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Allons droit au but.
La situation sociopolitique de la Guinée devient de plus en plus préoccupante. Il est clair que beaucoup de Guinéens acceptent un Président – Militaire, et sont d’ailleurs confortables ainsi. Dès le coup d’État militaire, je le regrette fortement, le peuple a remercié Dieu pour cet acte salvateur. Car pour lui [le peuple], si l’ordre constitutionnel avait été suivi, Aboubacar Somparé allait être le président de la Guinée. Chose que le peuple ne voudrait point accepter.
Analysons le scénario suivant:
Aboubacar Somparé Président : Quelles auraient été les conséquences ?
Aux yeux du peuple, ce serait inacceptable qu'Aboubacar Somparé vienne aux commandes pour combler la vacance du pouvoir. La première cause de ce désaveu allait être le manque de consensus au sein de son propre parti, suivi, sûrement, du manque de support populaire. Certains, auraient évoqué d'autres causes, notamment les services rendus au régime de Sékou Touré ou tout simplement son manque de « responsabilité ».
Quoi qu'il en soit, une autre crise a suivi le décès de Lansana Conté, dont les causes sont aussi lointaines qu’immédiates. Vous conviendrez avec moi, qu’au cours de chaque élection législative, depuis 1995, la plupart des Députés furent choisis et alloués aux autres partis, pas élus. La modification du referendum en 2002 fut digérée sans trop de difficultés. C'était assez grave. Mais le pire ne se produisit qu'en décembre 2008 lorsque Conté trépassa des suites de longues maladies. Très tôt, les militaires se saisissent du pouvoir, les partis politiques leur manifestent leur solidarité, et le peuple est soulagé. On aurait espéré croire que si tout le monde est content, c’est la fin des mésaventures.
Cependant ce qui me semble absurde, c'est cette préférence quasi unanime pour la junte, au détriment de Somparé, dans la prise en charge de la transition. Car, si ce même peuple a cautionné la modification de la Constitution, et les hold-up électoraux en Guinée, pourquoi soudainement doit il s'insurger contre le non respect de cette même Constitution ? Le peuple n'est il pas naïf?
Quant aux militaires, ils furent accueillis comme un Père Noël. Pourtant, la perspective d'un Somparé à la présidence pour des besoins de transition, était plus enchanteresse. Cet homme présenterait moins de dangers et de risques comparé à une junte. C'est à mon avis, plus que logique de voir une personne « civile » diriger la Guinée. Le respect des dispositions du texte constitutionnel quoique controversé, était normal et constructif pour la bonne marche et l’avenir de la démocratie en Guinée. Les actions d’une personne « civile » sont mille fois prévisibles que celles d’un militaire Guinéen typique. On ne peut trop spéculer sur les velléités de la junte, en tout cas, pour l’instant. C'est l'avenir qui nous édifiera. Mais personnellement je reste très perplexe par rapport aux chances de réussite de la junte. Elles me paraissent très minces. Et, un échec entraînerait plus de dégâts.
D’autre part, on a tendance à blâmer Somparé pour n'avoir pas osé demander au Président du Judiciaire de constater la vacance de pouvoir. C'était évident que depuis 2000, le chef de l'Etat n'était plus en possession de toutes ses facultés physiques et psychiques pour continuer à conserver ses prérogatives suprêmes. Sa santé avait considérablement flétri. Mais, considérant que c’est Conté qui nommait le Président du Judiciaire en retenant entre ses mains les pouvoirs de celui-ci, Somparé ne devrait pas être pour autant blâmé. Surtout que le dernier en date était Maître Lamine Sidimé qui vouait une allégeance sans limite à son mentor. Il n'était un secret pour personne que Maître Lamine Sidimé, qui avait fait un séjour inaperçu à la Primature, était nommé à la Cour Suprême pour un seul but : manipuler le Droit en faveur du Président Conté. On sait aussi que c’est Conté qui nommait même, comme on le dit en Guinée, les chefs de quartiers. Aboubacar Somparé devait sûrement savoir que s’il avait demandé à Lamine Sidimé de constater la vacance du pouvoir, il n'aurait eu aucune suite, à défaut d'une réponse négative, ou aurait été condamné pour tentative de Coup d’État. Sous Conté, la seule manière de préserver son poste et ses intérêts, c'était de faire ce que lui [Conté] désirait.
