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Hadja Rabiatou Sérah Diallo est la secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG). Dans cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder, elle parle de la récente décoration de certaines femmes par le département de tutelle, de la situation sociopolitique du pays et surtout de la « date butoir » du 31 mars. L’Indépendant : Les observateurs ont été surpris de n’avoir pas entendu le nom de Hadja Rabiatou Sérah Diallo évoqué parmi la liste des femmes décorées le 8 mars dernier par le ministère de la Promotion féminine ? Hadja Rabiatou Sérah Diallo : D’abord je dirai que si cela a été fait, ce n’est pas à moi seule puisque les femmes ont protesté ce jour-là, si vous vous souvenez, et à chaud. Il y a Mariama Penda Diallo de l’USTG qui n’est même pas de la CNTG, qui a réagi en disant qu’elle avait été déçue de la fête. Elle a dit que dans le mouvement syndical, il y a quand même des femmes modèles. Ce n’est pas que c’est ma personne qui m’intéresse, mais c’est ce que les femmes ont fait dans le mouvement syndical. Aussi quand on voit sur le plan international, on est une lanterne aujourd’hui. On nous a citées en exemple. On n’avait pas compris. Ils ont dit que c’était une erreur. Les femmes se sont retrouvées le lendemain à la Bourse du travail. Moi je n’étais pas là. Elles ont visualisé et ont protesté. D’autres, sur l’arène internationale, à travers l’Internet, ont réagi. Mais l’erreur est humaine. Cela peut arriver. Et de toutes les façons, le 22 mars, ils ont corrigé. Parce que le jour de la fête, c’est seulement des noms qui ont été cités. Les certificats n’étaient pas délivrés. Donc le ministère des Affaires sociales de la Promotion féminine et de l’Enfance avait organisé la remise officielle non seulement des médailles mais des certificats, aux récipiendaires. Cette cérémonie a eu lieu à l’Hôtel de l’Indépendance. Il y avait là un grand monde. Les femmes travailleuses se sont mobilisées à cette occasion. On était venu à la Bourse du travail en mon absence présenter des excuses et dire que cela a été une erreur. Et ce n’est pas parce que mon nom ne figurait pas sur la liste mais il y figurait bel et bien. Ils avaient promis de réparer l’erreur le 22 mars. Ce qui fut fait. Le 22 mars on nous a invitées et on nous a remis les certificats et les médailles. Et après la diffusion à la télévision nationale, on m’a appelée pour me le dire. Et je comprends que tout le monde est réconforté. C’est en cela que je salue les femmes et les encourage. Cela veut dire que les femmes peuvent apporter le changement. N’eût été leur protestation, ça allait rester peut-être dans les tiroirs. Mais le fait que les femmes aient réagi, cela a amené le ministère à rectifier l’erreur. Je remercie les femmes du fond du cœur. Je comprends que je ne suis pas seule. Parce qu’elles ont accepté que je monte sur leurs épaules pour atteindre le sommet. Ma lutte n’est pas personnelle, mais collégiale. C’est avec tout le monde que j’ai lutté, c’est avec tous mes collègues. Chacun de nous a fait de son mieux. Je remercie tout le peuple de Guinée, nos frères et sœurs de l’extérieur. J’ai lu sur le net par exemple une certaine Mme Kébé que je ne connais même pas qui a protesté rigoureusement par rapport à ce cas. C’est-à-dire qu’on peut apporter le changement. Peut-on savoir ce que compte faire l’Inter centrale après le 31 mars ? Il y a trop de propos autour de cette date à travers la ville. Je comprends, car le français n’est pas notre langue maternelle. On a dit que le 31 mars c’est la date butoir. La date butoir de quoi ? Cela ne signifie pas que la grève c’est le 31 mars. Car la date butoir c’est si nous n’avons pas satisfaction de l’évaluation de ce qui est en train de se faire. Il y a donc un compte-rendu d’abord à faire sur ce qui a été fait pendant ces deux mois. Même l’Archevêque de Conakry a envoyé une lettre au président de l’Assemblée nationale à ce propos. Je précise, en passant, parce que les gens confondent la structure de veille et le comité de suivi. La structure de veille est composée des religieux seulement. Le comité de suivi et d’évaluation est composé des Institutions républicaines, de l’Inter centrale, du Patronat, des quatre coordinations régionales et de la société civile. Ce sont eux le comité de suivi. Nous sommes convenus donc, d’ici la date butoir, de faire l’évaluation des accords. Et à ce niveau, il faut préciser qu’il y a lieu de faire l’évaluation des accords de mars et juin 2006, et l’évaluation de ceux de 2007. Mais quand j’entends les gens dire que la grève c’est le 31 mars, je dis non. Il y a un processus à respecter. Vous savez, on ne peut pas enfreindre la loi. Dans l’évaluation-là, il y aura des points à soumettre à l’Assemblée nationale pendant la session des lois (l’ouverture de cette session des lois est prévue pour le 5 avril 2008 NDLR). Il faut une loi peut-être pour consolider certains de ces points. Donc si nous disons que le 31 mars, c’est la date butoir, cela ne signifie pas que le 31 mars, c’est le début de la grève. Après l’évaluation et qu’on aura vu son