samedi 24 janvier 2009
Guinée : un mort de plus, un mort de trop
Thierno Camara

Dans la nuit du 22 décembre 2008, le jeune Thierno Camara, élève âgé de 20 ans, a été abattu froidement par des agents armés et recrutés par un certain Moriba Keita, qui s’était autoproclamé propriétaire d’un bien public, qui n’est autre qu’un domaine maritime utilisé depuis longtemps par la jeunesse de Coléah, et destiné à la construction d'un terrain de football.

 

Encore une fois, il nous semblerait revivre les mêmes événements dramatiques que ceux relatifs au terrain de football de Kaporo, sur lequel Monsieur Diallo Sadaka avait entamé des travaux de construction de logements et de boutiques.

 

A ce jour, malgré sa fortune colossale, le soutien des autorités corrompues de l’époque et ses sbires armés en faction depuis plusieurs mois, le chantier est arrêté. C’est le lieu d’interpeller les nouvelles autorités car les jeunes n’ont toujours pas accès à cette aire de jeux.

 

Alors que ce dossier n’est pas réglé, d’autres commerçants ont jeté leur dévolu sur une autre portion vague qui servait de stade aux jeunes de Matam, Mafanco et Madina.

 

Depuis ce crime tragique et crapuleux, tout est fait pour camoufler cet assassinat abominable de la part du Commissaire de police de Mafanco Monsieur Thierno Amadou Diallo et certains élus locaux de la commune de Matam. En somme, c’est la répétition de l’impunité et des crimes gratuits qui se rappellent à cette jeunesse bafouée, martyrisée, sacrifiée, abandonnée de tous.

 

Pendant que nous pleurons encore nos enfants-martyrs qui attendent toujours le vrai changement et que justice soit faite, le cycle de la force armée ne fait que se reproduire au détriment de cette branche émérite qu’est notre jeunesse et qui reste la seule à pouvoir véritablement se révolter au milieu de la léthargie ambiante.

 

Nous venons de friser la perte en vies humaines avec la manifestation de plusieurs milliers de jeunes mobilisés devant le Tribunal de Mafanco, venus manifester leur colère contre l'injustice, la corruption, l'impunité, le désœuvrement et la misère visible de nos populations.

 

Cette colère qui monte, qui gronde, qui tonne et qu’il serait difficile de maîtriser si rien n’était fait maintenant, ressemblerait à s’y méprendre, à un ultime appel désespéré pour dénoncer la rétention manifeste de l'information judiciaire, sans compter les manœuvres dilatoires qui auraient conduit dix (10) jeunes de Coléah en prison.

 

Nous observons un silence-radio de la part des autorités, à commencer par le Président de la République Moussa Dadis Camara qui déclarait il n’y a pas si longtemps que quiconque tuerait en Guinée, serait tué à son tour. En fait cette décision que je ne partage pas sur le fond, devrait sonner le glas de la chienlit et l’obligation pour tout le monde de répondre de ses propres actes.

A présent, la jeunesse attend des réponses. Elle ne veut plus des décideurs qui ne seraient jamais responsables des actes de leurs subordonnés ni des responsables qui ne « savaient  pas » ce qui « s’était passé » dans le pays.

 

De plus, cet appel à la justice pose d’autres questions qui devraient interpeller la conscience collective : allons-nous accepter que nos enfants continuent à servir de chair à canons pour des individus sans foi ni loi dictés par l’appât du gain uniquement ? Que deviendrait notre pays si nous ne parvenions pas à enrayer cet exode massif de nos jeunes qui pensent que l’avenir se trouverait ailleurs ? La Guinée devrait-elle être toujours indexée par les organismes des droits de l’homme, anti-corruption et de la drogue ? Les rues et les trottoirs devraient-ils être les seuls domaines dévolus à nos enfants ?

 

Enfin, il est à constater un monde entre le discours du Président de la République et la méthode utilisée. Demander des comptes à une poignée de décideurs ne peut être qu’un début. Elargir cette liste à tous les corps de métiers serait nécessaire. Confondre les coupables où qu’ils soient et quels qu’ils soient, réquisitionner les biens et geler/récupérer les avoirs à l’étranger sur une base légale serviraient d’exemple à tous et permettraient aux guinéens de sentir une rupture totale avec les pratiques du passé. Ils veulent conjuguer le changement au quotidien et non pas dans la continuité.

 

Désormais, la jeunesse guinéenne est fortement et définitivement mobilisée dans l’attente de la suite que les autorités entendraient apporter à ce qui devrait être : le dernier crime gratuit de l’ère du renouveau en Guinée

 

El Hadj Soumah – Paris
pour www.guineeactu.com

 

NB : malgré le caractère choquant de cette photo, les jeunes ont manifesté le désir profond de l’exhiber à la face du monde. C’est un droit que je respecte et que je partage.

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Vos commentaires
KAMABY, lundi 26 janvier 2009
Lansana conté est meilleur à dadis,attendez vous au pire.Il n`est pas beret rouge mais il le porte pour tromper.C`est révélateur sur le type de personne.
Moussa Konate @ Toronto, Canada, dimanche 25 janvier 2009
Merci Elhadj Soumah pour la pertinence de cet article qui doit interpeller les nouvelles autorités de CKY. Des innocents ne peuvent etre sacrifiés gratuitement.
Tabouna, samedi 24 janvier 2009
Merci Elhadji pour cet article "courageux". Merci mon frère Drahmane pour votre cri du coeur. Mais voyez-vous, ce mort là ne semble pas émouvoir nos "chers internautes", parce que... ils sont pour des victimes sélectives. Remarque bien comment ils se coalisent sur Sékou Touré, Lansana Conté, Moussa Dadis ou tout ce qui ressemble un peu à l`ordre. Ils sont pour l`anarchie tant que leurs désirs sataniques ne sont pas assouvis. Ils ne savent insulter que les chefs de la Guinée, même en cercueuil. C`est De Gaulle qui semble avoir fait cette promesse macâbre en Août 58 : "Sékou m`a insulté à la face du monde, moi, le chef de la France, je ferai en sorte que, et lui et tous les chefs de ce pays, soient toujours insultés par des fils de ce pays". On peut dire, à lire nos différents sites, qu`il a eu tout un bataillon à sa solde. Et çà continuera aussi longtemps que le niveau de culture patriotique et morale n`aura évolué chez ceux-là qu`on nomme pompeusement "nos élites intellectuels".
DRAHMANE, samedi 24 janvier 2009
QU`attendez vous cher internaute pour réagir violement à cette barbarie?Voila une source de pétition à l`endroit du CNDD.Ce sont ces dérives qui conduisent à la rebellion

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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