samedi 8 mars 2008
Hadja Tété Nabé, ministre des Affaires Sociales : « Aujourd’hui, la pauvreté se féminise ainsi que le VIH… »

A l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, Madame la ministre des Affaires sociales, de la Condition féminine et de l’Enfance, Hadja Fatoumata Tété Nabé, a bien voulu accorder une interview à notre reporter.

L’indépendant : Comment se prépare le 8 mars et sur quel thème cette journée sera-t-elle portée ?

Hadja Tété Nabé : Très bien, j’apprécie la mobilisation. Le thème international de cette année est intitulé « Financement de la promotion de l’égalité entre les sexes et l’émancipation des  femmes ». En Guinée, le thème national est : « 8 mars, 8 femmes, 8 objectifs ». L’on se rappelle que dans les Années 1800, un 8 mars, les femmes ont décidé de braver les forces ségrégationnistes de l’Amérique à l’époque. De nos jours, les mêmes pratiques existent sous diverses formes.

Quelle est la politique de votre Département pour inverser les tendances en général et de la Femme guinéenne en particulier ?

Je vous remercie pour la question. La situation de la femme guinéenne n’est peut être pas celle que vous avez  évoquée. Le ségrégationnisme, dans notre contexte, est lié aux valeurs et aux pratiques socio culturelles héritées du passé ce qui fait que le regard de la société sur la femme est toujours stéréotypé. Pour inverser cette tendance, nous avons identifié un certain nombre d’axes sur lesquels nous travaillons. Ces axes concernent:

La promotion de la scolarisation de la jeune fille, le renforcement de l’accès des femmes à l’environnement lettré.

Comme vous le savez, les filles d’aujourd’hui, sont les femmes de demain. Il me paraît important de se mobiliser en faveur d’une scolarisation massive des filles. Pour cela, il faut une sensibilisation soutenue des femmes, des parents et de toute la société. Il faut également aider à l’allègement de la pénibilité du travail des femmes en zone rurale pour libérer les jeunes filles des contraignantes tâches domestiques. De cette façon, elles auront le temps de fréquenter l’école et de bénéficier de l’instruction qui demeure le moyen le plus sûr pour leur épanouissement. Il en est de même pour l’alphabétisation. Il est important d’améliorer significativement les taux d’alphabétisation des femmes et de promouvoir leur accès à l’environnement lettré.  En effet, l’un des problèmes prioritaires à attaquer pour faire évoluer durablement la situation de la femme dans notre pays est la question de l’éducation. Il s’agit  de sortir les femmes de l’analphabétisme et de l’illettrisme, de renforcer leur niveau éducatif et leur compétence professionnelle. Ceci me semble important pour notre société et pour nos ménages. Regardez, aujourd’hui, la pauvreté se féminise ainsi que le VIH.

La promotion des droits des femmes.

Comme vous le savez, les lois guinéennes ne sont pratiquement pas discriminatoires vis-à-vis des femmes, ceci est un acquis majeure. Seulement, depuis plus de 40 ans que ces lois existent, elles sont méconnues, et des femmes, et des hommes. Elles rencontrent des difficultés d’application. Il faut absolument se battre pour populariser ces lois au niveau des populations. On pourra espérer qu’avec tous les efforts en cours pour la bonne gouvernance, certaines pratiques évolueront et permettront aux femmes de jouir de leurs droits. J’invite les ONG féminines, l’élite féminine à être à la pointe du combat pour réaliser le plaidoyer et la sensibilisation nécessaires pour la promotion et la protection des droits des femmes.


La lutte contre les stéréotypes socio culturels et la promotion d’une culture du Genre.

