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Suite à la visite d’Etat au Mali du président par intérim, Président de la transition, le Général de Brigade Sékouba KONATE du 25 au 28 février 2010, nous avons jugé utile de faire un parallèle entre les politiques des 2 pays en matière de développement. Dans la première partie de notre document, nous avons fait essentiellement un parallèle entre les politiques économiques des 2 pays. Dans la présente contribution (2e partie), nous tenterons le même exercice de comparaison concernant les aspects politique, socioculturel et l’apport de la diaspora au processus de développement.
Nous avons reçu beaucoup de réactions suite à la publication de la première partie dont cette suggestion de Monsieur Cheickna Seydi DIAWARA du Mali de reformuler le titre comme suit : « Guinée et mali ensemble : l’intégration économique indispensable. » Nous voulons rassurer que notre conviction est que la Guinée ne peut s’en sortir seule dans la compétition globale que vivent tous les pays. Mais l’objectif de la présente contribution était de faire prendre conscience au Guinéen qu’il suffit de vouloir avancer et de travailler à cela pour que nous puissions décoller. Pour l’intégration ouest-africaine, nous en parlerons plus globalement dans de prochaines tribunes.
1. Sur le plan politique :
Le Mali est actuellement classé dans le groupe des pays Africains qui ont fait des avancées en matière de démocratie. Le processus électoral y est moins contesté malgré l’état de guerre dans le nord. On n’y pense plus à un coup d’état militaire qui viendrait remettre en cause la marche vers la démocratie. Le Mali est d’ailleurs l’un des pays récipiendaires du Millenium Challenge Account (MCA), un programme de plusieurs centaines de millions de dollars que Bush fils a mis en place pour encourager la démocratisation sur le continent. La décentralisation devient de plus en plus une réalité car beaucoup de décisions sont prises en matière de développement à la base. Malgré qu’il puisse y avoir des problèmes ethniques, comme un peu partout en Afrique, on a le sentiment que les Maliens constituent désormais une Nation.
En Guinée, les élections les moins douteuses ont été les municipales de 1991 et depuis, le PUP au pouvoir, sentant le danger, avait balisé le terrain pour toujours rempiler. Si le Général Konaté réussit son pari, on pourrait s’attendre à un retrait de l’armée de la vie politique mais les clivages ethniques sont encore largement exacerbés par les politiciens en manque de programme politique. En souhaitant au Général pleine réussite, on ne peut s’empêcher d’avoir des inquiétudes quand on voit les contradictions sur la légitimité du CNT. Des idéalistes soutiennent qu’il faut le référendum pour l’approbation du travail de révision constitutionnelle que doit faire le CNT et qu’il faut un audit des éventuels candidats à la présidentielle. Les pragmatiques voudraient qu’on s’en tienne à un toilettage de la constitution pour revenir au format de 1990 tout en étant d’accord pour les audits non téléguidés si le temps le permet. Espérons qu’on évitera des polémiques stériles pour faire l’essentiel au cours de cette transition.
En Guinée, la politique est devenue le domaine de prédilection pour se faire de l’argent ou se faire une virginité même lorsqu’on est soi-même convaincu d’avoir mal agi quand on était aux affaires. Le pays compte environ 120 partis (certainement le record en Afrique de l’Ouest) dont le quart n’existait pas avant l’avènement du CNDD au pouvoir. Certains partis créés depuis 2007 l’ont été par des anciens ministres, dont certains ont des choses à se reprocher compte tenu de leur bilan catastrophique (pour la plupart). En matière de décentralisation, le pays est encore à la traine bien qu’il fut un des précurseurs en Afrique noire Francophone. En cette période de précampagne, la principale question est de savoir si le citoyen dans son choix prendra en compte la qualité du programme des candidats ou si ce sont des considérations subjectives qui continueront à le guider (argent, région, ethnie, religion, ….). Le changement doit d’abord s’opérer à ce niveau sinon les changements de personne à la tête risque de ne rien changer car le système aura survécu et réussi à s’adapter. C’est cela le mal Guinéen et il est permis de rêver à sa fin immédiate en cette occasion historique d’élections du 27 Juin 2010 ; cela ne dépendra que de nous les Guinéens.
Pendant qu’au Mali, il existe une vie après les postes ministériels (les anciens ministres retrouvent des activités socio-économiques ou les institutions internationales), en Guinée plus de la moitié des anciens ministres du régime de Lansana Conté préfèrent dépenser tout leur argent pour revenir au gouvernement ou pour se lancer à la conquête du fauteuil présidentiel. Ici, on pense qu’il faut forcément faire de la politique pour faire partie de la haute classe ; tous ceux qui réussissent dans d’autres domaines se croient obligés de descendre dans l’arène politique. A moins que ceux qui incarnent la réussite de la nouvelle génération continue à étendre leur business (Naité, KPC, …) et évitent de rentrer très tôt en politique.
