vendredi 18 juin 2010
Hadja Saran Daraba Kaba, candidate de la CDP : « Nous ne pouvons pas être ce que nous sommes aujourd’hui si nous oublions le passé »
Saran Daraba

Avant de partir pour sa tournée à l’intérieur du pays, dans le cadre de la campagne présidentielle, Hadja Saran Daraba, candidate de la CDP s’est confiée à nos reporters.

L’Indépendant : Quel effet cela vous fait-il d’être la seule femme parmi les 24 candidats en lice pour le scrutin du 27 juin ?

Hadja Saran Daraba : Effet motivant, mais également un effet, disons de perturbation, puisque quand vous êtes la seule à porter la voix de la moitié de la population, vous avez un défi énorme à relever, donc il y a à la fois beaucoup de fierté, mais également beaucoup de stress, parce qu’on se dit est-ce qu’un va pouvoir transcrire toutes les préoccupations des femmes, est-ce qu’on va avoir le langage qui leur permettra de comprendre que ça c’est un défi historique, c’est la première fois qu’une femme se présente aux élections présidentielles dans notre pays, donc c’est une chance à saisir, si nous ne la saisissons pas que faire dans l’avenir.

Pensez-vous avoir une chance de franchir le 1er tour de ces joutes électorales qui s’annoncent serrées ?

Ecoutez, en matière d’élections, vous savez les prévisions dans les pays organisés qui ont l’habitude des élections multipartites et des moyens logistiques, disons de terrain qui permettent vraiment de faire des pronostics, mais si aussi certains pronostics ont été déjoués même dans les pays les mieux organisés, je voudrais vous rappeler les élections présidentielles en France avec l’élimination de Lionel Jospin au 1er tour, alors que tous les pronostics lui donnait presque gagnant, donc chez nous on ne peut pas non plus faire des pronostics mais ce que je sais l’électorat risque de nous réserver des surprises.

Est-ce que votre candidature a commencé à susciter la solidarité chez les femmes ?

Ecoutez, sur le terrain nous avons un parcours, qui fait que nous avons des milliers de femmes qui étaient encadrées par les différentes organisations à travers le pays, que nous avons pu mettre en place et beaucoup de femmes, leaders aujourd’hui qui exercent certaines responsabilités ont bénéficié n’est ce pas, des activités, des actions que nous avons menées dans le domaine de la formation, du plaidoyer du renforcement des capacités individuelles et institutionnelles, donc en principe on devrait s’attendre à un retour à cet investissement, qui a été créé en nous dans ses 20 dernières années, mais il ne faut as non plus oublier les véritables contraintes qu’on a ; au niveau des femmes une grande majorité des femmes est analphabète, n’est- ce pas, donc il est possible que les enjeux réels de ces élections ne soient perçus par la majorité des femmes, mais malgré ces risques là, nous avons décidé d’aller quand même aux élections et pour le moment les échos que nous avons, et les témoignages prouvent que beaucoup de femmes ont pris conscience et c’est important qu’il faut voter pour la femme.

Parlez nous à présent de votre projet de société pour la Guinée ?

Je crois qu’il faut visiter mon site web de campagne www.dsk2010.com si vous visitez ce site, vous comprendrez que j’ai dit que je veux que la Guinée redevienne un pays normal, c’est-à-dire, un pays où les institutions sont fortes, où les trois (3) pouvoirs seront séparés et que chaque pouvoir exercera sa responsabilité en toute indépendance mais également avec efficacité. Un pays normal, c’est un pays où les élections font partie d’un jeu démocratique, nous ne sommes pas sur un ring où le plus fort physiquement abat le plus faible, ou l’urbain va abattre celui qui est dans le village, je pense qu’il est important que la l’on devienne un pays où tous les citoyens sont égaux devant la loi, et qu’aucun, fut-il suprême, n’est au dessus de la loi, donc cela se dessine aussi dans le fait qu’on veut que ce pays là, que les besoins de base des guinéens soit couvert, il n’est pas acceptable que la République de Guinée importe sa nourriture, pour moi c’est une honte, c’est impératif que la Guinée puisse se nourrir dans un très bref délai, parce que nous avons tout le potentiel naturel, humain, nous avons tout aujourd’hui pour nourrir la population guinéenne : l’essentiel est qu’on ait des politiciens qui soient réalistes et pragmatiques. Ensuite, pour l’éducation, que nous commencions avec une génération de guinéens qui va transcender les barrières linguistiques, ethniques régionales, les barrières sociales, et que tous les enfants qu’ils soient enfants de riches ou de pauvres aient accès à une éducation de qualité partout où ils se trouvent. Je pense que c’est un challenge qu’il faut que les guinéens relèvent.

