 |
Faut-il désormais avoir peur des mois de septembre dans notre pays ? La question mérite vraiment d’être posée tant le simple fait de prononcer le vocable cela donne des frissons. En effet (pour ne pas aller trop loin), depuis les attaques rebelles de 2000, des septembres sanglants se suivent et se ressemblent chez nous. Nul ne saura réellement combien il y a eu de morts le long des frontières Sud et sud-est de la Guinée.
Les stigmates sont encore visibles à Guéckédou, Moussadou, Pamelap, Madina Oula, etc. Des Guinéens y ont perdu leur vie et leurs vivres. Comme si cela ne suffisait pas, un autre septembre a été vécu dans les chairs et dans les âmes. C’est celui du stade du 28 septembre : carnage. On nous parle d’au moins 150 morts, des cas de viols et des pillages en règle. Des corps n’ont jusqu’à présent pas été retrouvés. Certaines victimes tardent encore à se remettre faute de moyens financiers et/ou de soutien psychosocial. Voici aujourd’hui un autre septembre noir. Septembre de la présidentielle guinéenne censée être enfin plus démocratique, mais septembre des affrontements, d’escalade de la violence, septembre des clivages ethniques, septembre des divergences tout acabit, septembre ‘’des deal avec...’’, septembre de ‘’la mafia et des commerçants’’. Les deux principaux acteurs ? Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo. Car, ce sont leurs militants qui s’affrontent et s’entredéchirent, au mépris du protocole de Ouaga. Comme bilan, on nous parle déjà d’un mort, d’actes de vandalisme, et de nombreux dégâts matériels, etc. Il devrait revenir à chacun de ces leaders de sensibiliser ses militants pour que cette présidentielle se passe sans encombres. C’est là aussi où se trouvent leurs responsabilités devant l’histoire. Il ne s’agit pas de chercher un nom sur le sang des citoyens. Sur les ruines des ressources des citoyens. Des citoyens transformés pour la circonstance en simple bétail électoral.
Pourtant à Ouaga, Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, même en chiens de faïence, s’étaient engagés « à mener une campagne politique apaisée, dans le respect mutuel et conformément aux dispositions constitutionnelles et législatives en vigueur ainsi qu’au Code de bonne conduite auquel ils ont adhéré, afin de préserver la cohésion et l’unité du pays. Ils prendront toutes les dispositions nécessaires pour que leurs militants fassent preuve de retenue lors de la campagne électorale. » Si ces deux leaders ne savent toujours pas canaliser leurs militants, à quoi bon alors de se faire invité à Kosyan ? Qu’on arrête de nous distraire – dans cette très longue angoisse, doublée de haine grandissante - avec des invectives par medias interposés. Les Guinéens réformistes ont besoin de projets de société fiables. Pas de spectacles de désolation, de loubards ou de revanchards.
Quant à la Ceni qui se bat certes pour une bonne issue du second tour, elle doit néanmoins travailler dans le cadre du chronogramme conformément aux recommandations de la commission ad hoc. Ce qui pourrait éventuellement dissiper l’angoisse de se voir ‘’dépossédé’’ chez certains et la rancœur d’avoir perdu chez les autres. Quoiqu’il en soit, plus personne n’a envie d’un autre septembre sanglant, fait de règlements de comptes.
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
|
 |