge la classe politique, les forces vives, le CNDD et son Président ! J’interroge le pays et le peuple ! J’interroge la Communauté internationale ! J’attends la réponse des uns et des autres ! Y compris les plus allergiques car,  leurs réponses sont parfois plus fortifiantes qu’on ne le pense !

 

La Guinée, disait-on dans mon enfance, est un pays qui interroge dans un continent, l’Afrique, qui n’interroge pas moins. Mais, l’interrogation de la Guinée perdure et s’éternise, alors que des solutions ont été trouvées ailleurs. Certes, on en conviendrait que toutes n’étaient souhaitées. Il faut donc éviter à notre pays la pire des solutions.  Pour cela, il n’ ya qu’une seule voie : la démocratie. Celle promise par la junte ! Mais que voit-on ?

 

La junte au pouvoir se montre de plus en plus incohérente, et dans sa démarche et dans sa finalité. Des chantiers ouverts tous les jours, sans que jamais, un seul n’arrive à terme. La volonté est certes là, mais elle ne suffit pas, tant sont nombreux les va- et- vient, les hésitations et les reniements !

 

Un CNDD fissuré face à un président volontaire mais inexpérimenté et coléreux,  commence à  faire réfléchir  beaucoup d’observateurs. Si le coup d’Etat était réel, nous pourrons d’ores et déjà  dire : « Où allons-nous, guinéennes et guinéens ? »

 

Une classe politique  qui affiche une unité de façade et qui, en dépit des encouragements de certains militants, sympathisants et analystes, s’entendent le matin, s’engueulent l’après- midi, se trahissent la nuit. Entre ceux qui font la cour au CNDD, ceux qui torpillent leur propre signature et engagement au sein des forces vives, ceux qui s’engouffrent dans des postes administratifs sous forme de contrat à durée déterminée, parce que leur parti n’aurait plus de finances et ceux, enfin, qui constituent des comités de soutien au compte du CNDD, où allons- nous mes compatriotes ?

 

La même classe politique guinéenne se contente de ce qu’on lui offre aujourd’hui et qu’on lui retire le lendemain. En fait foi, le communiqué du 23 avril 2009, qui restreint à nouveau les activités de partis politiques. Comment pourrait-il en être autrement, si les leaders politiques n’ont toujours pas compris que le pouvoir ne s’offre pas. Qu’il se conquiert ? Qu’il n’y a pas de parti politique et de démocratie sans presse libre ?  Avec leur attentisme ou leur manque d’audace, mes cher (es) compatriotes où va la Guinée ?

 

Aujourd’hui, tout militaire se prend en Dadis.  Si ce n’est plus. Tout homme en kaki met la sirène quand il veut, pour houspiller les civils. Dans les rues de Conakry, on se croirait au pays de Rambo II, tant les véhicules des soldats roucoulent et volent à vive allure. Cela, qui en parle, mes chers concitoyens ? Comme en 1984, l’euphorie l’emporte sur la raison ! Le soldat se croit un citoyen à part. Un guinéen au-dessus des autres. Que le simple port de la tenue lui donne tous les droits. On n’entend, par-ci par-là, des regrets de n’être pas soldats, pour pouvoir se refugier derrière la tenue et avoir de la considération. Où allons-nous si chacun n’est pas fier de ce qu’il est ?

 

Certains de nos frères en kaki donnent l’impression de former un peuple à part, tant l’époque leur sourit. A croire que tout militaire, y compris celui qui se rend à Madina ou Gnènguèma faire ses achats, est mandaté par Dadis ! Partout où vous voyez un de nos compatriotes en tenue, il y est  au nom du CNDD !  Cela, qui en parle, citoyennes et citoyens?

 

Ce sont les mêmes  militaires qui disent dans les rues, les bureaux et les quartiers : « aucun civil ne nous enlèvera du pouvoir ! ». Comment faire, si les médias du pays mettent quotidiennement à La Une, les photos du Capitaine Dadis, au lieu de décrire la réalité des faits ?  Hélas, cela se voit également sur le net, où un certain site s’est purement et simplement transformé en Horoya bis ! Au lieu d’informer, il nous gave du quotidien du CNDD et du gouvernement. Comment faire quand, dans un pays, ceux-là, qui font entendre une voix autre, sont systématiquement considérés comme des ennemis du pouvoir et de la nation ? Allons-nous continuer à encenser ?

