mercredi 27 août 2008
Hadja Rabiatou Serah Diallo, S/G de la CNTG : « L’armée doit savoir qu’elle est nourrie dans l’argent du contribuable guinéen »
Rabiatou Serah Diallo

A l’occasion de la célébration du 27 août, nous avons rencontré Mme Rabiatou Serah Diallo, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), pour faire le point sur le rôle de la femme dans notre société.

Le Démocrate : Quelle est la place de la femme guinéenne dans le processus de changement en cours?

Hadja Rabiatou Serah : La femme guinéenne est au centre de ce processus de changement. On aime souvent dire que la femme est le noyau de tout développement. Sans elle, pas de développement. Toute société qui évolue sans la participation de la femme est vouée à l’échec. En Guinée, la femme s’est très tôt démarquée, même au cours du premier régime, les gens se sont servis d’elle pour atteindre un objectif. De nos jours, nous n’accepterons plus cela. Nous voulons être au centre de toutes les instances de prise de décision. Nous nous impliquerons dans toutes les prises de décision en ce qui concerne le développement socio-économique du pays. J’aime souvent appeler la femme guinéenne, la femme au mille bras. Parce que nous sommes dans toutes les activités, même dans les travaux qui ne sont pas rémunérés. La femme guinéenne a joué un rôle très important dans le processus de changement. N’oublions pas que le mouvement syndical était guidé par une femme. Tout le monde sait le rôle que les femmes ont joué pendant les événements. Elles ont joué un rôle capital dans tout ce que nous avons obtenus comme résultat. Là où les hommes se détournent, essayons de mettre les femmes à ces postes, je jure que les choses changeront tout de suite.

Par quelle stratégie entendez-vous changer la donne ?

Ecoutez, les décideurs doivent arrêter de dire sur papier simplement qu’on est égal. Il faut que ce soit une réalité sur le terrain. Il faut qu’on cesse d’utiliser la femme dans la production et quand il s’agit de partager les responsabilités, qu’elle soit reléguée au second plan. Et tout cela interpelle la femme à prendre conscience d’elle-même, de son état, donc qu’elle cesse de se sous-estimer. Quelle sache qu’elle réfléchit mieux, qu’elle analyse mieux et qu’elle est capable de faire beaucoup de choses. Les anciens chefs réussissaient parce que tout simplement, ces chefs prenaient tout leur temps pour consulter leur femme. La femme doit accepter de se remettre en cause et de se former, elle doit aussi s’informer pour pouvoir réclamer ses droits pour l’égalité.

Aujourd’hui, pensez-vous que la date du 27 août mérite d’être célébrée ?

Ça dépend de la manière de la célébrer. Le lourd fardeau de la pauvreté n’est pas supporté que par la femme guinéenne. Même en Europe ou ailleurs, quand vous consultez ces femmes, elles vous diront qu’elles subissent le même sort que toutes les autres femmes à l’échelle planétaire. Nous sommes dans une lutte permanente. La célébration de la fête du 27 août dépend de ceux qui l’organisent. Si je prends un exemple, au niveau du mouvement syndical, on peut s’organiser pour méditer, tracer des objectifs, faire un plan d’action dans le quel nous énumérerons les moyens par les quels on peut nous aider. Au lieu d’aller danser, être en uniforme pour la mamaya ou chanter des louanges ; le 27 août doit être un cadre de concertation et de méditation, méditer pour dire qu’est ce que j’étais hier, qu’est ce je suis aujourd’hui, et qu’est ce que je dois faire pour que je puisse aller de l’avant.

L’armée nationale a profité de la tenue des journées de dialogue et d’initiatives pour présenter des excuses publiques au peuple de Guinée. Que cela vous inspire-t-il, en tant que leader syndical ?

Je pense déjà que c’est un grand pas. Parce que Dieu condamne celui qui ne se fâche pas, mais il condamne aussi celui qui n’accepte pas le pardon. Nous sommes des êtres humains, des frères et sœurs. Si l’armée a pris conscience de demander publiquement pardon, je crois que c’est un grand pas qu’il ne faut pas négliger. Le peuple attendait ce pardon, n’oublions pas que quand on parle aujourd’hui de dialogue ou de réconciliation, c’est pour qu’on s’accepte et qu’on se pardonne parce que nul n’est infaillible. Donc, eux-mêmes, ils sentent aujourd’hui que le fossé qui existe entre l’armée et le peuple doit maintenant se refermer. Chacun aujourd’hui se pose la question de savoir quel est le rôle de l’armée dans un Etat de droit. Son rôle dirais-je est de protéger son peuple et non être contre ce même peuple. En tout cas, les syndicats apprécient ce pardon de l’armée et il ne faudra pas que cela soit une habitude. C'est-à-dire qu’après avoir fait du tord aux gens qu’on se mette à demander de façon publique des excuses. L’armée doit savoir qu’elle est vêtue, équipée et nourrie par l’argent du contribuable guinéen. Personne n’a le droit d’utiliser son arme contre sa population. Il faut aussi savoir que ce pardon était attendu par tout le peuple. On dit souvent qu’une faute avouée est à moitié pardonnée. C’est au peuple de comprendre ce geste fort de l’armée qui regrette son acte combien violent sur des innocents.

Propos recueillis par Aly Badara Condé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
A.ousmane Gack, samedi 30 août 2008
Sans repondre à la place de Mme Diallo je voudrais quand même souligner qu`elle a travaillé à la presidence de la republique dans les années 80 en tant que secretaire si ma memoire est bonne.Pour ce qui est de sa position face au regime president et de son militantisme syndical sous les deux regimes,c`est seulement elle qui peut repondre.
abdoulaye Cisse, jeudi 28 août 2008
Je voudrais plutot savoir la position de madame Diallo sur le 1er regime, d`une part et sur le militantisme syndical sous les eux regimes d`autre part. Bon courage ma soeur.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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