Le 3e aspect c’est évidement le combat pour lequel disons, j’ai utilisé les 15 dernières, c’est le combat pour la paix, et les 2 premières questions j’ai dit un pays normal pour les institutions qui fonctionnent, un pays où on n’a pas faim, un pays où on est bien éduqué, c’est une composante globale de la paix. Vous avez suivi les émeutes du riz en 2008. Un peuple qui a faim est forcément un peuple indiscipliné, et prompt à se bagarrer, un peuple qui n’est pas bien soigné, qui n’est pas bien portant est un peuple qui ne peut pas être en paix. Je pense que la paix c’est la toile de fond de tout ce qui doit être fait et je pense que la magistrature suprême en Guinée devrait être préoccupée par le rétablissement rapide de la paix dans le pays en faisant en sorte que les guinéens se réconcilient avec eux-mêmes individuellement d’abord, puisque vous savez quand vous ne vous estimez pas vous-même, quand vous n’êtes pas fier de ce que vous êtes, vous ne pouvez pas estimer les autres, je crois que les guinéens doivent se réconcilier avec eux-mêmes ensuite se réconcilier entre eux, ensuite nous réconcilier avec notre passé pour préparer notre avenir. Nous ne pouvons pas être ce que nous sommes aujourd’hui si nous oublions le passé. Le présent est forcément le produit du passé, et nier une partie partiellement et totalement le passé, c’est s’exposer d’abord à rater son présent, mais également à mal préparer son avenir. Je pense que c’est extrêmement important tout ça ; et la dernière chose, essayer la revalorisation de notre culture, le développement est d’abord culturel je n’ai pas cessé de le dire. Un pays comme le Japon, qui a été détruit pendant la 2e guerre mondiale, on a bombardé les centres importants du Japon c’était un pays à genou en 1945, en 50 ans, ils sont redevenus parmi les 2,3 premières puissances financières du monde, techniques et technologiques, cela a été grâce au fait que le Japon a caressé sa politique du développement sur la culture japonaise.

La Chine aujourd’hui qui était un pays décrié par l’occident, c’est le pays aujourd’hui où tous les occidentaux se ruent pour trouver des marchés malgré tout ce qu’ils reprochent à la Chine et chacun veut traiter avec la Chine, parce qu’elle n’a jamais accepté la libéralisation à outrance, la politique de marché de l’occident ; la Chine a dit « je suis un pauvre, je marche vers le progrès à ma façon et à mon rythme » c’est pour cela que la Chine est devenue aujourd’hui une puissance mondiale vers laquelle tout le monde court pour pouvoir trouver une source d’inspiration, soit un partenariat, soit une alliance ; donc je pense que la culture chez nous, qui a été d’ailleurs une des sources de fierté nationale dans le passé, il faut que nous revalorisons notre culture, que nous puissions dire que si nous avons eu de brillants diplomates, les 1ers diplomates ont été artistes et des footballeurs ; donc je pense que cela il faut que nous veillons là-dessus pour que nous puissions faire en sorte que le pays soit. Quand on dit donner à manger, quand on dit qu’un pays est éduqué, tout cela mène évidemment à l’emploi pour les jeunes, je pense notamment ce qui est énorme en terme de besoins sociaux, en terme d’éducation, de santé, le terme de couverture sociale, c’est important et aujourd’hui il n’y a réellement pas de politique de jeunesse et ça les projets, les petits fonds qu’on dit mettre en place il faut adopter une politique réelle pour ça.

Allez- vous enterrer le dossier sur les massacres du 28 septembre en cas d’élection ?

Ecoutez, je crois que votre question est grave de la part d’un journal comme le vôtre car ce qui s’est passé le 28 septembre 2009 est l’une des choses les plus horribles qu’ait connue la Guinée, je crois que la première des choses c’est de faire la lumière et toute la lumière sur ce qui s’est passé, identifier les coupables et les punir ; c’est incontournable. En 1984 lors du décès du président Ahmed Sékou Touré, on a ouvert toutes les prisons et on a dit « plus jamais ça » je n’aime pas beaucoup dire ce mot car après on a tué et continué à tuer pour des raisons politiques, continuer à torturer, continuer à instaurer un système policier et carcéral inacceptable pour un pays qui se dit civilisé ; donc le slogan « Plus jamais ça » de 1984 n’a servi à rien du tout , car tout simplement nous n’avons pas mis les garde fou pour empêcher ce qui s’est passé avant 1984 à se reproduire, la puissance d’un Etat ne devant pas à aboutir à des exactions. C’est pourquoi au début de l’entretien, il faut que les trois (3) pouvoirs soient indépendants, qu’ils exercent les contrôles les uns sur les autres, c’est ce qui peut permettre qu’on ait un cadre qui autorise que chacun ne fasse pas ce qu’il veut, que notre sécurité globale soit préservée, et que les guinéens comprennent que la liberté de l’un s’arrête là où commence celle des autres, je pense que notre Etat doit avoir la maturité nécessaire pour tirer les leçons du passé, voir ce qui est bon, les améliorer. Ce qui n’était pas bon, inacceptable, il faut qu’on mette les garde fou et ça je crois que nous tous, nous sommes interpellés, tous les guinéens conscients doivent se donner la main, qu’ils soient là ou à l’extérieur, quel que soit le niveau d’instruction qu’on a, la position sociale, politique qu’on occupe, on ne doit pas faire de la patrie ce qu’on veut.