Par conséquent, j'accuse l'élite guinéenne et mets en doute son intellect. De même, je plains ces professeurs d’Université, ces techniciens du Droit, ces Députés et cette société civile (le peuple étant naïf, il ne faut pas trop lui en vouloir). Il devrait y avoir des dispositions claires dans la Constitution prévoyant le recours au vote par les Députés pour observer la vacance du pouvoir dans la mesure où le président du parlement faillit à son devoir. Si la majorité l’emporte, alors les présidents du Parlement et celui de la République doivent tous partir.
Accepter un militaire comme Président de la Guinée : quelles conséquences ?
A mon avis, il n’y a aucune conséquence positive qui va germer de cette situation. Tout ce qui est visible, c’est qu’il y a confiscation et violation de nos libertés civiles et de nos droits. Dans le contexte actuel de la Guinée, il n’y a pas et il n’y avait pas de nécessité de solliciter une telle intervention militaire – coup d’État. Et ce coup d’État est très loin d’être un mal nécessaire. Si, au moins, on avait entrepris toutes les solutions « civiles » possibles, et qu’à l’issue de cela, on trouve qu’il n’y a pas de solution adéquate ou viable, on aurait, peut-être, envisagé un achèvement militaire. Mais, ce n’était pas le cas. Aucune solution « civile » ne fut entreprise ; et les militaires ont joué aux sapeurs pompiers sans aucun feu à combattre, ni de pyromane à neutraliser.
Aussi, si le Parlement Guinéen que présidait Somparé n’était plus légitime parce que des élections qui devaient être organisées depuis longtemps n’ont pas encore eu lieu, cela rend-t-il un coup d’État légitime ? Quel que soit le retard accusé pour l’organisation de ces élections, l’État et ses Institutions doivent toujours fonctionner. Si jamais il y a un quiproquo civil, il est clair que, si l’armée reste neutre, il y aura indubitablement un compromis, une solution civile. Ce qui veut dire, si ces militaires avaient manifesté de voir les dispositions de la Constitution respectées en cas de vacance du pouvoir, de devenir juste des arbitres, il est clair que Somparé ou toute autre personne n’aurait pas osé abuser de ses pouvoirs.
Aviez-vous constaté ces faits ?
La séparation des pouvoirs prévoit que le Législatif soit indépendant de l’Exécutif et du Judiciaire, et vice-versa. Alors, accepter cette junte, est-ce vraiment intelligent ? Le coup d’État fut suivi de la dissolution du Parlement et de la suspension de la Constitution (outil essentiel qui régit les rapports entre les hommes et aussi entre les différentes Institutions de l’État). Ce qui signifie obligatoirement que les pouvoirs Exécutif, Législatif et Judiciaire sont concentrés entre les mains d’une seule personne : Moussa Dadis Camara. Si ce dernier et sa coterie commencent à abuser de leurs pouvoirs, qui pourrait les maîtriser ? Ils possèdent les armes et tous les pouvoirs civils. Est-ce vraiment différent de ce qui prévalait à l’ère de L. Conté ? Il me semble que nous avons accepté de mettre tous nos œufs dans un seul panier. Est-ce vraiment rassurant ?
Il faut déjà retenir qu’ils ont, depuis la première minute, commencé à abuser de leurs pouvoirs. Car le coup d’État – qui est en soit un coup de force – est un abus de pouvoir et une usurpation du pouvoir par des moyens illégaux. Jusqu’où iront-ils ? Il est difficile de le dire. Car ils ne sont pas prévisibles.
Le Patriotisme Guide ces Soldats ? Quel Patriotisme ?
En 2007, lorsque, par des voies judiciaires il avait été dit que « les biens » du richard voleur Mamadou Sylla avaient été saisis par l’État, on savait que c’était une manière de mieux les sécuriser. Et lorsque par règlement de compte, ce dernier fut emprisonné pour qu’à la fin il soit relâché par son « ami » le Président Conté lui-même, seuls les syndicalistes et la société civile avaient manifestement haussé le ton. Mais où se terraient ces soldats lorsque les pouvoirs étaient en train d’être abusés ? Etaient-ils du côté du peuple qu’ils veulent soudainement servir lors des évènements saumâtres de Juin 2006, Janvier et Février 2007 ? Même si ces vieux généraux (mis maintenant à la retraite) les « empêchaient » d’agir, ils n’étaient pas obligés d’obéir aux ordres destructifs. La profession militaire, la foi et l’éthique leur donnent toutes les raisons possibles pour ne pas tuer des innocents armés de haine, de colère, de ressources abstraites. Mais des centaines étaient morts. Il est escarpé de concevoir que cette même armée soit acceptée et honorée par ce peuple.
