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Suite à la visite d’Etat du Président de la Transition au Mali, nous avons initié une série de textes dont le but est de faire un parallèle entre la Guinée et le Mali en matière de développement. Nous livrons ici la 3e et dernière partie de ces textes qui sera consacrée à la place des médias, la place de la société civile, le développement rural ainsi que la formation continue.
Nous avons reçu beaucoup d’observations suite à la publication des deux (2) premières parties. Le fait de susciter un tel engouement nous réconforte et nous encourage à lancer de tels débats un peu éloignés de la politique politicienne dont le paysage médiatique regorge.
1. La place des médias :
Au niveau de la presse écrite, on peut dire que les deux pays jouent dans la même cour ; les journaux comme le lynx, l’Indépendant (pour la Guinée), le Républicain, l’Essor, l’indépendant (Mali) ayant déjà acquis leur lettre de noblesse. Au niveau de l’audiovisuel, la libéralisation est intervenue au Mali au milieu des années 1990 tandis qu’en Guinée il a fallu attendre 2006 pour voir les premières radios privées. Au Mali il y a beaucoup de radios de proximité dans les régions qui traitent des questions de développement et participent à l’éducation des populations (santé, environnement, …) tandis qu’en Guinée une seule radio privée est en dehors de Conakry, le reste étant concentré dans la capitale avec pour thème de prédilection la politique et la publicité de soi-disant guérisseurs traditionnels qui ne sont généralement agréés par aucune autorité sanitaire compétente. Dans les derniers moments de notre histoire récente, on a failli reconnaitre les méthodes de la radio Mille collines du Rwanda à travers certains éditoriaux de la Radio publique et d’une des radios privées de la place. Heureusement que la rectification au sein du CNDD est venue à temps. Au Mali, il y a une maison de la presse et une télé privée de stature internationale (Africable) ; ce qui n’est, pour le moment, pas le cas de la Guinée.
L’autre différence sur le plan médiatique réside au niveau des sites internet. Faites un tour sur Malipages.com, Malikounda.com, MaliJet et vous verrez la différence dans la présentation et les thèmes abordés avec beaucoup de nos sites. Dans le domaine de l’internet, on remarque que les sites publics ne marchent pas en Guinée (Gouvernement, service public) tandis que la plupart des départements ministériels et établissement publics du Mali ont une visibilité grâce à Internet. En Guinée, vous trouverez rarement des informations utiles (transport interurbain, avis d’appel d’offres, offre d’emploi, actualité scientifique, Immobilier- Achat, location ventes-, secteur informel, l’artisanat,...), certains sites n’ayant d’autre thème que des articles incendiaires contre tel ou tel leader politique. L’amateurisme et le caractère alimentaire sont à ce niveau légion et les sites crédibles se comptent du bout des doigts. On a encore en mémoire la leçon donnée à un des administrateurs de site Guinéen lors du passage de ce dernier dans l’émission Média d’Afrique de Alain Foca de RFI en 2008 pour rendre son site moins partisan (de Lansana Kouyaté, premier ministre de consensus à l’époque) et plus professionnel (en évitant la diffamation et attaques personnelles contre les adversaires de Kouyaté). Dans les derniers moments de la crise Guinéenne de 2009, les sites de Fasozine et de l’Observateur Paalga étaient préférés par certains Guinéens à beaucoup de nos sites.
C’est aux journalistes de faire leur propre introspection et de ramener sur le droit chemin des brebis galeuses qui ternissent l’image de leur noble métier (journalistes médiocres, alimentaires, suppôt de l’ethno stratégie ou de la suprématie des Guinéens de l’intérieur face à ceux de l’extérieur, …). La formation, la sensibilisation et même des sanctions disciplinaires peuvent aider à cela.
