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Les investissements privés dans le secteur agricole ne sont pas fréquents en Afrique en général, et en Guinée en particulier. Les opérateurs économiques préférant investir dans des secteurs comme le commerce, que certaines critiques n’hésitent pas à désigner de commerce « Import-Import », ou alors, dans une moindre mesure, dans l’industrie. L’agriculture est en effet un secteur difficile et très risqué. Pourtant, c’est le seul secteur capable de créer une richesse vraie en plus de la résorption du taux de chômage juvénile. La Guinée, en plus d’être le château d’eau de l’Afrique, fût l’un des greniers de l’Afrique d’avant indépendance. Selon certains témoignages, la plaine de Monchon (Basse côte) avait été choisie par les autorités coloniales pour servir de relais dans la riziculture, au moment où la France perdait la guerre d’Indochine dans les années 50. En effet, la Guinée, de par sa position charnière entre le climat tropical sec et celui, tropical humide bénéficie plus que tout autre pays, de deux éléments essentiels pour toute agriculture à savoir : l’ensoleillement et l’eau. Notre pays possède donc de sérieux atouts pour se hisser parmi les plus gros producteurs agricoles du continent sauf peut-être le manque d’hommes et de volontés capables de mener une politique agricole ambitieuse voire audacieuse. Notre pays n’a pas le droit de se contenter de minuscules projets agricoles, ne mettant en valeur que quelques lopins de terres, au moment où des pays de la sous-région moins nantis que nous, du point de vue potentiel agricole, (Mali, Sénégal, Burkina...) sont à des dizaines de milliers d’hectares de mise en valeur. Que ces pays, pourtant confrontés à différents aléas climatiques, soient des pays qui figurent en bonne place en Afrique de l’Ouest, parmi les exportateurs de fruits et légumes loin devant la Guinée, est tout simplement inconcevable et révoltant. Un soutien insuffisant, presque inexistant Pour faire de l’agriculture, il faut des moyens. Ces moyens peuvent être si importants qu’il est illusoire de croire, un seul instant, que ce secteur pourrait s’en sortir sans l’aide de l’Etat. Le Sénégal l’a si bien compris que le budget 2009 du seul ministère de l’agriculture s’élève à une bagatelle de 82.896.488.760F Cfa soit 828.964.887.600FG contre 81.014.483.240F Cfa ou 810.144.832.400fG en 2008, soit une hausse de 2,32%. Cet effort a évidemment permis au gouvernement du Sénégal de lancer son plan de lutte contre la cherté des produits alimentaires, en subventionnant à hauteur de 70%, tous les intrants agricoles. Le résultat de cet engagement politique, ne s’est pas fait attendre. En effet, le Sénégal connaît pour la campagne 2008, une augmentation de sa production agricole avoisinant les 80%. En plus de la subvention des intrants, les pouvoirs publics ont mis l’accent sur l’aménagement des surfaces rizicoles dans la vallée du fleuve Sénégal. Ce qui permet aux paysans de disposer de plus de terre. Ces efforts cumulés ont permis d’atteindre une augmentation de rendement allant de 7T/ha à 10tonnes/ha avec des pics de 12tonnes/ha en culture irriguée de contre-saison. Grâce à ces efforts dans le domaine agricole, le Sénégal voit son taux de croissance pour cette année, augmenter considérablement (4% au lieu d’1% prévu). Chez nous, en Guinée, on a du mal à voir les traces de l’Etat dans l’aide apportée à l’agriculture. Les pouvoirs publics sont si frileux en matière d’investissement dans l’agriculture, qu’ils se contentent de simples visites de terrain, rarement accompagnées d’aides significatives aux producteurs. Le constat qui se dégage est que l’aide apportée à ce secteur est plus que dérisoire, comparée à celle qu’apportent nos voisins à leur agriculture. Plaidoyer pour l’émergence de grandes entreprises Agricoles privées en Guinée Bien que nous ayons un chef de Département d’agriculture compétent, nous pensons qu’au-delà de cette compétence, il faut de l’audace, de l’innovation dans la politique qu’il devrait mettre en place pour inciter d’éventuels investisseurs nationaux et étrangers, à ne pas voir seulement en la Guinée, un gros gisement minier, mais aussi, comme un pays qui a des potentialités agricoles impressionnantes et prometteuses. Le ministre devrait encourager des entreprises agricoles de renommée internationale, déjà installées chez nos voisins, à venir prospecter le pays, tout en leur accordant des facilités d’installation et d’exploitation. Cela favorisera non seulement la création d’emploi chez les jeunes, permettra par ricochet la baisse du taux de chômage et de la criminalité juvénile, mais aussi, permettra à notre pays de réoccuper la place qu’il n’aurait jamais dû perdre. L’Etat pourrait jouer sa partition dans la relance de cette filière en exonérant le carburant et les semences de bonnes qualités pour les exploitations agricoles, la base de toute production étant l’énergie et les semences. En un mot, l’apport des pouvoirs publics est attendu, de la recherche au transport, en passant par la transformation. Il est vrai que nos autorités sont conscientes que l’agriculture est importante mais, ne la considèrent pas comme prioritaire, comparée, par exemple, au paiement des salaires des fonctionnaires, qui peuvent à tout moment descendre dans les rues pour manifester. Cependant, l’histoire montre aussi que de grands pays exportateurs de produits agricoles (Chine, Thaïlande, etc..) sont devenus, en raison de leur démographie, de la pression foncière et de l’industrialisation, des importateurs de riz, provoquant du coup une hausse vertigineuse des prix sur le marché international. Ceci dit, nous n’avons plus le droit en Guinée, de déplacer les problèmes ou attendre une main généreuse de l’extérieur. Nous devons apprendre à nous battre et trouver des solutions nationales pour régler des crises issues des récentes émeutes de la faim. Il ne faudrait, en aucun cas, que l’Etat croit qu’il peut continuer à dormir sur ses lauriers face à la baisse actuelle des prix des produits alimentaires sur le marché international. Cette baisse n’est que le beau temps avant l’ouragan. L’esprit d’anticipation devrait être de mise. Ousmane Bérété pour www.guineeactu.com
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