Le peuple est naïf. Même si le coup semble être consommé, il n’est pas encore trop tard pour le retour à l’ordre constitutionnel. Si cet ordre constitutionnel ne semble pas arranger ces militaires, il serait préférable de recourir à la Liste dressée par la société civile et les syndicalistes en 2007. On sait que des cinq (5) qui avaient été proposés, Lansana Kouyaté et Saidou Diallo ont déjà servi sous le régime Conté. Récemment, Komara fut choisi comme Premier Ministre. Il est préférable de voir l’un des deux (2) qui restent de cette Liste de 2007 devenir un Président de Transition. Cela est non seulement rassurant mais aussi sain pour la démocratie et l’avenir politique de la Guinée. En plus, celui-ci est beaucoup plus prévisible et réceptif.
De nos jours, comme toujours, il doit être inacceptable pour le peuple guinéen d’accepter d’emblée des solutions militaires. Cela n’est jamais productif. Il faut que chacun puisse savoir quelle est sa place dans la société. Il y a mille et une habitudes à changer en Afrique. Et il y a mille habitudes à changer en Guinée. Cependant, je reste ébahi en voyant Abdoulaye Wade remuer ciel et terre pour que la communauté internationale soutienne la junte. Lui qui a duré dans l’opposition plus de vingt ans… Quel intérêt le Sénégal a-t-il à soutenir une junte en Guinée ? Wade doit connaître meilleur.
Tout le système est à mettre en cause
En Guinée, les systèmes éducatif, sanitaire, parlementaire, exécutif, judiciaire, économique, agricole, etc. sont tous à changer, car rétrogrades. Ce qui est plus alarmant, c’est singulièrement ce système éducatif qui est censé produire les hommes de demain. Un système obscurantiste. Avec une population analphabète, ignorante et « sous éduquée », il est clair qu’il lui serait difficile de faire le choix entre ce qui l’arrangerait à court terme et à long terme. Ce qui présume qu’il faut le lui imposer habilement. Si on donne au peuple guinéen en général, et particulièrement celui de Conakry et des villes de Kindia, Kankan, Labé, N’Zérékoré, Boké de l’électricité, de l’eau et du riz, ses vœux sont comblés. Que demandera-t-il de plus ? Pour quelqu’un qui est averti, cela est déjà un dû qui a pris trop de temps.
Un pouvoir militaire est loin d’arranger la Guinée. Il nous faut rejeter cette junte par tous les moyens pacifiques possibles. Nous n’aimerions pas voir le scénario du coup d’État de 1984 se répéter. Accepter cette junte en se murmurant « s’ils font ceci… » ou « s'ils font cela… je les supporterais » est suicidaire et sans avenir. Nous ne sommes pas obligés de vivre cette vie de probabilité. Il faut que nous commencions à être certains de ce que nous faisons. Car, lors des élections prévues en fin 2010, une petite discussion entre les différents partis politiques suffirait pour donner une autre raison aux militaires de s’accrocher au pouvoir. Un peuple doit savoir confronter et refuser certaines impositions artificielles. Il y va de sa pérennité et de son futur.
J’ai l’impression d’ailleurs que la mise à la retraite des Généraux est une manigance ou plutôt une manœuvre politicienne. Une autre distraction. Quelle que soit la mal intention des généraux, ils sont loin de donner des ordres et en même temps les exécuter. Ce sont ces jeunes militaires qui sont les hommes du terrain. Dadis Camara qui semble d’ailleurs être un ami d’Ousmane Conté nous a montré sa position. Renforcer la position de Mamadou Sylla et acolytes, sécuriser la fortune et la famille de Lansana Conté. N’a-t-il pas déjà reçu des dons venant de Mamadou Sylla ?
La politique en Guinée est plutôt inféodée aux affinités et à l’origine ethnique. Toutefois, la bombe ethnique en Guinée, j’ai peur que lorsqu’elle explose, elle n’entraîne un volcan sociopolitique plus dévastateur. Le combat politique a été mal orienté. Au lieu d’avoir des idéologies, politiques différentes, nous nous attelons à considérer l’origine des uns et des autres et non ce qu’ils croient.
Enfin, arrêtons d’implorer Dieu à sauver la Guinée. La vie est un choix. Et chacun a fait son choix. Donc assumons les conséquences.
Ce dont je reste convaincu, le siège de Président de la République en Guinée doit demeurer un poste civil – pas militaire. La concentration de tous les pouvoirs au sein d’une seule main est un suicide politique et une bombe sociale, une attaque manifeste aux libertés et droits civils.
Qui peut contrôler cette junte ? Pas même le peuple.
Abraham Diallo Etudiant en Sciences Politiques (Droit et Sociologie), Angleterre pour www.guineeactu.com
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