2. La société civile :
Les deux pays disposent de sociétés civiles dynamiques qui se sont illustrées dans les luttes démocratiques. Au Mali, la société civile est dorénavant impliquée dans le développement local et elle joue souvent un rôle de relai pour les ONG internationales (voir les sites www.initiatives-mali.info et www.societecivilemali.org). En Guinée, la forte aura acquise par la société civile en 2006 – 2007 a fini par politiser cette dernière qui risque de perdre son âme dans les prochaines alliances en vue des élections. Avec le gouvernement actuel dominé par les Forces vives (société civile et syndicats notamment), la population n’a plus de défenseur. Même si le litre du carburant devait connaitre une autre augmentation, le syndicat ne dira rien alors que les arguments pour de nouvelles augmentations ne tiennent pas la route : le Mali qui n’a pas de façade maritime vend le litre de Gasoil à 550 FCFA (près de 6000 FG) alors que chez nous, le litre est à 6500 GNF, sans oublier les écarts de niveau de vie.
Les 2 sociétés civiles sont incarnées par deux femmes : la syndicaliste Haja Rabiatou Serah du côté guinéen, qui vient de prendre la tête du CNT au crépuscule de son combat au risque d’éroder son capital confiance (en cas d’échec) et Aminata Traoré, ex-ministre qui reste à l’avant-garde de l’alter mondialisme africain.
3. Développement rural :
A ce niveau, on peut dire que de gros efforts sont consentis dans les 2 pays même si le Mali est mieux soutenu par les bailleurs de fonds et reçoit plus d’aide en matière de développement. Nous ne pourrons pas faire de comparaisons objectives avec des chiffres à l’appui.
Toutefois, du côté Guinéen nous signalerons un sérieux problème de planification. Nous ne remettons nullement en cause le travail des BSD mais certaines programmations, comme tout œuvre humaine, laissent à désirer. Le non respect de la carte scolaire ou sanitaire fait que certaines infrastructures sont des éléphants blancs tandis que d’autres communautés restent dans le besoin. En matière d’entretien routier par ailleurs, on comprend mal pourquoi la route du café depuis sa réalisation en 2003 ou le tronçon Beyla-Sinko (depuis sa dernière réhabilitation en 2002) n’ont connu aucune intervention alors que d’autres axes ont connu deux fois l’entretien au cours de la même période. Sinko est un grenier de premier plan pour le pays sans oublier que son marché hebdomadaire est le plus grand du pays (place ravie à Guéckédou) et joue son rôle de marché transfrontalier. Quant à la route du Café, nonobstant sa qualité technique discutable, elle a permis aux usagers de contourner le calvaire Guéckédou-Bofossou au moment des grandes pluies de 2005 à 2008. On a du mal à comprendre que nos planificateurs ne tiennent pas compte de cela pour mettre ces tronçons sur le même niveau de priorité que les autres.
4. La Formation :
Dans le domaine de la formation il y a aussi une différence entre les 2 pays ; l’organisation du Baccalauréat en est l’illustration. Toutefois nous parlerons ici uniquement de formation supérieure. En Guinée il y a pléthore d’universités privées depuis que l’Etat fait des subventions dans ce domaine sans que l’on sache quels sont les critères d’accréditation (qualité de programme, ergonomie des salles de classes, qualité des infrastructures, niveau des professeurs proposés, validité du programme d’enseignement, …). Vous faites un groupe scolaire d’enseignement général et au bout de 2 à 3 ans, vous devenez une université avec un nombre important de boursiers de l’Etat ; tant pis si les cours sont mal assurés, l’essentiel est de continuer à faire perpétuer le réseau qui a pris ce département en otage. Il serait mieux que le Ministère de l’Enseignement actualise le cahier des charges des institutions d’enseignement supérieur avec date de vigueur, la prochaine rentrée universitaire et qu’on fasse la décantation dans le secteur. L’avenir du pays en dépend. Une telle démarche de décantation serait aussi salutaire dans le pré-universitaire car la baisse de niveau y est réelle. L’Etat pourrait renforcer le niveau de ses enseignants et améliorer leur traitement tout en étant exigeant avec les écoles privées (respect de la grille de programmes du Ministère, qualité des bâtiments, du personnel enseignant et d’encadrement, hygiène des lieux, …). Une chose reste claire, avec la désorganisation actuelle du secteur de l’Education, l’idée de voir le jeune cadre Guinéen compétitif dans la région ouest-africaine risque d’être théorique car « on ne devient pas leader ou meilleur par hasard ».
