« Je ne compte que sur la justice pour me rétablir dans mes droits ». Tels sont les propos de Me Aminata Barry, fille de Barry Diawadou, victime du tristement célèbre camp Boiro, sous le règne de Sékou Touré, qui s’est lancée dans une véritable bataille judiciaire contre Sidiki Kobélé Kéita, écrivain et historien. Un des fervents défenseurs de l’héritage de la première République. Me Aminata Barry a aussi dans son viseur, le fils du président Sékou Touré, Mohamed Touré. Les deux hommes sont poursuivis devant les tribunaux de Conakry.
Ainsi, le jeudi 17 juin dernier, la salle d’audience du tribunal de première instance de Kaloum a servi de cadre au procès qui oppose Me Aminata Barry et Sidiki Kobélé Kéita. Qu’elle poursuit pour « diffamation ».
Devant un parterre de jeunes avocats bien déterminés à faire la lumière et toute la lumière sur cette affaire vieille de huit (8) ans, et qui n’a que trop duré à leurs yeux.
L’audience débute par le réquisitoire du procureur demandant à la Cour de se fonder sur l’article 545 pour déclarer la citation à comparaître « nulle ».
Mais Me Fatoumata Binta Diallo (Fabi), avocate de Me Aminata Barry s’oppose à cette déclaration et dit d’aller dans le fond de l’article qui stipule que « les différents modes de citation d’un prévenu à la barre, qui peuvent être faits à la demande du procureur, à la diligence du juge de paix, du procureur de la République et surtout de la partie civile. La partie civile est en droit de citer de manière directe un prévenu… »
Me Bea d’ajouter, qu’en l’absence du prévenu qui a été interpellé à plusieurs reprises et qui refuse de répondre à la demande, au président de la Cour de faire appel et de tirer toutes les conséquences du droit.
Me Destephen, pour sa part, affirme que Kobélé se moque de la Justice. « Il est de mauvaise foi », a-t-il martelé. Tout en demandant ensuite l’application de la loi dans toute sa vigueur et de lancer un mandat d’arrêt contre sa personne.
Pour sa part, l’avocat qui représentait Sidiki Kobélé Kéita n’a pas eu droit à la parole, car le collectif des avocats de Me Barry en bloc s’y est refusé.
Pour eux, un interpellé ne peut se faire représenter par son avocat. A côté de Me Aminata Barry, nous avons remarqué la présence de son frère aîné M. Afidou Barry, journaliste vivant à Libreville, qui déclare avoir connu Kobélé en France, en 1956.
Pour avoir fréquenté le même lycée que lui à Chartres en France. Très remontée contre Sidiki Kobélé, Me Aminata Barry s’est exprimée en ces termes : « Huit ans après j’ai cru bon réveiller le dossier Sidiki Kobélé pour lequel je m’étais constituée partie civile, car disons que j’avais essuyé un déni de justice puisque l’affaire avait été mise en délibéré et 4 mois après de renvoi en renvoi. Maintenant j’estime que la Démocratie, la vraie est rentrée en Guinée par la grande porte. J’ai confiance en la justice même en une justice bancale, je pense qu’elle est la voie royale qui pourrait mener à la réconciliation nationale, que le droit soit dit, que la justice ne soit pas partisane. Voilà pourquoi j’ai soulevé la question au moment ou la justice est entrain de retrouver des couleurs avec la comparution de certains hauts responsables, le barreau a redressé la tête quand le président Dadis les a brutalisés certains ont même été décorés ».
De la genèse du conflit qui existe entre les deux protagonistes, Me Barry Aminata s’est permis de tout rappeler dans les moindres détails : « C’est dans son premier livre (Complots contre la Guinée de Sékou Touré de 1958- 1984), qui avait déclenché le premier procès, et qui n’a finalement pas encore été vidé. Moi toute la République me connaît pour mon engagement, pour la défense des droits humains et particulièrement pour le camp Boiro, il me cite dans son livre, en déclarant que mon père veut faire un coup d’Etat pour instaurer une République Islamique en Guinée. Tout ceci parce que mon père étant de retour du Caire où il était Ambassadeur avait envoyé avec lui des caractères pour l’impression du Coran en Guinée à l’imprimerie Patrice Lumumba, où il occupait le poste d’administrateur. Ce qui serait un plus pour la Guinée ; parce que les Allemands sous la houlette de mon feu père avaient bien outillé l’imprimerie. Ce qui à ses yeux serait le tremplin pour faire un coup d’Etat avec les moyens de fonds Arabes et instaurer une République Islamique. Moi je ne suis pas politicienne, je ne compte que sur la justice pour me rétablir dans mes droits ; et je me bats aussi pour les générations futures car l’histoire est une science, on n’invente pas ou on ne raconte pas des affabulations ; qu’on prouve, qu’on assume ce qu’on dit devant les Hommes et devant Dieu… C’est extraordinaire quand on est courageux pour écrire et qu’on ait peur de répondre de ses actes. Donc à mes yeux, cela prouve qu’il a menti et qu’il fait des affabulations… Il m’a en face de lui et nous irons jusqu’au bout lui et moi… Kobélé se moque même de la justice, il la banalise c’est pour cela qu’il s’est puni, voilà où conduit le déni de justice, lorsqu’il y a déni de justice il y a impunité, et quand il y a impunité il y a récidive et comme cette affaire n’avait pas été tranchée alors que ça avait été mis en délibéré d’ailleurs c’est le plus long délibéré qui puisse exister. Moi je demande une seule chose, qu’on dise le délibéré, puisque tous les débats avaient été faits dans la forme et dans le fond. Vous voyez là où l’institution judiciaire n’est pas respectée, ce n’est pas une tierce personne comme moi qu’il va considérer. Kobélé n’ayant pas été soumis aux actes pendant le premier procès, il récidive dans un autre livre qu’il a dédié à Gomez « Autopsie d’un pamphlet ». Il affirme dans une des pages où il fait allusion à ce procès qui n’a jamais été vidé en faisant croire aux lecteurs qui le lisent que la vérité a éclaté, et qu’il avait eu raison. Je suis très contente, parce que maintenant la justice aura compris que Kobélé ne lui voue aucun respect, je suis juriste de formation, je sais ce que je dis, il banalise cet instrument jusqu’au point de s’absenter à cause d’une citation. Parce que l’époque qu’il vénère n’avait aucun égard pour la justice malgré l’existence de toutes les lois à la période de la Révolution, il croit donc à cette époque où la justice était une chaussette sale. Voilà pourquoi il n’est pas venu. Au premier procès, il se présentait chaque jour, ses avocats ont même demandé pardon, en tout cas son avocat qui est un ami à moi il n’y avait ce jour là que Me Richard pour me détendre. Comme je l’ai dit plus haut, mon seul recours c’est cette justice. Et je crois en ses vertus, pour me rétablir dans mes droits et pour cela j’irai jusqu’au bout ».
Le président de la Cour de déclarer que le débat est remis en quinzaine, c’est-à-dire le 1er juillet. En attendant de reconstituer le dossier initial qu’il n’a pas en sa possession pour une nouvelle introduction.
De la décision finale, la Cour ayant convoqué à plusieurs reprises Sidiki Kobélé Kéita, celui-ci n’ayant pas répondu à l’appel, va délivrer un mandat d’arrêt pour sa comparution forcée.
En plus de Kobélé, Me Aminata qui se bat sur deux fronts devait avoir un face-à-face ce mardi, devant le tribunal de Mafanco avec Mohamed Touré.
Mais l’audience a été reportée à cause de la journée de réconciliation nationale organisée par le CNT.
Affaire à suivre
Bah Boubacar
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com