 

Sommes-nous un peuple fait pour applaudir, comme disait le fou des Crapauds-Brousses, guinéennes et guinéens ?

 

On me rétorquera que nous n’avons connu que cela depuis 1958. Il n’y a qu’à voir Dadis dans les rues de Conakry pour s’en rendre compte. Du soldat  nous en avons fait un messie ! Nous voulons maintenant qu’il soit homme. Que sa voie diffère de celle de Sékou Touré et de Conté ! Quel paradoxe ? Ensuite, nous espérons changer en subissant, en nous agenouillant devant le chef ! Un chef qui ne l’a pas demandé et qui disait : « ne nous vantez pas, conseillez- nous ! »

 

A qui la faute, comme disait la pièce de Mamou, chers compatriotes ?

 

Les interrogations ne finissent pas ! Je voudrais qu’on m’aide à comprendre ! Croyons-nous que c’est par simple amour ou philanthropie que toute la Communauté internationale se mobilise depuis plus de dix ans pour la Guinée ? Aucunement  pas ! Elle voit ce que nous voyons nous-mêmes en feignant d’ignorer. La Guinée doit se retrouver ! Il est temps ! Grand temps ! Au cas contraire, la fissure au sein de l’armée, des partis politiques et demain, au sein des forces vives, risque, si nous ne prenions garde, de s’éventrer et engloutir plus d’un !

 

Mise en garde ? Pessimisme ? Aucunement pas ! C’est une complainte ! Un appel au secours ! Une prise de conscience patriotique !

 

Pour cela, il faut que les accords soient respectés ! Que le Conseil National de la Transition (CNT) soit mis en  place ! Que les leaders des partis politiques soient plus entreprenants et exclus des forces vives, les squatteurs du Camp Alpha Yaya dont le seul dessein, c’est tromper Dadis  et trahir le peuple ! Que le Président Dadis lui-même soit plus conséquent !

 

J’ose le dire parce que, comme bien d’autres, je ne fais la cour à personne ! Je suis, comme bien d’autres, décidé à faire entendre ma voix : une voix différente des torpilleurs de la réalité, qui font croire que la Guinée pourrait s’en sortir sans des élections démocratiques et au plus tôt !

 

Moi, je ne fais pas le voyage de Conakry pour revenir intoxiquer ou vouloir impressionner par mes rencontres ! Enfin, j’ai choisi d’agir dans cette voie jusqu’au jour où le pays, le nôtre, s’inscrira dans le concert des nations démocratiques ! Quitte à se retrouver, comme bien d’autres avant moi, au banc et taxer de ce qu’on voudra !

 

Mais, dans tout cela, je demande à chacun de nous, d’essayer d’apporter une réponse à nos interrogations communes !

 

Enfin, je reste optimiste et rêve d’une nation guinéenne où chaque famille n’aura pas son parti politique ! Où les cadres civils et militaires ne creuseront pas la tombe de la nation ! Une Guinée dans laquelle chacun sera à sa place et reconnaîtra le mérite de son concitoyen !

 

 

Lamarana Petty Diallo

pour www.guineeactu.com            

 

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
DIALLO, mercredi 29 avril 2009
C`est invraisemblable que nous sommes encore là. Les combinaisons des gens en cette période de transition brouille les guinéens. Les militaires sont les protecteurs du pays. Les hypocrites qui tournent autour du CNDD sont dangereux pour la démocratie.Soyons constuctifs dans le débat national.
Laurent, lundi 27 avril 2009
Cela semble logique. Le hic est qu`une élection précipitée sans d`abord une réorganisation de l`armée nous conduira inévitablement à un autre coup d`état à la mauritanienne. Et ce ne sera pas nécessairement un patriote comme Dadis que nous aurons.
Saikou Diallo, dimanche 26 avril 2009
Mr. Diallo, Merci pour votre contribution objective sur le debat national Guineen. Sans vous flatter, j`ai toujours hate d`ouvrir vos articles qui, a mes yeux, constituent l`approche reelle de la situation politique de notre pays. Je suis sure qu`il y a des milliers de gens qui partagent mon avis vous concernant. Mes encouragements. Saikou Oumar Delaware, USA
bah cheick(bruxelles), dimanche 26 avril 2009
une bonne analyse mon frere ,continu

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011