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Dans la nuit du 22 décembre 2008, le jeune Thierno Camara, élève âgé de 20 ans, a été abattu froidement par des agents armés et recrutés par un certain Moriba Keita, qui s’était autoproclamé propriétaire d’un bien public, qui n’est autre qu’un domaine maritime utilisé depuis longtemps par la jeunesse de Coléah, et destiné à la construction d'un terrain de football.
Encore une fois, il nous semblerait revivre les mêmes événements dramatiques que ceux relatifs au terrain de football de Kaporo, sur lequel Monsieur Diallo Sadaka avait entamé des travaux de construction de logements et de boutiques.
A ce jour, malgré sa fortune colossale, le soutien des autorités corrompues de l’époque et ses sbires armés en faction depuis plusieurs mois, le chantier est arrêté. C’est le lieu d’interpeller les nouvelles autorités car les jeunes n’ont toujours pas accès à cette aire de jeux.
Alors que ce dossier n’est pas réglé, d’autres commerçants ont jeté leur dévolu sur une autre portion vague qui servait de stade aux jeunes de Matam, Mafanco et Madina.
Depuis ce crime tragique et crapuleux, tout est fait pour camoufler cet assassinat abominable de la part du Commissaire de police de Mafanco Monsieur Thierno Amadou Diallo et certains élus locaux de la commune de Matam. En somme, c’est la répétition de l’impunité et des crimes gratuits qui se rappellent à cette jeunesse bafouée, martyrisée, sacrifiée, abandonnée de tous.
Pendant que nous pleurons encore nos enfants-martyrs qui attendent toujours le vrai changement et que justice soit faite, le cycle de la force armée ne fait que se reproduire au détriment de cette branche émérite qu’est notre jeunesse et qui reste la seule à pouvoir véritablement se révolter au milieu de la léthargie ambiante.
Nous venons de friser la perte en vies humaines avec la manifestation de plusieurs milliers de jeunes mobilisés devant le Tribunal de Mafanco, venus manifester leur colère contre l'injustice, la corruption, l'impunité, le désœuvrement et la misère visible de nos populations.
Cette colère qui monte, qui gronde, qui tonne et qu’il serait difficile de maîtriser si rien n’était fait maintenant, ressemblerait à s’y méprendre, à un ultime appel désespéré pour dénoncer la rétention manifeste de l'information judiciaire, sans compter les manœuvres dilatoires qui auraient conduit dix (10) jeunes de Coléah en prison.
Nous observons un silence-radio de la part des autorités, à commencer par le Président de la République Moussa Dadis Camara qui déclarait il n’y a pas si longtemps que quiconque tuerait en Guinée, serait tué à son tour. En fait cette décision que je ne partage pas sur le fond, devrait sonner le glas de la chienlit et l’obligation pour tout le monde de répondre de ses propres actes.
A présent, la jeunesse attend des réponses. Elle ne veut plus des décideurs qui ne seraient jamais responsables des actes de leurs subordonnés ni des responsables qui ne « savaient pas » ce qui « s’était passé » dans le pays.
De plus, cet appel à la justice pose d’autres questions qui devraient interpeller la conscience collective : allons-nous accepter que nos enfants continuent à servir de chair à canons pour des individus sans foi ni loi dictés par l’appât du gain uniquement ? Que deviendrait notre pays si nous ne parvenions pas à enrayer cet exode massif de nos jeunes qui pensent que l’avenir se trouverait ailleurs ? La Guinée devrait-elle être toujours indexée par les organismes des droits de l’homme, anti-corruption et de la drogue ? Les rues et les trottoirs devraient-ils être les seuls domaines dévolus à nos enfants ?
Enfin, il est à constater un monde entre le discours du Président de la République et la méthode utilisée. Demander des comptes à une poignée de décideurs ne peut être qu’un début. Elargir cette liste à tous les corps de métiers serait nécessaire. Confondre les coupables où qu’ils soient et quels qu’ils soient, réquisitionner les biens et geler/récupérer les avoirs à l’étranger sur une base légale serviraient d’exemple à tous et permettraient aux guinéens de sentir une rupture totale avec les pratiques du passé. Ils veulent conjuguer le changement au quotidien et non pas dans la continuité.
Désormais, la jeunesse guinéenne est fortement et définitivement mobilisée dans l’attente de la suite que les autorités entendraient apporter à ce qui devrait être : le dernier crime gratuit de l’ère du renouveau en Guinée
El Hadj Soumah – Paris pour www.guineeactu.com
NB : malgré le caractère choquant de cette photo, les jeunes ont manifesté le désir profond de l’exhiber à la face du monde. C’est un droit que je respecte et que je partage.
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