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Depuis bientôt deux mois, depuis le 25 Septembre 2008 exactement, la République de Guinée a perdu sa souveraineté sur le Port Autonome de Conakry. Le terme n’est pas exagéré, s’il vous plaît ! Tous les patriotes au courant des tractations mafieuses qui devraient conduire à cet état de fait, s’étaient élevés à temps pour dénoncer la supercherie et alerter l’opinion nationale et internationale, et en particulier, les autorités nationales au plus haut niveau. Peine perdue ! Peine perdue, semble-t-il, parce que ce sont justement ces mêmes autorités nationales que l’on s’égosillait à alerter, qui ont organisé ce brigandage d’Etat. De quoi s’agit-il au juste ? Face à l’engorgement du Port Autonome de Conakry – vu l’envergure des échanges au niveau international et sous-régional – le gouvernement guinéen s’est engagé depuis deux ans dans un projet d’extension et d’exploitation du terminal à container. Il s’agissait en fait, d’augmenter les capacités de stockage et de manutention du premier terminal, réalisé en 1991 par l’entreprise allemande Phillip Holzman, dans le cadre du deuxième projet portuaire sur un financement de la KFW/BEI. Ainsi dit, ainsi fait ! En Novembre 2007 donc, lors du Forum minier guinéen à Paris, le Premier Ministre Lansana Kouyaté et son Ministre des Transports Boubacar Sow, prennent contact avec Vincent Bolloré et, au terme des discussions, un projet de Concession de gré à gré est décidé en faveur du Groupe Bolloré. C’était sans compter la réaction virulente des cadres du port de Conakry, des professionnels de la manutention portuaire, renforcée par une lecture épelée chez le Président de la République, qui exprimera par la suite une méfiance teigneuse envers ce Groupe. Le Premier Ministre d’alors, se verra obligé de lancer un appel d’offres. Quatre sociétés vont soumissionner (Bolloré, Maersk, Getma International et PCB Afrimarine). Cinq autres sociétés s’abstiendront en exprimant des réserves fondées sur le cahier des charges qui ressemblait plus à un « dol » aux conséquences politiques et économiques certaines dans l’avenir. Entre temps, intervient en Mai 2008, le départ de Lansana Kouyaté et dans la même foulée, de son ministre des Transports. Les nouveaux promus sont des initiés, de belle lurette, à ce dossier. Et ils ont surtout, l’allergie des pertes de temps. Ce sont des gens pressés, n’étant pas rassurés sur la durée des mandats dans cette atmosphère délétère ! Et le moment est d’ailleurs bien à propos, vu que les actionnaires du Groupe Getma de Guinée sont « en séparation de corps » depuis un certain temps, et que les plus accotés chez Bolloré (Richard Talbot de Necotrans et son pion local, Challoub G. de Transafrica) ont entrepris un duel sans merci envers leur ex-associé, Jean-Jacques Grenier de Getma Guinée. Un marathon de coups bas et de sessions judiciaires entre Conakry et Paris, dans l’optique bien établie d’asphyxier et chasser de Conakry, cet empêcheur de tourner en rond. D’où des combinaisons de sociétés prête-nom comme 3A African Asian Agencies et l’infernale Getma International (qui n’a rien de commun avec Getma Guinée de Jean-Jacques Grenier, mais qui a été nommée ainsi, justement, pour entretenir la confusion au cas où…). Et c’est cette confusion qui profite aujourd’hui aux requins du Ministère des Transports, de la Marine marchande, du Ministère des Finances, de l’ACGP… (la liste nominative est en notre possession), pour brader le port de Conakry à une société étrangère, avec monopole entier et sans contradiction sur toutes les activités portuaires. Le Ministre des Transports, sur instruction du Chef du Gouvernement et avec l’accord du Ministre des Finances, a ainsi signé le 25 Septembre 2008 à Paris, la Convention de Concession du Terminal container à Getma International. Pour 25 ans, s’il vous plaît ! En clair, pendant un quart de siècle, cette société qui n’a aucune référence attestée en la matière, va assurer à elle seule, l’agence, la consignation coque des navires et la manutention de tout navire porte-container, Roro et mixte sur l’ensemble du port de Conakry. Et sans prendre en charge ni le dragage du chenal, ni celui du bassin de mouvement, ni la digue de protection, ni les projets d’embranchement ferroviaire, de terminal sec au km 36 ou celui de Débélé. Mais l’impact immédiat et socialement explosif sera la perte d’emploi pour environ 700 employés des quatre sociétés opérants à ce jour au Terminal, la sous-traitance ou le renvoi pour les 1200 dockers recensés au BMOP (Bureau de la Main d’œuvre Portuaire), bref, une dislocation des structures d’emploi de 7 sociétés de manutention et agence maritime au port de Conakry. Et tout cela, à cause d’une société qui, tout effectif confondu, ne compte que 63 employés en France ! On parle depuis l’année dernière de révision des conventions et contrats miniers guinéens. Sans suite ! Pour ce qui est du Port autonome de Conakry, poumon économique, unique en son genre dans le pays, il ne s’agira pas d’une révision. Cette convention inique, scandaleuse et destructrice de valeur doit être purement et simplement annulée, en vue de lancer un nouvel appel d’offres, avec des termes de références correctement établis et respectueux des intérêts de la Guinée et des Guinéens. Et ce combat, nous l’engageons à partir d’aujourd’hui ! Avec l’apport de tout patriote soucieux des droits inaliénables de notre chère Patrie, la Guinée, si longtemps grugée ! Nous y reviendrons… Guineeactu.com – La Rédaction
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