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La démocratie admet dans une certaine mesure, que les concurrents politiques et leurs soutiens exploitent chacun, les faiblesses de l’adversaire pour mettre de leur côté toutes les chances de remporter la compétition dans laquelle ils sont engagés. Mais encore faut-il que cela soit fait avec un certain fair-play, si ce n’est avec une loyauté certaine.
Les deux candidats qui iront au deuxième tour, si les résultats du premier tour sont bien sûr avalisés par la Cour suprême, vont devoir manœuvrer ostensiblement, pour s’adjuger le plus de suffrages exprimés en faveur des candidats recalés au premier tour. Les consignes de vote n’étant jamais suivies en Afrique, c’est sur le terrain que la bataille sera gagnée. C’est dire donc que les alliances ne seront que symboliques. Ainsi El Hadj Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé seraient déjà en train de labourer le terrain, avec l’espoir qu’après le temps des semailles, viendra inéluctablement celui des récoltes. Et au terme du second tour, celui des deux candidats qui aura le mieux réussi à semer ses convictions récoltera sans nul doute la victoire.
La compétition, est donc officieusement engagée, et les candidats sont aidés dans leur élan par les militants engagés, soit de manière directe, soit par l’entremise de sites et organismes partisans, un bon nombre desquels, s’étant depuis belle lurette voués à la tâche de conquérir des électeurs pour le candidat auquel leur soutien échoit. A la différence qu’ils utilisent parfois des méthodes peu orthodoxes, sinon malhonnêtes. Ainsi vont-ils au-delà des faiblesses de l’adversaire craint, pour lui sculpter un masque monstrueux dans un épais bois de mensonges et de le lui faire porter. Ce faisant, l’objectif poursuivi avec hargne et ténacité, est la déstabilisation de l’assise électorale de l’adversaire, avec l’espoir que d’éventuels transfuges viendront assurer la victoire du candidat soutenu. Tout cela est admissible dans le jeu politique. Mais lorsque les manœuvres deviennent exagérément malhonnêtes, on sort du domaine de l’acceptable. Dans ce cas, les agissements, au lieu de servir leur but escompté –deviennent contreproductifs et même suicidaires pour celui qu’on prétend aider. Dans ce qu’on peut considérer comme l’art d’exagérer tout ce qui est immoral (déloyauté, mensonge, vol, corruption, calomnie, délation et j’en passe), certains Guinéens demeureront d’éternels et invaincus champions. Ils ne sont jamais aussi niais que lorsqu’ils se croient plus malins et plus intelligents que tout le monde, pensant que le silence sage des lecteurs nettement plus instruits, est une caution morale à leurs basses manœuvres. Mais il y a des moments où il faut craindre le silence, car pouvant être plus lourdement chargé de menaces et d’implications que la plus véhémente des répliques. Et dans un pays comme le nôtre, où l’esprit du peuple est encore largement colonisé par l’identité et la conscience ethnique (Cf. Identité et la conscience ethnique, archive guineeactu.com), il faut redouter le silence de la majorité discrète.
Il n’est certes pas un péché de soutenir un candidat, mais le faire en dégainant sa haine contre le concurrent de ce dernier, sachant pertinemment que le pays appartient à tous, ne peut construire la paix et l’unité recherchées. En tant que militant on peut attaquer l’adversaire sur ses faiblesses, mais dès lors qu’on se glisse dans la peau de l’analyste ou du journaliste, il nous sied au moins de feindre la neutralité, à défaut d’être carrément neutres dans nos analyses. Cela veut dire que nous devons nous efforcer d’exploiter exclusivement nos facultés intellectuelles ou tout au moins de leur accorder la préséance sur tout ce qui relève du domaine de l'affectif et de la volonté. Mais regrettablement, c’est un effort auxquels certains esprits ne pourraient nullement consentir, parce que limités et pitoyablement coincés dans un communautarisme primaire.
Revenant aux candidats potentiels (en attendant la Cour suprême) du deuxième tour, il faut oser débattre du caractère fondé des attaques raisonnables et mettre en garde contre les dangers des médisances à relents ethniques, contre eux. En tout cas, pour ma part, j’estime normal de s’interroger sur le bilan de Cellou Dalein Diallo et sur l’expérience du professeur Alpha Condé, ou encore sur le caractère des deux, toute autre attaque insensée et infondée témoignant matériellement du complexe identitaire, de la haine, de la méchanceté de la mesquinerie d’un temps révolu (j’y reviendrai).
Pour El Hadj Cellou Dalein, c’est bien un homme calme, serein, avec de bonnes manières, d’après tous ceux qui l’ont côtoyé. Physiquement et intellectuellement, il a bien l’étoffe et la stature de l’homme d’Etat. On ne peut toutefois, en âme et conscience, fustiger le régime contéen de l’accaparement des richesses du pays, du bradage des deniers publics et se réjouir de son bilan personnel et professionnel. Il ne faut pas se leurrer, ce bilan n’est pas terrible. Sachant toutefois qu’il était absolument difficile de faire un bon travail sous le régime Conté, le peuple peut, s’il le veut, refaire confiance à El Hadj Cellou Dalein Diallo et l’élire au deuxième tour en lui permettant ainsi de s’amender et de mettre effectivement ses compétences au service de la nation.