aboutissement, on va rendre compte à tout le monde pour qu’on sache ce à quoi on a abouti. Maintenant, si l’évaluation est négative, je ne peux pas dire qu’il n’y aura pas grève, puisqu’elle n’est que suspendue. Donc nous sommes en train de travailler. Et la date butoir de ce travail est fixée pour le comité. Hadja Rabiatou Sérah, peut-on savoir quels sont ces points qui seront soumis à l’Assemblée pour examen et adoption ? Il y en a plusieurs. Je ne les retiens pas tous. Il y a l’âge de la retraite par exemple. Vous savez aussi que dans la loi fondamentale, il n’est pas prévu un poste de Premier ministre, chef du gouvernement. Donc il faut qu’on revoie certains points de la Constitution et ça c’est à l’Assemblée nationale de le faire. Ce n’est pas le gouvernement. Mais, il faut que l’Assemblée qui est membre du comité de suivi soit d’accord pour la modifier et la porter devant l’Assemblée. Mais on n’est pas encore d’accord. Il faudrait que toutes les parties soient d’accord. Et quand nous serons d’accord, on fera le compte-rendu. Et enfin on fera une déclaration commune pour que tout le peuple de Guinée adhère à ça. Il y a aussi, selon certaines sources, des dissensions au sein de l’Inter centrale. Qu’en est-il exactement ? Il n’y a pas de dissensions majeures entre nous. Mais quand le problème de la Nation se pose, nous voyons la Guinée. Les malentendus qui surviennent entre nous proviennent d’un problème de mandants. Autrement dit, sur les accords qui ont été signés, sur la lutte que nous sommes en train de mener ensemble, il n’y a pas de divorce. Il ne peut pas y avoir de divorce à ce niveau. Autrement, c’est sacrifier tout le peuple, c’est sacrifier les travailleurs. C’est ça. On ne peut pas avoir à tout moment le même point de vue sur un point. Mais quand il s’agit des accords, on se concerte et après on a toujours le même point de vue. Peut-on avoir un mot de Hadja sur l’action du gouvernement Kouyaté après un an ? Je ne peux rien vous dire. C’est tout ça qu’on est en train d’évaluer. C’est ça l’évaluation des accords. Ce qui est fait sur l’application des accords de 2006 ou non, de 2007 ou non. Je ne peux pas vous dire un avis personnel. Moi quand je parle au micro, je voudrais que ça soit l’avis de l’Inter centrale. C’est-à-dire que ça soit l’avis de tout le monde. Quand on me mandate, je le dis. Si vous avez vu, on avait déposé un avis de grève pour dire que le protocole a été violé. Et dans les accords, tout ne peut être exécuté au même moment. C’était échelonné. Donc on est en train de voir là où les dates sont déjà arrivées à terme. Est-ce que les accords sont appliqués ? Et c’est après cela qu’on pourra apprécier. En fait, nous, c’est le protocole qui nous intéresse et le pouvoir d’achat du travailleur. C’est la vie chère. Hier c’était dur mais aujourd’hui le marché est encore plus dur. Tout le monde est unanime sur cela. Personne ne peut se leurrer à dire le contraire. Et tout le monde sait qu’il n’y a pas un marché spécial pour le Gouvernement ou des diplomates. Il n’y a qu’un seul marché. Les pauvres, les riches ont tous le même marché qui est aujourd’hui cher plus qu’hier. Il doit y avoir des dispositions à prendre pour faire face à cela. Nous, c’est notre préoccupation. Comment faire survivre les travailleurs, car aujourd’hui on s’accroche. C’est vrai que dans le monde entier, la vie est chère parce que le prix du pétrole est monté. Ici on n’est pas contre qu’on augmente le prix du pétrole en Guinée. Mais nous avons dit qu’il faut des mesures d’accompagnement, pas pour les travailleurs seulement mais pour tout le peuple. Déjà les prix sont montés et si on augmente aussi le prix du carburant, ils vont l’être aussi. Les prix des denrées vont être multipliés par dix. Nous avons dit, il faut que le gouvernement puisse réfléchir pour le délai des mesures d’accompagnement. Parce que l’incidence d’augmentation du prix du carburant à la pompe va se ressentir sur le logement, les denrées de première nécessité, la santé, bref à tous les niveaux. Dans le protocole, on a été flexible en disant que, quand le prix du baril du pétrole augmente sur le plan international, nous devons augmenter ici conséquemment. Ça sera la même chose aussi lorsqu’il y a une baisse. Si on peut amener des mesures d’accompagnement en envoyant suffisamment de denrées pour créer la baisse, on ne demandera pas mieux que ça. Hadja, Chantal Cole, la Directrice générale de « Alo » a été expulsée par le gouvernement guinéen pour diffamation, dit-on. Selon-vous, est-ce que cette expulsion se justifie ? Moi je ne me mêle pas de ça! Parce que ce n’est pas mon travail, je suis syndicaliste. C’est le travail du gouvernement. Je ne sais pas ce qui s’est passé, sur quelle base elle été expulsée. Je ne peux pas en juger. Ils ont leur raison, moi je n’en ai pas. Donc donner mon point de vue à ce sujet, c’est aller au-delà de ce qu’on me demande. C’est leur affaire, ce qui m’intéresse c’est le niveau d’application ou non des accords signés. Propos recueillis par Mamadou Siré Diallo L’Indépendant, partenaire de www.guineeacu.com
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