La commémoration des 50 ans d’indépendance des 2 pays a aussi quelque chose de différent : en Guinée, sans aucun bilan objectif, l’idée répandue est que les 50 ans d’indépendance ont été un gâchis (comme si on ne pouvait positiver sur aucun acte des 50 dernières années : ce qui ne peut être réaliste) ; les Maliens eux font un bilan Forces/Faiblesses de leur demi-siècle sans nombrilisme ou nationalisme ombrageux pour mieux se projeter dans les 50 prochaines années.
2. Sur le plan socioculturel :
Sur le plan culturel, à part l’organisation du Djembé d’or, les seules manifestations en vigueur en Guinée sont des élections Miss (Miss parade, Miss Boro, Miss ceci, Miss cela, …). La fréquence est tellement élevée que la motivation pécuniaire ne peut plus se voiler même si tous prétendent promouvoir la culture Guinéenne. Les activités culturelles dans les écoles sont faites de Kermesse qui sont des occasions pour les fondateurs d’écoles privées et /ou leurs encadreurs de se remplir les poches. Avec la libéralisation des ondes et la pléthore d’écoles privées, on s’attendait à des émissions de culture ou d’émulation intellectuelle entre écoles ; mais la télé nationale organise plutôt des concours de danse ou de beauté entre écoles de Conakry. Pourtant, on peut s’inspirer par exemple de « Questions pour un Champion pour Grandes écoles » de la Télévision Française.
Le masque Gnamou ainsi que d’autres masques de la forêt tombent dans les oubliettes tandis que le masque dogon du Mali est connu dans le monde entier. Le bogolan et le bazin du Mali partent à la conquête du monde tandis que le leppi et la forêt sacrée sont très peu connus en dehors de la Guinée. Certains historiens nous disent que le peuple Toma avait sa monnaie et son alphabet avant l’arrivée du Colon, si cela est vrai pourquoi rien n’est fait pour valoriser cette réalité historique ?
Une leçon a été donnée à l’Afrique en ce qui concerne la reculade du Gouvernement Malien face à l’intransigeance de la société civile dans le dossier du Code de la famille en 2009. Sous prétexte de mondialisation, donc d’uniformisation de valeurs, il est demandé à nos dirigeants d’aligner nos textes sur ceux des Occidentaux ; au lieu de nous encourager à prendre le meilleur des 2 cultures. Certains peuvent parler de recul de la démocratie, d’intégrisme mais il reste vrai que la bataille culturelle est de plus en plus le prochain champ de défaite des Africains devant la volonté d’hégémonie des Occidentaux face au reste du monde. Comme les pays Asiatiques, le Mali a eu le mérite de résister et veut prouver que la culture africaine n’est pas aux antipodes de la modernité.
3. L’Apport de la diaspora :
Le Mali et la Guinée sont des pays d’émigration aussi bien pour des raisons culturelles, économiques que politique. Mais la comparaison se limite là car les apports de la diaspora sont différents dans les 2 cas. En Guinée, la diaspora intervient beaucoup plus dans le débat politique que dans la construction du pays (au-delà des maisons d’habitation, je faits allusion à des projets d’utilité publique) même s’il faut reconnaitre son rôle positif dans le soutien aux familles (dépenses de ménages, les études des enfants, le petit commerce). L’apport de la diaspora dans le développement est plus important au Mali où il dépasse même annuellement le montant de l’aide au développement. De gros projets (aménagements maraichers, écoles, routes, …) sont financés et réalisés grâce à des fonds provenant de la diaspora, notamment dans la zone du fleuve (Ségou, Kayes, …). La diaspora Malienne est agissante et moins bavarde tandis que la diaspora Guinéenne est beaucoup plus politisée et fait moins de projets de développement. En matière d’investissement dans le pays d’origine, les Maliens de la diaspora ont un environnement plus attractif que les Guinéens dont beaucoup ont pourtant réussi ces 10 dernières années à l’étranger. A ce niveau, c’est au gouvernement Guinéen de mettre en place une politique incitative pour les investissements provenant de la diaspora.
La gestion même de la question des Immigrés par les 2 gouvernements est différente : pendant que le Mali résiste depuis 2 ans à ratifier les accords avec la France sur l’Immigration concertée, on a vu des ministres Guinéens signer à la va vite des protocoles permettant la reconduite de Guinéens aux Frontières de pays Européens.
Nous terminerons notre comparaison par un troisième texte qui parlera entre autre des médias, de la formation continue (point 8 du communiqué conjoint)
Que Dieu Guide la Guinée et lui donne la chance de choisir des Dirigeants capables de le sortir de sa torpeur actuelle
Mamadou CISSE Spécialiste de Gestion d’Entreprise Prof. de Marketing International à Koffi Annan
Pour lire la 1ère partie de l’article : http://www.guineeactu.com/info.asp?mph=deta&ret=arM&IDA=30&ID=4373
www.guineeactu.com
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