Quant au professeur Alpha Condé, il jouit de quelques mérites. Il a des principes qu’il n’a jamais monnayés, a toujours dénoncé et combattu la mauvaise gouvernance, refusant catégoriquement de s’y associer, alors qu’il en avait l’occasion. Mieux d’ailleurs, durant la campagne électorale, il s’est montré un homme d’Etat, appelant au pardon et à la tolérance partout où il est passé (valeurs empruntées, sciemment et consciemment, aux grands leaders d’opinions comme Martin Luther King, Mahthma Ghandi, Nelson Mandela etc.). Il a même su, durant la campagne, réprimer l’extrémisme (de certains de ses militants) que le RPG a en partage avec l’UFDG. Il est aussi un homme direct qui dit ce qu’il pense sans détour (ce n’est pas politique mais honnête), ce qui lui vaut d’être critiqué à juste raison sur certaines déclarations que l’on s’empresse souvent d’interpréter dans le mauvais sens. Mais il est aussi vrai que c’est un homme quelque peu irascible sur qui peut peser le handicap de l’inexpérience gouvernementale.
Cependant, si l’on peut se permettre de douter de la capacité d’Alpha à gérer efficacement notre pays compte tenu de cette supposée « inexpérience », l’on ne peut sans une forte dose de mauvaise foi et de manque de probité morale, dire que puisqu’il n’a jusque-là exercé aucune parcelle de l’autorité de l’Etat, il ne peut se révéler bon gestionnaire au premier coup d’essai, s’il était élu. Ce, d’autant qu’il y a des exemples comme Nelson Mandela et Barack Hussein Obama, pour nous démentir éloquemment. Ces deux personnes nous offrent des exemples patents, à travers lesquels, le coup d’essai s’est révélé être un véritable coup de maître.
Premier noir à ouvrir un cabinet d’avocat en Afrique du Sud, Mandela pratiquera à peine sa profession. Dès le début de sa carrière, il aura maille à partir avec le régime d’apartheid dont il ne parvenait pas à réconcilier les méthodes racistes et criminelles avec ses convictions. Embastillé pendant plus d’un quart de siècle pour refus patriotique de cautionner l’injustice contre son peuple, l’homme ne pourra donc exercer aucune profession jusqu'à sa libération. La suite, nous le savons encore, l’ancien bagnard deviendra président pendant 5 ans. Son refus de cautionner la victimisation sans issue, de pactiser avec des frères extrémistes et d’instrumentaliser sa souffrance et celle des siens, pour plonger le pays dans les abysses de la guerre civile, lui vaut d’être adulé et courtisé aujourd’hui de par le monde, passant ainsi, du maître architecte de la réconciliation et de l’unité Sud Africaine, à l’homme universel appartenant au patrimoine de l’humanité. Un bilan plus que parfait, pour un homme qui n’avait jamais eu d’expérience gouvernementale préalable. De même, lors de la présidentielle aux USA, l’argument de l’inexpérience militait en la défaveur de Barack Obama. N’empêche, tout de même, qu’il est devenu aujourd’hui un modèle de maturité politique et diplomatique dans ce pays. A titre illustratif, la loi sur la couverture maladie universelle est une des actions, et non des moindres, à mettre à l’actif de ce président.
A l’opposé, l’histoire est pleine d’exemples où des individus ont gravi tous les échelons administratifs de leur gouvernement avant de se retrouver chef d’Etat, au sommet de la hiérarchie politique, sans que cela ne leur serve, puisqu’ils ne laisseront derrière eux que des bilans catastrophiques.
L’argument de l’inexpérience gouvernementale est donc léger.
Dans les années 90, Mgr Robert Sarah disait que le problème de la Guinée était d’ordre éthique et moral. Cellou a plus d’expérience et Alpha a plus de diplômes. Mais dans notre pays, quelle est la place du diplôme ou de l’expérience par rapport aux qualités politique, caractérielle, de leadership, de visionnaire, de meneur d’hommes et de rassembleur ? Bien évidemment, dans un pays aussi pourri que le nôtre, un homme qui engrangerait ces qualités passerait pour un vilain. Pourtant, la corruption, le vol, l’impunité, le mensonge, la délation et la malhonnêteté étant dans un état de chronicité extrême, il nous faut pour y remédier, un président intègre, un homme de caractère, rigoureux et exigeant, qui ne saura être l’otage encore moins la marionnette d’extrémistes ou de quelques groupuscules d’intérêts que ce soit. Cela, surtout que les deux partis qui se retrouvent au deuxième tour, sont ceux qui comptent le plus d’extrémistes et de mafiosi en leur sein.
Je ferai abstraction du nauséabond procès d’intention (rancunier, ethnocentriste revanchard) fait aux leaders dans les interminables litanies de discours accusatoires à relents ethniques, par « des intellectuels » aux cerveaux ramollis par le communautarisme primaire. Il n’y a pas lieu de s’y attarder.
Et peut-être que les sites qui attaquent les leaders sur des bases ethniques, ont compris ce que tout le monde sait, à savoir que 80% des Guinéens sont illettrés, et que même parmi les lettrés, ce n’est pas tout le monde qui est intellectuel, donc sachant lire, comprendre et analyser, sans laisser le soin à d’autres de leur imposer leur raisonnement et leur façon de voir les choses. C’est dire donc que les calomnies ne peuvent faire recette, sinon qu’ensemencer, au sein de la jeune couche intellectuelle, appelée à assurer la relève, les grains du radicalisme et de la haine. Et quel danger ce serait pour la nation de retrouver en son sein des cadres qui se haïssent par la faute de prédécesseurs égoïstes et mesquins qui ne se sont guère souciés de laisser à la postérité un havre de paix. Que Dieu nous aide à sortir du carcan de l’ethnocentrisme.
A. Modibo Traore, UK
www.guineeactu.com
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