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La situation en Guinée et celle du Zimbabwe aujourd’hui ont de nombreux points communs. Des leaders, parce que dans le passé ils ont fait ou agi de façon héroïque, s’arrogent le droit de devenir le « Leader politique » à vie. Le pire est que ça marche, surtout en Afrique plus qu’ailleurs. Vous avez en Guinée (on peut le transposer à d’autres pays africains) des citoyens qui ont leur mémoire et surtout leur esprit fixés sur le passé : il ne voient pas le mal fait dans le présent ; pour eux ces « héros » (bourreau pour d’autres) ont tous les droits parce qu’une fois dans le passé, ils ont fait du bien pour la communauté ; ils tuent, emprisonnent et violent les droits de l’Homme les plus élémentaires ; et des citoyens (cadres et intellectuels compris) les soutiennent et font l’apologie de leurs crimes jusqu’au jour où ils deviennent eux aussi victimes. L’anomalie du comportement de certains va jusqu’à admirer celui-là même qui les a rendus veufs, veuves, orphelins, sans frères ou/et sœurs : l’équivalent du syndrome de Stockholm. Vraiment bizarre ! Voilà un des effets pervers de l’héritage des luttes coloniales : héro un jour, héro pour toujours, irrationnellement pour certains qui voient l’Histoire à travers un tunnel et non de façon « panoramique ». Ils restent obtus à l’injustice et aux souffrances de leurs compatriotes. Les vrais patriotes sont des personnalités comme Nelson Mandela qui ont sacrifié leur vie pour leur nation et ont renoncé à l’exercice du pouvoir une fois leur but atteint. En effet, Mandela aurait pu faire comme beaucoup d’Africains et prétendre avoir le monopole du succès de la lutte contre l’apartheid et par conséquent que la Magistrature Suprême lui revient de droit divin à vie. Vous conviendrez que c’est un non-sens. Malheureusement, il n’y a qu’un seul Mandela sur Terre ! La majorité des « pères de l’indépendance » se sont battus pour recupérer le pouvoir des mains des colons pour leur propre intérêt et asservir leur peuple en les nourrissant de propagandes démagogiques et persécutant les patriotes. Cette stratégie marche parce que la naïveté et la nigauderie sont les choses les mieux partagées plutôt que la raison surtout en Afrique - mais aussi dans le Monde si on se réfère aux mensonges de G.W.Bush pour la guerre en Irak. Nous pouvons en disserter à longueur de temps mais admettons que, pour qu’un dictateur se maintienne, il a besoin qu’une bonne partie de la population soit activement complice et que la majorité soit passive. Raison pour laquelle, à chaque fois que l’on juge ou critique un despote, il faut avoir le courage de voir au-delà de sa personne et intégrer l’action de ses hommes/femmes de main. Tout ceci pour dire qu’aucune dictature ne peut être jugée sans le faire pour la nation toute entière aussi. En Afrique, la subjectivité, les intérêts du groupe et la mauvaise foi liés à un instinct grégaire d’appartenance « tribale » (ethnique est un euphémisme) font qu’on aboutit toujours à des polémiques lorsque vous abordez l’analyse de l’héritage d’un homme politique à la tête de son pays. Et pourtant ce bilan devrait se résumer facilement en l’état dans lequel il a laissé son peuple ; par degré décroissant d’importance : A-t-il légué une paix sociale ? Des citoyens unis pour un même destin ? Combien de grands projets réalisés en termes d’infrastructures pour la prospérité ? En résumé : a-t-il/elle laissé ou bâti une nation ? Voilà comment l’Histoire doit juger objectivement un leader. Vu les conditions dans lesquelles Mugabe et notre Général (avant lui, l’Autre, A.S.T.) vont laisser leur pays, quoi qu’ils aient fait dans le passé sera annihilé par le désastreux héritage qu’ils vont léguer. Surtout qu’ils auront été largement récompensés en mettant tout le pays à leur disposition toutes ces années: où sont donc les sacrifices pour la nation que leurs thuriféraires leur attribuent ? Si des citoyens d’un même pays sont divisés au point d’être prêts à se battre pour un leader, c’est la plus grande preuve de son échec et par conséquent il ne mérite pas une place dans l’Histoire. Néanmoins, pour le Zimbabwe, n’eût été l’implication de citoyens « blancs », les pays occidentaux auraient été prêts à fermer les yeux pour faire chanter et exploiter les richesses locales. Il y a eu les exactions de 2007 en Guinée qui n’ont suscité aucune résolution ou action coercitive de la part des « Occidentaux ». La communauté « occidentale » doit arrêter d’avoir deux poids deux mesures : le droit d’ingérence pour raison humanitaire et droits de l’Homme doit devenir un droit universel ; et pas fonction des intérêts du G8 (les plus avancés économiquement). Ces pays pourraient déjà commencer par arrêter d’être complices du pillage économique du Tiers Monde en appliquant les mêmes mesures que celles de la lutte contre le terrorisme aux dignitaires étrangers (particulièrement africains) investissant et dépensant des fortunes dans leurs villes : l’origine de l’argent doit être connue. De plus ils doivent cesser de détourner nos « cerveaux » (étudiants) et favoriser plutôt l’immigration de nos habitants non qualifiés qu’ils peuvent absorber en grande partie et soulager nos économies ; s’ils veulent réellement nous aider. Ibrahima Diallo - "Ollaid", Londres, UK
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