Au cas où il serait question de nouer des alliances, vers quel camp allez- vous vous pencher ?

Rires (….) Non écoutez, c’est trop tôt de déballer ces batteries là. De toute façon, déjà nous avons des critères qui vont nous amener à louer des alliances, c’est ce que nous savons du passé de chaque leader, parce que vous avez beau faire des promesses moi je jugerai par rapport à ce que tu as déjà fait, je ne me laisserais pas emporter par les promesses, mais ce que vous avez fait par le passé.

Ne craignez-vous pas qu’une influence extérieure vienne perturber le cours normal des choses en imposant un candidat ?

Non, je ne pense pas que l’extérieur soit à mesure d’imposer un candidat, l’extérieur nous a bousculé pour l’organisation de ces élections, l’extérieur n’a pas un intérêt global, mais l’extérieur à plusieurs intérêts et des intérêts qui sont parfois divergents, ce qui fait qu’il n’y aura pas un candidat unanime autour duquel l’extérieur va s’entendre, c’est très peu probable ou si cela devrait arriver, ce serait autour de ma candidature, parce que je suis la seule femme (rires).

D’où proviennent les fonds qui servent à financer votre campagne ?

Bon il y a des fonds propres de ma famille, éventuellement quelques appuis de certains amis, mais dans une très petite mesure, africains et non Africains, l’essentiel des fonds qui servent actuellement à ma campagne sont de mes parents, et mes propres moyens. On a l’impression que ce scrutin va purement et simplement revêtir un caractère ethnocentriste.

Etes-vous de cet avis ?

Bon je ne suis pas très sûre, c’est vrai que l’élément ethnique est un élément important, parce que tout simplement les 1ers partis qui se sont installés ont développé des stratégies « ethno » mais la multiplication des candidatures, toutes les régions naturelles ont plusieurs candidats donc c’est un premier facteur qui risque de faire exploser le calcul ethnique, je pense que le formidable travail de conscientisation que la société civile a fait ses dix dernières années risque d’apporter des surprises.

Quel message avez-vous à l’endroit des Guinéens ?

Bon, je voudrais reprendre ce que mon directeur de campagne a dit, pendant 52 ans la Guinée a été portée par des responsables qui étaient des hommes qui ont fait beaucoup pour le pays, qui ont abord libéré le pays, ensuite qui ont mis en place un minimum d’infrastructures dans le pays, même s’il reste énormément à faire, les besoins essentiels en eau et électricité laissent à désirer ; mais ils ont fait ce qu’ils ont pu faire, et ces dernières années on a assisté à une dégradation de la gouvernance, à tel point que la Guinée est malade. Comme mon directeur de campagne le disait « puisque la Guinée est malade, donnez là à une femme pour la soigner ». 


Propos recueillis par Boubacar Bah & Kadiatou Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
mady, samedi 19 juin 2010
aA ma connaissance tous les partis nous parlent de du renforcement de la justice à travers la consolidation des institutions de la république. Cela doit être un préalable pour la réussite de la démocratie dans notre pays. Par ailleurs, pour avoir parcouru les différents programmes des partis, je peux vous dire Mr Traoré qu`ils sont pareils. Je pense que le débat politique guinéen n`est pas serein puisque les bonnes choses ne sont pas à leur place. 1- la constitution recèle des incoherences notoires et de flangrantes violations des droits humains mais en bon guinéen nous fermons les yeux en amoncelant les problèmes pour la génération future. 2- Le rapport des audits qui doit permet de savoir les erreurs commises afin de ne plus reprendre se trouve sur la table de tous les partis politique qui rechignent à les publier. 3- L`ethnocentrisme s`est invité dans le débat en faisant passé les meilleurs pour des médiocres et les médiocres pour les meilleurs sans que rien (campagne et sensibilisation ou d`éducation ) ne soit fait. 4- Jusqu`à présent il y a des partis qui n`ont pas reçu les points géographiques de vote. ils n`ont pas pu formé les partisans sur le bulletin de vote puisqu`ils ne le dispose pas encore. 5- le bulletin de vote ne tient pas compte taux alphabétisation de nos populations avec tous ses corollaires. Il y a vraiment assez de problèmes à mon avis pour éviter une fraude electorale qui sera synonyme d`affrontements post-électoral
Traore, vendredi 18 juin 2010
L`unique parti qui nos parler de la justice,c`est l`UFDG de Mr Cellou dalein Diallo.On peut rien faire en guinee sans etablir la justice et ces institutions,voila pourquoi il est tres important de voter pour le candidat CELLOU DALEIN DIALLO.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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