Regardez, il y a de nombreux hommes qui refusent à leurs femmes d’entreprendre des activités économiques. Ceci n’est pas normal, car on ne peut pas tout laisser aux hommes. Il est dans l’intérêt de la famille que la femme participe aux revenus. Comme cela, on est sûr de faire reculer durablement la pauvreté. C’est aussi le cas du refus de scolariser les jeunes filles. C’est absurde. Si la femme bénéficie d’un meilleur niveau d’éducation sanitaire, donc d’hygiène, ceci se traduira pour la famille par une meilleure santé pour les enfants et soulagera les dépenses de santé. Je vais plus profondément au niveau des CRD, je constate que la plupart des plans de développement locaux ne prennent pas en compte les préoccupations des femmes, alors qu’elles constituent le plus important potentiel électoral. Il faut que nous changions de comportement, que nous adhérions davantage à la cause de l’émancipation de la femme, pour le bonheur de nos ménages et de la société. Les femmes sont plus de 53 % de la population, mais elles sont absentes dans les sphères de prise de décision et l’Assemblée se dit prête à ratifier un projet de Loi si jamais vous le soumettez pour que les femmes soient représentées à 30 % sur les listes électorales. Cette question est en examen, elle fera l’objet de discussion et d’échanges avec les associations et réseaux  militants pour la cause de la femme. Je pense qu’un tel projet de loi sera une avancée. Mais encore une fois, il est important de renforcer les capacités citoyennes des femmes : elles doivent se mobiliser pour le vote, s’intéresser à la gestion de la cité et de la chose publique, donner des points de vue et participer aux élections.

Qu’en est-il de ce projet de loi à votre niveau parce que le 5 Avril sera la rentrée du Parlement ?

Nous sommes en discussion et restons optimistes. La Guinée est l’un des pays signataire des Conventions Internationales notamment celle de Beijing (Chine) et de Dakar. Mais l’on remarque que la Guinée continue à faire des plaidoyers notamment en ce qui concerne les mutilations génitales, le mariage précoce et autres poids de la coutume ancestrale.

Qu’elle est la politique adaptée par votre Département pour l’application de ces Conventions ratifiées ?

L’organisation des plaidoyers sur les mutilations génitales et les mariages précoces ne sont pas en contradiction avec les recommandations de la réunion de Beijing. Ce qu’il faut retenir  est que Beijing s’inscrit dans le cadre  de la promotion de l’égalité des sexes et du genre. Et les recommandations formulées ont permis à nos pays de réaliser des avancées. Par exemple, en Guinée, c’est dans le cadre de la réalisation des recommandations de Beijing, que la première politique de promotion de la femme fut adoptée. Vous avez des résultats sur le terrain. La réalisation de la politique nationale de promotion féminine concoure également à l’application des différentes conventions. Aussi, des revues sont effectuées pour le suivi de l’application des différentes conventions et des rapports périodiques sont élaborés.

Quels sont les efforts consentis par votre Département pour la promotion de la femme pour l’occupation des postes de prise de décision ?

Mon département mène le plaidoyer pour la promotion des femmes aux postes de décision. Nous travaillons en partenariat avec la société civile pour l’accomplissement de cet objectif. Je félicite particulièrement les ONG Féminines pour la qualité du travail qui a été effectué ces derniers temps. De cette façon, je pense que les choses avanceront rapidement.

Quelle place occupe la lutte contre le VIH/SIDA, quand on sait que les femmes sont les plus infectées et les plus exposées à cette pandémie du siècle ?

La lutte contre le VIH/Sida s’inscrit dans nos priorités. Nous travaillons en relation avec le Ministère de la Santé sur la question ainsi que le CNLS. Nous sommes un point focal. Le constat de la féminisation du Sida fait que mon département joue d’avantage un rôle clé dans la lutte contre cette pandémie. J’estime que les partenaires devront aider mon département à s’impliquer de façon forte auprès des groupements et associations de femmes dans le cadre de la sensibilisation et dans l’assistance aux personnes infectées.

Avez-vous un dernier mot pour les Femmes guinéennes ?

Mon dernier mot est d’inviter mes sœurs des ONG, de la Société Civile, des partis politiques à se mobiliser pour la cause de la femme, à s’impliquer activement et de façon militante à la transformation du statut de la femme. A mes collègues du gouvernement, je plaide pour l’accroissement des ressources en faveur du secteur de la promotion féminine. Je continue de croire qu’il est impossible de moderniser notre société, de lutter contre la pauvreté et d’atteindre les objectifs du millénaire, si nous n’investissons pas davantage sur l’éducation des jeunes filles et des femmes. Je souhaite bonne fête à toutes mes sœurs et à tous mes frères.

Propos recueillis par Aminata Touré
L’indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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