Au Mali aussi ; il y a aussi un regain d’intérêt dans le domaine de la formation supérieure ; la différence avec le cas Guinéen réside dans le contrôle exercé par l’administration. Le seul fait que les diplômes ne peuvent être délivrés que par l’Etat lors d’un concours unique par filière permet de mettre à nue les écoles les moins professionnelles.
En matière de formation continue, domaine concerné par le point 8 du communiqué conjoint ; il est à noter la présence de 9itraining, un institut formé tout récemment mais qui connait déjà un certain rayonnement dans la sous-région. Si Sodefa veut former une dizaine de cadres en Gestion de Produit ou Soguitrans en Gestion logistique avec la maitrise de MS Project, elle sera obligée de les envoyer à Bamako ou Abidjan par manque de structure viable sur place. Notre CNPG (Centre National de Perfectionnement en Gestion) de Donka n’a pas pu s’adapter aux nouveaux métiers de la Gestion et de la Formation ; il n’existe plus que de nom. C’est ce que le communiqué conjoint a voulu nous faire comprendre de façon crue. A première vue cela peut déranger les gens, mais mieux vaut regarder la vérité en face et essayer de s’améliorer, la fuite en avant ne nous amènera à aucun progrès.
Conclusion :
Donnez 2 villas de même standing à 2 ouvriers (l’un malien, l’autre Guinée), recrutez 2 jeunes cadres au niveau managérial (l’un malien, l’autre Guinéen) et faites le bilan de leur sérieux au boulot, … dans 70% des cas, vous risquez d’aboutir à la conclusion du présent texte. Il n’y a donc pas match entre le Mali et la Guinée car les premiers, sans bruit, sont entrain de prendre sereinement de l’avance sur les seconds. Mais il n’y a aucun mal à reconnaitre ses points faibles pour qui veut avancer.
Certes, ce texte est loin d’être exhaustif pour faire un bilan entre le Mali et la Guinée en termes d’avancée en matière de développement. Aussi, il peut paraitre dur mais le souci est de secouer le Guinéen et attirer son attention sur le retard qu’il prend chaque jour qui passe par rapport au Mali et à beaucoup de ses voisins immédiats. S’il est compris dans ce sens et réussit à provoquer un électrochoc et un sursaut national, nous en serions ravis. Si par contre, il devait être instrumentalisé par certaines personnes allergiques à toute critique objective sur la Guinée et doté d’un nationalisme ombrageux, ce serait alors dommage.
L’heure des avantages comparatifs étant révolue (mondialisation oblige), nous sommes dans la phase des avantages compétitifs entre nations (Lire Michael PORTER). Dans cet objectif de compétitivité, la première richesse sur laquelle nous devons compter devrait être le capital humain (nécessité de réformer notre secteur de l’éducation et le mettre en phase avec les exigences de la nouvelle économie). En même temps il faudra une politique agricole ambitieuse avec un minimum d’infrastructures de base pour les communautés rurales, une moralisation de l’administration publique, des reformes en matière de redynamisation du secteur privé national, une politique de tourisme attrayante. La politique minière devrait être le chapeau et non la seule vache laitière.
Vaste chantier qui ne pourrait qu’attendre les élections. Mais à vouloir tout remettre à plus tard, on pourrait ne jamais démarrer et le fossé ne fera que se creuser. Toutes actions allant dans le sens de redonner confiance au Guinéen et de rattraper notre petit retard, sans compromettre la tenue desdites élections, ne pourraient qu’être salutaires.
Que Dieu Guide la Guinée et lui donne la chance de choisir des Dirigeants capables de le sortir de sa torpeur actuelle
Mamadou CISSE Spécialiste de Gestion d’Entreprise Prof. De Marketing International à Koffi Annan
www.guineeactu.com
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