mercredi 4 juin 2008
Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la CNTG: « C’est à voir maintenant si le nouveau premier ministre va écouter le cri du peuple »
Rabiatou Sérah Diallo

A quelques jours de la formation du nouveau gouvernement, les syndicalistes guinéens veillent au grain. Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la CNTG nous expose dans cet entretien, la position des syndicalistes sur la composition de la prochaine équipe gouvernementale, le respect des accords tripartites du 27 janvier 2007, sans oublier bien sûr la rencontre inédite des syndicalistes avec le Président du patronat guinéen, El-hadj Mamadou Sylla. Entretien exclusif!!!

Africaguinee.com : Bonjour Madame Rabiatou Sérah Diallo. Vous venez d’être réélue comme membre titulaire du conseil d’administration au niveau du BIT. Quels sont vos sentiments après cette élection ?

Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Ce sont des sentiments de satisfaction, pour tout le peuple de Guinée. C’est donc un sentiment de grande satisfaction qui m’anime surtout que lors de l’ouverture de la conférence, j’ai été élue vice-présidente de la conférence. Donc, dans ce conseil d’administration, en étant la première femme africaine du groupe des travailleurs à être titulaire, que mon mandat soit reconduit cette année (Ndlr.jusqu’en 2011), ça veut dire que le premier je l’ai très bien accompli grâce à tous les Guinéens, grâce à tous les Africains.

Vous représentez ici à cette conférence avec vos collègues de l’inter centrale syndicale, les travailleurs guinéens. Avez vous obtenu des résultats concrets pour résoudre le problème du chômage et de la pauvreté qui touchent les populations guinéennes ?

Je pense que le problème du chômage et de la pauvreté en Guinée, ce n’est pas au niveau du BIT qu’on peut le résoudre, mais c’est sur le terrain même. Parce que le Guinéen doit accepter de se remettre en cause, méditer et savoir qu’est-ce qu’il a fait hier, qu’est-ce qu’il doit faire aujourd’hui pour que le pays aille de l’avant. Et pour lutter contre la pauvreté, il faudra d’abord lutter contre la corruption, contre l’impunité, contre les détournements des deniers publics et vraiment prôner le dialogue et créer des emplois décents pour tous. Et cela je pense que c’est au pays qu’il faut réfléchir où toutes les sensibilités doivent se rencontrer pour pouvoir réfléchir et faire des programmes pour tous les Guinéens pour que chacun puisse profiter et que les ressources soient partagées équitablement entre les Guinéens.

Vous avez rencontré la semaine dernière avec vos collègues syndicalistes, El-hadj Mamadou Sylla sur invitation de l’ambassadeur guinéen en Suisse, son excellence M. Mohamed Camara. Peut-on parler d’une réconciliation entre El-hadj Mamadou Sylla et les syndicalistes ?

Bon, nous sommes venus ici pour la conférence et il ne faut pas ternir l’image de marque du pays. Nous sommes venus pour représenter tous les Guinéens. Donc ce n’est pas le lieu pour étaler nos querelles internes, nous les résoudrons en Guinée. L’ambassadeur guinéen nous a invités à l’occasion de mon élection au poste de vice-présidente de la conférence. Je pense que l’inter centrale ne pouvait pas refuser cette rencontre. El-hadj Mamadou Sylla est avant tout un Guinéen. Nous avons donc participé à cette rencontre comme tout autre guinéen qui a répondu à l’invitation de l’ambassadeur. C’est une partie de la Guinée, la mission diplomatique. C’est vrai qu’à Genève, cette invitation de l’ambassadeur a permis pour la première fois que l’inter centrale syndicale soit autour d’une même table qu’El-hadj Mamadou Sylla. Nous avons même félicité l’ambassadeur en lui disant qu’en Guinée on n’avait pas pu nous réunir. Nous sommes donc dans un pays étranger, nous voyons non pas l’individu en face, mais la Guinée. On n’était donc pas parti à cette invitation pour une réconciliation ou pour un jugement ou pour dire qui a tort ou raison. Nous sommes partis pour répondre à l’appel d’un Guinéen qui représente le chef de l’Etat et nous avons pensé qu’il fallait répondre à cet appel. Cela ne signifie pas que les problèmes sont finis, parce qu’il faut qu’on parle ensemble, il faut qu’on dialogue. Il y a eu tellement de problèmes et de bavures et nous tenons à ce que notre protocole soit respecté.

Justement que pensez vous de la proposition de l’ambassadeur guinéen en Suisse qui vous a mandaté avec le président du patronat El-hadj Mamadou Sylla de transmettre au Président Conté ainsi qu’au premier ministre le message de paix et d’unité nationale depuis Genève ?

A cette question, nous avons dit à l’ambassadeur que ce sont eux les tenants du pouvoir, ce sont eux qui ont les moyens ! Aujourd’hui il ne s’agit pas seulement de transmettre cette commission au Président, ce sont les actes qui comptent. Et à cette question, j’avais dit à Monsieur l’ambassadeur que la balle est dans le camp d’El-hadj Mamadou Sylla. Parce qu’il a les moyens, nous, nous n’avons que notre bouche pour défendre les intérêts des travailleurs. Aujourd’hui le Guinéen se prostitue pour avoir de l’argent, ce n’est pas par conviction qu’il adhère parfois à des choses, mais c’est pour joindre les deux bouts et vivre. On ne peut pas donc en vouloir au Guinéen pour cela. Donc moi je pense que chacun doit se mettre au dessus des problèmes et voir la Guinée en face et cela c’est les tenants du pouvoir, ceux qui ont les moyens qui peuvent aider la Guinée à sortir de cette crise.

Avec la nomination du nouveau premier ministre Ahmed Tidiane Souaré, plusieurs observateurs ont estimé que les accords du 27 janvier 2007 sont devenus lettre morte. Comment se portent ces accords tripartites ?

Les accords se portent mal parce qu’il faut dire la vérité, les accords ont été violés. Donc c’est en cela que l’inter centrale syndicale avait fait une déclaration. Nous avons dit que les accords ont été violés. Mais ce n’est pas la première fois qu’il y a eu violation de ces accords. C’est pour cela que le comité de suivi était là pour faire une évaluation et voir qu’est-ce que nous devons corriger pour nous amener à être au même niveau d’information pour mieux appliquer ces accords. Ce qui est important aujourd’hui, tout le monde attend la composition du nouveau gouvernement. Va-t-on ramener les anciens ? Ce n’est même pas un problème syndical. Souvenez-vous, quand Eugène Camara avait été nommé, ce ne sont pas les syndicats qui ont amené les violences, la grève n’était pas encore consommée. Mais c’est le peuple guinéen qui a réagi. Aujourd’hui le Guinéen s’est réveillé, il n’acceptera plus ce qui s’est passé avant et tout le monde connaît les problèmes de la Guinée. Donc il ne s’agit pas ici de voir l’inter centrale syndicale, mais le peuple de Guinée. Ce peuple a pris conscience aujourd’hui de son état. Donc si le peuple pense que ça ne lui convient pas, il va réagir. C’est regrettable aujourd’hui encore que des balles perdues aient tué des innocents. Parce que quand il y a des violences, c’est toujours le pauvre qui paye le pot cassé, qui est sanctionné. C’est pourquoi il faut dialoguer car même en temps de guerre on finit par être autour de la table. Pourquoi donc ne pas commencer par le dialogue au lieu de tuer des pauvres ?

A quelques jours de la formation du nouveau gouvernement, certains observateurs craignent le retour des anciens ministres aux commandes. Quelle serait la position des syndicalistes sur cette éventualité ?

Nous sommes clair à travers notre dernière déclaration. Je n’étais pas à Conakry, mais nos collègues qui ont déjà rencontré le premier ministre, ont eu à travers l’inter centrale, à le souligner avec force au nouveau premier ministre. C’est à voir maintenant si le nouveau premier ministre va écouter le cri du peuple, s’ils vont prendre en compte nos observations. Nous sommes tous à l’écoute aujourd’hui, nous attendons.

Si cette éventualité se confirmait, est-ce qu’on peut s’attendre à une grève ?

De toute façon, la grève n’est que suspendue. Nous, nous restons dans le cadre de nos accords. Les accords qui ont été signés, ce sont des engagements, c’est égal à une loi. Nous resterons dans le cadre de nos accords et nous avons tiré les leçons du passé. Nous pensons que maintenant, chacun doit jouer son rôle. Les politiciens doivent jouer leur rôle, la société civile aussi ainsi que les syndicalistes pour qu’au finish nous réussissions à sortir la Guinée de cette crise et que le Guinéen puisse aspirer au bonheur tant souhaité.

Le premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a proposé la formation d’un gouvernement d’union nationale. Doit-on s’attendre à une entrée des syndicalistes dans le nouveau gouvernement ?

Bon, dans l’actuel gouvernement, il y a des syndicalistes. Donc s’il s’agit d’un gouvernement de large consensus, toutes les sensibilités doivent être dans ce gouvernement.

Y compris les anciens ministres ?

Je ne sais pas ce que vous entendez par anciens ministres, car dans l’actuel gouvernement, peut-être qu’il va garder certains parce que tout le monde n’est pas mauvais. Donc les ministres qui ont posé des jalons et dont le peuple lui-même reconnaît qu’ils sont bons ministres, j’espère qu’il (Ndlr.le premier ministre) ne va pas les jeter dehors !

Le mot de la fin pour les lecteurs d’Africaguinee.com…

J’appelle d’abord à la responsabilité de tous les Guinéens, des Africains, parce que l’Afrique est malade, il y a des crises partout. La crise alimentaire pèse lourd sur les populations africaines. Je pense que nous devons prendre conscience, nous devons être unis pour aller vers un objectif commun. Il ne s’agit pas de se déchirer, il faut qu’on s’accepte, qu’on se tolère et le changement doit être celui de la mentalité. Que le changement soit celui de la manière de travailler, de la méthode de travail, que tout cela change et que ce soit profitable à tout un chacun.

Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré
pour Africaguinee.com, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
marie, vendredi 6 juin 2008
rabiatou et click on decu le peuple. sylla avait raison que d corrompus! magbé l autre syndic est mille fois credible q 1 rabie mais le peuple les attend au tournant et payeront pour nos mort. deja accepte le nouveaux pm alors q dire des anciens qui arrivent ? q on les chasse du palais. ils payeront le sang de ces morts. vive sylla et conte. a bas rabie, fof et click.
Alpha Diallo, mercredi 4 juin 2008
Madame Sera Diallo connaît elle vraiment les accords dont elle parle? Elle demande le respect des accords, mais aux questions sur Mamadou Sylla, elle évite de faire allusion aux accords. Elle oublie que l`inter syndicale avait réagi très vivement après la décision de Maître Kabélé qui a tranché en faveur de Mamadou Sylla au lieu de Youssouf Diallo. La réaction de l`inter syndicale avait même poussé Kouyaté à désavouer la décision de Kabélé. Les syndicats s`affichent surtout aux côtés de Mamadou Sylla après de graves accusation qu`il a lancés à leur endroit. Quelle est finalement la conviction de la centrale syndicale guinéenne. C`est vrai Madame Diallo, il est difficile de joindre les bouts, mais tout de même.
Amadou Sidibe, mercredi 4 juin 2008
Mme Serah, permettez moi de vous dire que votre loi, "les accords " sont violés et continueront à l`être. La classe syndicale a montré ses limites. Vous et vos collègues avez certes une detremination, mais force est de croire aujourd`hui que tout cette determination était légère. Plusieurs points illustres mes idées. 1)Après la nommination de Kouyaté, Conté a violé les accorsd en nommant les prémiers responsables de la banque centrale. Les gardiens des accords que vous êtes n`avez rien fait. 2) Ensuite, Mamadou sylla est venu faire fermé le siège du patronat, ni le Kouyaté, ni le syndicat n`arien fait et rien dit. Le limogeage de justin Morel, la falsification des décret de restructuration des ministère ont suivi sans que personne ne reagisse. Vous avez passé plus d`un mois dans une commission dite de veille à discuter avec les institutions républicaines, sachant pertinement que pesronne dans le groupe qui travaillait avec vous n`avait le courage de rencontrer Conté et lui faire part des préoccupations de la population. Tout cela était organsié pour donner le temps à Conté de faire ce qu`il vient de faire. Tout dernièrement, c`est un ministre débarqué qui revient comme PM, le syndicat accepte et croise les bras. Mamadou Sylla est passé sur les antennes des radios locales à Conakry pour dire que vous " les syndicalistes et le patronat n`êtes rien, nous n`avons eu aucune reponse ni aucune reaction de votre part. Nous voyons sur les images du dîner offert par l`ambasadeur en SUisse Sylla fierment arr^été à vos côté comme pour dire, qu`il avait raison. Il vous a tous dans sa poche. Si Un ancien ministre est venu, il n`y a rien faire, les autres aussi viendront, et vous ne pouvez plus rien faire. les syndicalsites ont déçu le peuple, nous avions cru en vous en mettant en péril nos vies, ce sont 180 ou plus de jeunes guinéens qui ont perdu la vie, en voulant soutenir les syndicaliste,croyant naïvement que la solution à nos problèmes viendrait sous votre clairvoyance. Hadja, j`avais beauoup d`admiration pour vous et pour vos collègues. Bravo Conté,

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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